LIVRE XII
découvre parmi elles un flacon de vin précieux ; et quelques gouttes de cette liqueur retirent enfin de sou évanouissement le fils de Thierri. Il rouvre avec effort sa paupière; et comme reprenant les dernières pensées qui l'occupaient lorsqu'il croyait la fermer pour toujours , il murmure d'une voix sourde ces paroles trop bien connues :
l'oiseau du carnage
» Attend déjà sur le rivage
» Le corps sanglant du Renégat ! »
Ezilda. jette un cri d'horreur; mais le héros ne l'entend point, et ses esprits sont égarés. a — Alaorî mon frère! je te suis, reprend- » il... Mais elle !... il faut que je la voie; le » ciel l'inspire, elle viendra. Ange de Fonta- » nias ! où es-tu !
» — Dieu puissant, sauvez mon époux ! » dit l'héroïne au désespoir. Agobar tressaille à ces mots. 11 reconnaît la voix chérie il
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aperçoit celle qu'il aime. « — Ezilda! s'esl-il
» écrié, mon Ezilda! je l'attendais! »
K — Tu m'attendais! dit la princesse. — Oui, )) lui répond l'infortuné , non pour vivre , mais » pour mourir ! »
Il relève lentement son front décoloré. Ses forces reviennent pour un instant ; et ses yeux fixent son amie avec cette expression déchirante qui , sans le secours des paroles, prononce un éternel adieu.
Son regard jadis si brillant se ranime une fois encore, et jamais il ne fut plus tendre. Sur son visage, où la beauté semble triompher des soutfrances , l'amour luttait avec la mort : « — O ma bien -aimée î poursuit- » il, ne plains point mon affreux destin. J'ai » mérité ces rocs déserts, j'ai quitté la vallée )) heureuse. »
Ezilda se lève éperdue : « -^^ Tes blessures » ne sont peut-être point mortelles... si Iha- » bile secours de l'art... oui, je vole, et mes
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a cris — — Arrête! interrompt Agobar; qui » t'entendra dans ces de'serts !... t éloigner , » c'est hâter ma fin. Trois fois le poignard » de Mohamud s'est plongé dans mon sein ; » et je sais jusqu'où le fer a pénétré : rien ne » peut me sauver la vie , mais je puis un ins- » tant encore te voir, te parler et t'entendre... )) Ne me prive pas de ces dernières félicités ! )) mon épouse ! mon Ezilda ! dans tes bras » laisse-moi mourir î reste auprès de moi , ta » présence enlève au tombeau ses horreurs. » Les cheveux épars et les vêtemens déchirés, la vierge retombe à genoux : elle ne voit que trop aussi qu'il n'a plus qu un moment à vivre. Elle i^'chaufFe ses mains déjà glacées entre les siennes, appuie contre son sein la tête de son époux, et d'une voix plaintive, quoique énergique : (( — O mon Dieu ! dit-elle, qu'en cette » heure terrible je ne sois point sa seule pen- » sée î détournez son cœur de la terre ! qu'il » vous parle, et revienne à vous !... Il fut bien
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» coupable sans doute , mais aussi qu'il fut
» malheureux ! »
Ses larmes, son eflVoi, ses angoisses étouffent ses accens douloureux ; ce n'est plus qu'au fond de son cœur que sa prière continue.
La bourrasque menaçante a passé rapidement , et traverse déjà d'autres plages ; il n'est point tombé de pluie ; et l'ouragan impétueux, loin d'amener les orages , n'a fait qu'épurer l'atmosphère et chasser les sombres nuées ; le ciel a recouvré son azur , et le roi des astres à son déclin jette encore de pures clartés ; l'un de ses rayons lumineux est tombé comme un jet de pourpre sur les murs de la pyramide. — (( Ezilda ! s'écrie Agobar, du » côté du soleil couchant retourne ma tête » affaiblie ; et, s'il se peut, qu'il me rappelle » une soirée de Fontanias !... »
Agobar ne peut se lever , mais de la porte