LIVRE XI
brables détours, on le guide mystérieusement à la grande galerie du manoir. A l'entrée de celte salle d'armes , le prince se tournant vers Alaor, s'aperçoit qu'on l'a séparé de ses fidèles janissaires ; mais son ami n'en parait nullement étonné : la jeunesse , comme la vertu , est tout espoir et confiance.
L'enceinte immense 011 se trouve Agobar est pl.eine de farouches guerriers groupés sans ordre et tout armés. Leurs visages féroces et basanés sont de l'aspect le plus sinistrCr Autour des colonnes qui soutiennent la voûte, ils murmurent à voix basse de sourdes et funestes paroles qu'ils accompagnent d'un rire affreux. Les uns debout contre un brasier au fond de la salle , attisent du fer de leurs piques le feu prêt à s'éteindre. D'autres , s'appuyant contre des candélabres d'airain dressés près des piliers , réveillent la lumière des torches avec la pointe de leurs poignards. Leurs cimeterres nus et levés j tels qu'une forêt mouvante . se
projettent le long des murailles de la galerie. A la clarté des flambeaux résineux et du brasier élincelant 5 leurs turbans rougeâtres^ leurs figures livides , leurs barbes noires , leurs homicides ceinturons, les présentent à la pensée comme les personnages monstrueux de quelque scène des enfers, ou comme des fantômes évoqués parles magiciennes de l'abime.
« — C'est luil c'est Agobar! » s'écrie toutà-coup une voix : c'était celle de Mohamud. Un cri féroce parti de toutes les extrémités de la salle répond au signal du monstre. L'ordre prescrit d'avance est exécuté ; les satellites du crime se précipitent sur Agobar et son ami , qui , désarmés et sans défense, sont terrassés à l'instant même et sans avoir pu résister. De lourdes chaînes pressent leurs pieds et leurs mains; an leur prodigue les outrages; et Mohamud' s'adressant au prince : « — Enfin , )) lui dit-il, ta carrière est terminée. Le ciel » lassé de tes forfaits venge Abdérame el te