LIVRE Xî
longue voûte 5 soutenue par plusieurs arches, n'est éclairée de loin en loin que par des lampes sépulcrales.
La grille s'est refermée... Avant de laisser seuls les deux captifs : « — Sarrasin! dit à }i l'élève d'Agobar un des agens de Moharaud, )5 tu peux te préparer à la mort. La sentence )) d'Athime , prononcée depuis long - temps )) contre toi , sera exécutée ce soir même , » en cette enceinte et sous les yeux de ton )) ami. »
Les janissaires se sont éloignés. Morne et saisi d'horreur , Agobar s'assied en silence sur une pierre de son cachot. Ses souffrances sont à leur comble ; et pourtant ^ en son cœur si révolté naguère, il ne sent point redescendre cette fureur contre le destin qui toujours dans l'adversité lui fit blasphémer l'Éternel. Se résigne-t-il ?,.. rien en lui n'a réveillé le ! Renégat .
Auteur de tous les maux qui frappent Vau-
25o LE RENÉGAT,
guste proscrit, Alaor craint de s'offrir à son regard et n'ose faire entendre sa voix. Bientôt il va quitter la vie; cette idée ne l'occupe point: avoir perdu le cœur dfe son ami , voilà la pensée qui l'accable.
A quelque distance d'Agobar, le malheureux tombe à genoux... Il ne peut contenir plus long-temps les expressions de son désespoir. 11 a besoin d'ouïr quelques mots de son frère d'armes; il sollicite ses reproches ainsi qu'on implore une grâce. Ce que son prince pourra lui dire ne sera jamais aussi cruel que ce qu il se dit à lui-même.
(( — Agobar! s'écrie-t-il en étendant ses )) bras vers lui : oh ! par pitié regarde-moi ! . ; . » une parole avant ma mort ! »
11 dit ; ses mains chargées de fers , sa figure baignée* de larmes , son attitude humble et soumise , sa jeunesse et sa beauté , son repentir et ses souffrances , offrent le plus touchant tableau. (( — Approche , ton frère t'appelle ,