LIVRE XL
gard <( — Le voilà donc, poursuit-il d'une
» voix déchirante et lugubre , l'être le plus » noble et le plus sensible , le guerrier le plus M généreux , cet Alaor qui m'a tant aimé î... »
Sa voix expire son sang se glace; et
contre le pal homicide , il est tombé sans mouvement.
Selon les recommandations expresses d'Athime , qui sans doute réservait Agobar à d'ignominieux supplices , Mohamud a fait respecter les jours du héros. Pendant le combat même de la prison , il avait prescrit aux soldats de ne point attenter à sa vie : hélas ! le prince existe encore.
Une semaine s'est écoulée. Pour décider du sort de son captif , Mohamud attend de nouveaux ordres de son chef. Un messager du camp d'Athime enfin lui porte cet écrit : — u Demain se livre une bataille décisive ; je }) devais conduire en Ibérie le Renégat chargé
i6o LE RENÉGAT.
» de fers , et jusqu'au jour de mon départ je » comptais le laisser à Miltaid ; mais il serait » possible que les guerriers de Ségorum , avec » lesquels Agobar eut toujours de secrètes in- » telligences , essayassent de le délivrer , ainsi » que d'autres prisonniers français que recè- » lent les cachots de votre manoir. En consé- » quence , au reçu de cette dépêche , faites » transporter Agobar, et tous les Chrétiens » qui sont en votre pouvoir , à la pyramide » de Fabius. Si la victoire couronne nos dra- » peaux y vous les ramènerez à Miltaid ; si la » fortune nous trahit, vous les ferez tous égor- » ger. Des captifs gênent une marche , et » dans une retraite désastreuse , ils nous » échapperaient peut-être. Ainsi donc , au » cas d'un revers , qu'ils expirent sous le poi- » gnard , et que la mer les engloutisse. »