LIVRE XTI. 27g
» gloire le jour où entra dans la vie celle qui » porta le salut des hommes. »
Des créneaux de la citadelle Ezilda vient d'être aperçue. Elle est presque arrivée à la grande entrée de Ségorum. Les sentinelles l'ont reconnue. Aussitôt des cris de bonheur et de triomphe ont couru de postes en postes. L'heureuse nouvelle s'est communiquée à toutes les troupes de la forteresse. Les tambours et les trompettes ont retenti de toutes parts. Les battans de la grande porte s'ouvrent avec fracas ; et le prince des Avernes , suivi de ses légions y s'avance à la tête de ses chevaliers au-devant de l'héroïne. Toutes les bannières , toutes les lances se baissent devant la fille des prodiges. Les soldats euxmêmes, un genou en terre , courbent leurs fronts victorieux, a — Bénie soit l'envoyée » des cieux î crie Léodat avec transport , » bénie soit la vierge guerrière qui vient au » nom du Tout-Puissant ! »
28o LE RENÉGAT.
A ces mots l'air se couvre des palmes fleuries que lui jettent les montagnards. La terre est jonchée de feuillages. La libératrice des Gaules ne marche que sur des couronnes. Léodat avec peine comprime l'élan delà multitude; chaque soldat veut voir l'inspirée; chaque chevalier veut l'approcher ; le désordre est dans tous les rangs comme l'enthousiasme dans tous les cœurs.
Sur les traits d'Ézilda règne un calme à la fois solennel et bienveillant. Elle poursuit sa marche vers la citadelle au bruit des fanfares et des chants belliqueux que couvre le tumulte toujours grossissant de ses fanatiques admirateurs. Une joie presque désordonnée se peint sur les mâles figures des braves de Ségorum ; et l'expression tranquille et céleste du regard de la princesse, sa mélancolique physionomie, ressortant plus sublimes encore du milieu de l'ivresse publique , offrent un contraste angélique aux soldats émerveillés : leurs transports