LIVRE XÏI
Le ciel s'était couvert d'épaisses nuées ; les unes 5 d'un jaune terne et cuivré , immobiles vers le couchant, jetaient une sorte de lueur cadavéreuse sur la plage déserte ; d'autres , d'une couleur olivâtre, traversaient rapidement le zénith sous mille formes eiTrajantes * et la mer prête à se soulever, mais calme encore vers l'horizon, réfléchissant les teintes livides du firmament, semblait offrir du ciel et des ondes toutes les menaces réunies.
Une rive sauvage hérissée de rochers , un sable aride et brûlant où la végétation expire, quelques arbres rachiliques dispersés çà et là, une nature comme à l'agonie , frappent seuls les regards d'Ezilda. Avant- coureurs d'une tempête, des bruits sourds et sinistres, inexplicables à l'entendement , sortent des cavernes voisines; aucun chantre des airs ne fait entendre sa voix : là, se présentent de la tombe les muettes solennités.
Inquiète et troublée , Théroinc marche au
hasard — la rougeâlie bruyère qu'elle foule, est d'une sanglante couleur; le vent d'Afrique le Simoun (i) s'est élevé avec violence ; et ses tourbillons orageux remplissent l'almosphère embrasé de cette poussière du Sahara , de ces atomes dévorans qui, sur les plaines du désert, roulent à flots la destruction. La mer s'agite , elle s'enfle, et ses vagues avec fureur se poussent les cadavres épars des Sarrasins qui, fuyant le glaive , se sont précipités dans les eaux. La terre exhale une odeur de mort , et s'offre , sous les cieux irritds, comme frappée de réprobation. La trompette des derniers jours se serait-elle donc fait entendre?... la septième coupe est-elle versée?... Ezilda, telle qu un
(i) (Voyez, sur le siiiioan, lord Biroii , toin. :2 , p. i5 , It^ Giaour.) Ce vent, que les Arabes appellent shume , est si chaud, qu'il fait évaporer l'eau contenue dans les outres. Au désert , on dit que si l'on dressait des tentes pendant qu'il souffle , elles disparaîtraient bientôt sous une montagne de sable. (Montbron , Voyage dans l'Oasis lointaine. )