LIVRE II
cherche un abri contre la fureur d un orage , y périrent suffoques par les exhalaisons subites d'une terre bitumineuse : une flamme invisible et subtile dévora Tinfortunë couple; et l'on ne retrouva pas même leurs cendres. Un ermite à barbe blanche, aussi perfide que sa retraite , y demeure , dit-on, depuis trois siècles; et le prétendu murmure du torrent qu'écoute le voyageur alarmé n'est , sous la voûte ténébreuse , que le bruissement des paroles magiques de linvisible conjurateur.
Les tremblantes colombes du Seigneur , introduites dans la caverne , se pressent autour d'Ezilda. Quelques heures de sommeil sont î)écessaires à l'escorte , et les guerriers blessés ont besoin d'un repos salutaire. Ce nombreuses torches sont allumées sous le vaste rocher dont les parois sont tapissées de blancs lychens et de capillaires au vert feuillage. Au fond de Tantre est une sorte de coupole incrustée <lc
n8 I.I-: KENÉGAT.
scories à facettes , qui , par la dissolution du fer qu'elles contiennent, se colorent d'un rouge violet. Ici s'offrent des masses de quartz bleuâtre; là, de longs filets de cristal^ stillalion d'une eau limpide et filtrée.
Sur les armures que les chevaliers français ont çà et là suspendues , et sur les concrétions diaphanes de la grotte , les flambeaux résineux réfléchissent leurs clartés brillantes. Le chant presque joyeux du soldat insouciant qui sous les arbres de la foret prépare auprès d'un feu mourant sa couche humide et douloureuse ; l'agitation guerrière qui règne autour de la caverne ; l'intimité franche née d'un mal commun; les apprêts du repas nocturne ; tout a pris , au rocher sauvage , cette teinte aventureuse et chevaleresque qui parmi les hommes fait d'une souffrance un plaisir, et donne un charme inexprimable à la vie errante des camps.
Léodat , exclusivement occupé d'Ezilda , ne