‹ Le renégatChapitre 278 sur 334 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

bîait le philtre des brùlans désirs. Les douces ombres du firmament jetaient sur les bocages à demi -voilés ces couleurs vagues et vaporeuses, silencieux appels des plaisirs; et la nature elle-même, comme en une sorte d'extase, comme en un langoureux délire, semblait ouvrir de toutes parts des sanctuaires à l'amour-

Agobar se lève précipitamment. Saisissant la main d'Ezilda : « — Viens! s'écrie- t-il, » Glodomir t'appelle. /> Et l'entraînant avec force vers les rives embaumées du lac, il a traversé la prairie. Roderic les voit disparaître.

Au bord d'un limpide bassin , sous un bosquet de mirtes et d'orangers, près du lion d'airain de la fontaine , le fîis de Thierri s'arrête; deux cygnes plus blancs que le voile neigeux des glaciers, se jouaient mollement à la surface des eaux, et du léger battement de leurs ailes ridaient seuls le cristal de l'onde.

2o8 LE RENÉGAT.

Leurs caresses et leurs plaisirs sont encore ceux de l'amour; partout se répètent et se multiplient les tableaux de la volupté.

Le ciel semë d'étoiles brillantes couronnait l'heureuse vallée de son dais d'azur comme d'un pavillon lumineux. Des accords éloignés, une musique champêtre a soudain charmé le bocage : une voix flexible et sonore a fait entendre ce doux chant :

« Heureux qui trouve en sa patrie » Une amante selon son cœur !

» Point de plaisirs sans une amie !

)) Et sans amour point de bonheur !

» Homme ! est-ce pour l'indifFérence » Qu'un Dieu de bontés te forma î . , . » Tu n'es entré dans l'existence » Que du jour oii ton cœur aima.

» L'exil, le désert, l'esclavage ,

» Ici-bas sont-ils le malheur?

)) Non : l'Elysée est au rivage

» Oii l'homme a su trouver un cœur.

» Des rois le pouvoir arbitraire

w D'un amant vaut-il les beaux jours ?..-

î) Ah ! le ciel promis à la terre

» Est l'éternité des amours. »

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