LIVRE I. 6r
Ezilda s'arrête. Sa tunique d'un bleu d'azur est parsemée de lys d'argent : une ceinture de dianians presse les contours de sa taille élégante : quelques IdoucIcs de ses longs cheveux noirs tombent sur ses épaules d'albâtre : une guirlande de roses blanches couronne son front gracieux. Le ciel tout entier est dans son regard éblouissant. Sa main tient un étendard sacré dont le drap d'or agité par le souffle du matin s'arrondit et flotte autour d'elle comme la voile de l'esquif enflée par un vent favorable. Les plis mouvans de la bannière étincelantaux feux de l'aurore, Ezilda semble environnée des rayons d'une apothéose.
La fille de Théobert jette un regard paisible sur la horde sauvage qui s'oflre au pied des degrés du temple. Son œil cherche le Renégat. Ce chef ne lui est point connu ; là , parmi les Musulmans , nul vêtement remarquable , nulle marque distinctive ne le désigne à sa vue;' et cependant c est à lui-même qu'elle s'a-
(is>. LE KENÉGAT.
dresse. — (( Agobar! dit-elle, écoute-moi! » Et comment Ezilda l'eùt-elle méconnu î le récit du vieux de la roche noire retentissait encore à son oreille. Un guerrier d'une stature héroïque , immobile et silencieux, la suivait 5 et pour ainsi dire la couvrait de son regard inexpliquable. L'expression seule de sa mâle figure révélait en lui le grand homme. Les yeux de ses barbares satellites le fixant tous et l'interrogeant , semblaient attendre de lui quelque mot ou quelque geste pour le dénouaient de ce drame... ; mais Agobar n'est plus à lui-même , il demeure enchaîné par une admiration inconnue. La voix d'Ezilda venait d'agir en tout son être comme une conjuration magique. Une pensée douce et inhabituée s'est élevée de son ame de feu; et pourtant ses noirs sourcils restent froncés. L'empreinte féroce n'a point disparu de ses traits , mais une sorte de solennité sauvage s'est imprimée sur son noble front. Près de lui flotte le noirdra-