‹ Le renégatChapitre 309 sur 334 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

\ JuE l'homme est à plaindre ici-bas !

Naître au milieu du vaste cercueil nommé la nature , ne rencontrer que les souffrances sur la route qui mène à la mort , pleurer d'abord les autres , puis être pleuré soi-même ^ voilà l'humaine destinée.

Ézilda livrée à ses accablantes pensées , erre seule à Fontanias , telle qu'une ombre silencieuse. Elle a perdu sa sublime énergie ; aucune illusion ne charme plus ses sens ; avec le fils de Thierri une partie de son existence l'a abandonnée. L'avenir terrestre est pour elle sans espérance , la vie humaine sans mobile et sans but. Dans la destinée d'Agobar elle ne voit plus qu'un drame affreux dont la catas-

Irophe se prépare; la pense'e à laquelle toutes ses pensées viennent aboutir est toute amertume et terreur. Abattue et découragée , elle s'essaie à tout oublier. Une morne apathie , une sombre langueur anéantissent par degrés ses forces physiques et morales. Ses jours aussi monotones qu'une mer immobile et sans flux , aussi tristes que l'horizon du désert , passent muets et funéraires. Ils se succèdent et s'effacent comme les flots d'un lac sans courans que pousse contre une grève stérile un vent d'hiver sourd et glacé.

Les enchantemens de la vallée se sont évanouis. Ces montagnes , ces rochers , ces bocages , cette onde , ces cygnes n'offrent plus aux yeux d'Ezilda que des images douloureuses et des souvenirs déchirans. Souvent seule debout contre un des ormes de la prairie, mélancolique comme un regret d'amour, elle passe des heures entières en des rêveries contemplatives. Elle semble admirer la cou-

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