LIVRE H
voit en tous lieux qu'elle ; et l'on dirait qu'en ce moment nul autre objet n'existe près de lui. Ses soins égalent son enthousiasme. Il fait élever au milieu de l'antre un mur d'épais feuillages, qui dérobe les religieuses aux regards du soldat; et sous une enceinte séparée autour de laquelle veille une sentinelle assidue , la princesse de Lutève s'est paisiblement endormie parmi les exilées d'Amalberge.
Mais sa paupière venait à peine de se fermer qu'il lui semble voir la voûte du rocher disparaître , et le ciel étoile étendre seul au-dessus de sa tête sa majestueuse solennité. Soudain l'un de ces astres merveilleux qui, roulant au sein de l'infini, semblent la nuit, voyageurs silencieux , respecter le repos de l'homme ; Tune des sphères du firmament paraît se détacher du dôme azuré , franchir l'espace immensurable , et député des mondes éthérés , descendre vers la fille des hommes. L'étoile niconnue, en s'approchant, accroît son disque
8o J.E RENÉGAT,
lumineux. Il s avance éblouissant; il couvre* delà la moitié des cieux : bientôt c'est un ciel tout entier. A travers des gerbes de feux, nouvel atmosphère d'un nouveau globe, Ézilda cherche le Très-Haut ; mais une voix seule se fait entendre , et cette voix prononce ces mots :
(( — Héroïne des Ce venues , où portes-tu » tes pas ?... Appelée par le Seigneur à servir » la cause sainte et la patrie, écoute-moi! Ce » n'est ni à la cour fastueuse d'un monarque, » ni au camp royal d'un conquérant, qu'Ézilda » peut secourir les Chrétiens et la France. De- » meure en ces montagnes; parle aux cœurs » égarés ; ramène au vrai Dieu tes frères in- » fortunés , qui , vaincus par la terreur , ont » abjuré la foi de leurs pères; au nom de l'E- » ternel , arme leurs bras , guide toi-même » leurs phalanges , et garantis-leur la victoire ! »
A ces mots, la cascade enflammée, qui jaillissait de la nue , change en noires étincelles ses paillettes scintillantes; et, devenu une boule