LIVRE I
ne volait point encore aux secours de la Septimanie (i).
Epoque déplorable ! Trahi par les grands vassaux de la couronne, l'aïeul deCharlemagne a perdu ses plus fertiles provinces : la plus belle moitié de la France est au pouvoir des soldats du Croissant. Le long de la Méditerranée , la religion chrétienne , déjà bannie de l'Espagne entière , s'enfuit éplorée de village en village cherchant des défenseurs et quelque abri. Partout renversant la croix du vrai Dieu , le Maure triomphant a planté l'étendard du faux prophète. Les vaincus ont ordre de ceindre le turban ou de marcher au supplice ; mais comme aux vrais fils de la Gaule il faut toujours des lauriers même au sein du malheur , la plupart , à défaut des
(i) Nom donne à la Gaule narbonnaise , anciennement appelée aussi Braccata. — Strab. ,1.4. — Plin. ,1. 5 , n. 5.
palmes de la gloire , ceignent la couronne du
martyre.
Thierri III (i), l'un des derniers princes de la première race , était descendu au tombeau; et peu de jours après sa mort, Clodomir, jeune he'ritier du monarque , avait péri dans la forêt de Saint-Germain , lâchement assassine pendant l'absence de Charles Martel , par Geoffroi, comte de Paris. Le meurtrier avait été puni , mais le trône était resté vacant.
Déjà plusieurs simulacres de rois avaient porté tour à tour la couronne sous le règne du duc de France. Revêtus de la pourpre souveraine, mais inaperçus de leur peuple, ils avaient passé rapidement de leur trône esclave à leur tombe royale. Le conquérant se
(i) L'histoire de ces temps est si obscure, que les uns nomment ce prince Thierri III (Voyez Daniel, qui ne voit point de Thierri IV dans les rois de la première race), tandis que les autres le nomment Thierri IV, et trouvent un Thierri de plus parmi les monarques français. (Voyez Anquetil et autres historiens. )