‹ Le renégatChapitre 285 sur 334 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

» Admettons même une suite de triomphes, i) et jamais de calamités : oh ! qu'il faut fati- » guer ses jours pour remplir la terre de son » nom !... N'est-ce que cela! s'écriait César, » maître de l'Europe conquise. La vie de ce )) Romain superbe s'était passée hors de luiy) même , et cette ame pleine de gloire soupi- )) rait vide de bonheur.

)) Clodomir, contemple ce vallon!... retraite )) d'innocence, de tendresse et de paix, ne )) vaut -il point ces gouffres agités qu'on » nomme les royales demeures! ne vaut-il » point ces sanglantes plaines qu'on appelle » les champs d'honneur!... Ah! demeurons en » ces solitudes : secrètement je puis y faire » transporter toutes les jouissances que pro- » cure la fortune. Loin de la politique des )) cours , des poignards de la calomnie , de la » perfidie des humains , nous oublierons les )) temps d'orage , nous serons tout aux heures » d'amour ; et tandis que la multitude tumul-

» tueuse roulera 5 sur la terre civilisée, une » existence confuse et factice , nous connaî- » trons les seuls vrais biens; environnes )» d'êtres heureux, nous ne vivrons que pour )) aimer. »

Ezilda s'arrête à ces mots. Son héroïsme et sa beauté, son éloquence et ses vertus la sortant du type général de l'espèce humaine, la présentaient au fils de Thierri comme une intelligence supérieure , comme une œuvre intermédiaire entre le mortel et l'archange. « — Ezilda , vierge incomparable ! s'écrie-t-il, )) en quelles régions me transportes - tu ?... » Tes sublimes discours sont - ils de rÉternel )) ou de toi ?.. . Quel nouveau monde m'ouvres- » tu?.... Ange qui m'enlèves à la terre ! non, » je ne te résiste plus; j'abjure mon existence )) passée : je suis à toi, c'est être à Dieu. »

Inexprimable félicité!.... la vierge des Cévennes triomphe. Elle a vaincu le Renégat,

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