LIVRE X. 2o
de la contrée avait béni l'union le jour même de leur arrivée , s'avancent du côté de leur demeure. Se tenant par la main , tout à l'amour y tout au bonheur y à peine s'aperçoivent-ils que d'autres mortels qu'eux habitent Fontanias. Se livrant sans contrainte à leur innocente joie , à leur tendresse passionnée , ils sont toujours amans , quoique époux. Simples , naturels et sincères , ils laissent voir qu'ils sont heureux. Ils ignorent ces froides mais nécessaires coutumes de la haute civilisation , qui 5 comme jalouses de l'aspect du bonheur , établissent des convenances pour comprimer des sentimens , et veulent les formes de l'étiquette à la place des élans du cœur.
A la vue de Roderic et des deux étrangers ^ les époux se retirent et s'enfoncent dans le bocage. Se dérobant aux regards curieux, ils ont fui — comme les pensées gracieuses et riantes de l'âge des illusions.
2oei LE RENÉGAT.
Agobar est vivement ému : le tableau des vraies félicités humaines a passé devant lui.... Son regard tendre et mélancolique ne peut plus quitter Ezilda.... Les teintes du soir couvraient l'horizon ; mais aucun souffle humide et glacial ne s'élevait de la prairie : les vapeurs chaudes et bienfaisantes qui le jour s'exhalaient inaperçues des montagnes volcanisées, la nuit étendaient sur la vallée un atmosphère doux et caressant. Aux chaleurs du jour succédait une température suave et parfumée. On eût dit que des ombrages mystérieux du vallon s'échappaient de tendres soupirs ; on eût dit qu'au roulement lointain des cascades, au léger bruissement des feuilles du saule ^ au joyeux concert des oiseaux , s'harmoniaient des paroles d'innocence et d'amour murmui^es dans la solitude.
De tous côtés se faisait sentir cette volupté cachée de la nature , si dangereuse pour les sens. L'air plein d'enivrantes mélodies sem-