LIVRE \. P
elle a retrouvé Clodomir. Sur lui doucement appuyée , elle témoigne son bonheur, elle manifeste sa joie. Ah! lorsque se dëv^ouant entièrement à celui qu'elle aime, elle renonce au monde pour lui ; lorsque pour épouser un proscrit , fuyant les grandeurs et la gloire , elle se dessaisit de tout , c'est elle qui semble tout recevoir. Sublime délicatesse d'une
amante! magnanime abnégation! C'est
d'elle que partent tous les sacrifices, et c'est elle qui remercie !
Ils retournent à la cabane de Roderic. Semblables aux deux époux qu'ils admiraient quelques heures auparavant , ils sont tout à leur mutuelle flamme. Que le temps s'écoule délicieusement! Ils marchent sans suivre aucune route , ils n'ont plus qu'une seule pensée : et le passé comme l'avenir disparaissant à leurs regards, se confondent dans l'heureux présent.
Agobar a promis k son amante de se rendre le jour suivant chez le prêti^e de Fontanias, et
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de tout disposer pour leur hymen. Leur existence paraît au moment d'être fixée. Le sort à leurs vœux désormais semble devoir être propice ; et retirée sous le toit rustique , la noble fille de Théobert offre au ciel ses actions de
Taces.
Hélas ! qu'est souvent l'instant de bonheur?. . . celui qui précède les regrets : l'avant-coureur paré des souffrances. La vierge des Gévennes s'est endormie dans l'espérance des félicités , elle se réveillera dans l'amertume des douleurs.
A l'aube renaissante , le bruit de la trompette sonore, jusqu'alors inconnu aux pâtres de Fontanias, a fait résonner le vallon. Arraché au sommeil par les brillantes fanfares de la gloire^ Agobar se lève étonné. Au son de l'instrument guerrier il a senti battre son cœur. Son ardeur martiale , un instant amortie , se réveille avec une nouvelle violence. Il croit entendre la victoire lui reprocher sa vie