LIVRE X
» tremblant et soumis, prosiernë devant une » femme !... ))
Un vif incarnat a coloré les joues de la vierge. Heureuse et pourtant alarmée : u -^-Re- » lève-toi, dit-elle, que me veux-tu ?
» — Ce que je veux!..... répète Agobar » avec passion; toi seule, toi tout entière, » rien que toi.
» Etre adoré! viens sur mon cœur!
)) viens ! c'est ton époux qui t'implore. Toutes )) les voix de la nature ici te parlent pour » Clodomir : fais-lui connaître le bonheur ! » Qu il goûte enfin auprès de toi toutes les délij) ces de la vie ! O mon Ezilda ! sois à moi. »
Le guerrier l'entoure de ses bras. « — O » Clodomir! dit la princesse, je puis tout te
)) sacrifier , tout ici bas hors la vertu. Tu
« n'es pas encore mon époux.
» — Je le suis, interrompt le prince avec » impétuosité. Nos pères ont uni nos deux » mains, et ie t'ai conduite à l'autel. Cruelle !
» en vain lu me résistes le monde entier
» s'écroulant autour de nous n'arrêterait point » mes transports.... tu dois être.... tu seras » à moi. »
Son langage est celui du délire. Il ne peut commander plus long- temps à ses sens enivrés. Il presse Ezilda contre son sein.... déjà
leurs haleines se confondent la volupté les
environne.
La princesse a retrouvé son courage ; l'amante redevient l'héroïne. Un rosaire à plusieurs rangs suspend à sa poitrine un crucifix d'or. Elle se dégage d'entre les bras du héros , et recule de quelques pas. Puis d'une main saisissant sa croix comme une égide protectrice y et de l'autre repoussant Agobar : i( — Téméraire! dit-elle, arrête !... Guerrier » du camp des Sarrasins , me crois-tu fille des » harems ! »
Le geste sévère d'Ezilda , son changement inattendu, son accent ferme et solennel, et
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son attitude imposante , confondent le prince interdit : ils ont glacé ses sens et dissipé sa fougueuse ivresse. O puissance de la vertu ! le seul regard d'Ezilda tombé sur Agobar a , comme le contact d'un talisman , triomphé de toutes les magies de Tamour sensuel , et brisé tous les enchantemens de la volupté.
Mais le fils de Thierri, l'homme des extrêmes, ne peut que passer rapidement d'un excès à l'autre : à une tendresse délirante, va succéder une fureur insensée. Déjà le plus sombre nuage obscurcit son front courroucé. La vierge des Cévennes le remarque, l'amour re\^endique ses droits. Inquiète, elle se rapproche de lui ; sa voix a repris ses caressantes inflexions , sa céleste suavité : (( — Clodomir, dit-elle, m'aimes-tu? »
Le prince surpris relève les yeux sur elle; et de celle qu'il allait repousser à son tour, il ne peut plus détourner sa vue . Enveloppée de ses voiles blancs comme d'une nuée d'innocence ;,
2i4 LE RENÉGAT.
Ezilda du milieu d'un bocage enchauté lui tendait sa main virginale. Sous le feuillage ^ à travers les ombres, ses formes se dessinent presque aériennes, sa beauté resplendit presque idéale. Un tel atmosphère de pureté l'entoure, que des profondeurs de l'éther on eut dit, qu'entr'ouvrant les cieux, les esprits du séjour divin la saluaient de leurs regards.
{< — Si je t'aime î . . . s'écrie Agobar : autant » que l'homme peut aimer. — Vois la flèche » de cet hermitage ! dit Ezilda. Si vérilable- K ment j'ai ton cœur, là, demain je puis être )) à toi.
» — N'ai-je point reçu ton anneau ! re- » prend avec feu le guerrier; à la chapelle )) royale de Lutèce ne t'ai-je point engagé ma » foi ! Que manque-t-il à notre hymen ? — La )) bénédiction nuptiale. — Et qui peut ici » nous bénir ? — Le prêtre de Fontanias.
» — Le prêtre de Fontanias!.... répète » Agobar irrité. Ainsi donc ce sont quelques