LIVRE II. 8i
d'ébèue, le gobe radieux, enlevé par des tourbillons 5 s'est perdu dans l'immensité.
Aussitôt d'épouvantables cris frappent les airs; et la princesse, réveillée en sursaut par ses compagnes alarmées, juge aux clameurs des soldats de Léodat qu'ils viennent d'être attaqués par les Sarrasins.
Un combat effroyable se livre à l'entrée même de la grotte. Le prince des Avernes se fait porter parmi les siens, et les anime du geste et de la voix. Mais les troupes musulmanes se renforcent à tout moment, tandis que celles de Léodat s'affaiblissent à chaque effort. Le succès ne peut être long-temps douteux ; la valeur doit céder au nombre; et déjà les religieuses implorent la mort comme la seule puissance secourable.
H n'est qu'Ezilda qui, d'un front calme, voit le danger, et paraît sure du salut. Sa pensée est tout entière au songe qui l'appelle aux grandes destinées , et lui montre comme venue
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l'époque glorieuse qu'elle redoute et pressent depuis nombre d'années. Sa nouvelle carrière va s'ouvrir ; cette caverne ne peut être sa tombe. L'attaque des mëcréans ne saurait alarmer ses esprits, a — Les Musulmans triom- )) phent 5 s'écrie une de ses compagnes. — )) Vous ne périrez point, répond-elle. — Mais^ » reprennent plusieurs sœurs, nous tomberons )) en leur puissance. —Filles de peu de foi, » silence ! dit Ezilda, priez le ciel et sachez » attendre. »
Leurs défenseurs sont au combat. Cachées à tous les yeux par les rameaux de verdure dressés au milieu de la grotte, les saintes femmes sont seules. L'aurore ne parait point encore. Soudain au fond de l'antre obscur, im rayon de lumière se glisse à travers les fentes du rocher. Une énorme pierre se détache de sa base, et tourne lentement sur ellemême , soutenue par quelques gonds inaperçus; un vieillard à longue barbe blanche;^
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semblable au célèbre nécromant de la tradition , s'avance vers la princesse, tenant une lampe allumée. Un nouveau cri d'épouvante allait faire résonner la voûte ténébreuse y lorsqu'Ezilda tendant la main à l'apparition , « — Le voici ! s'écrie-t-elle , salut au vieiicc )) de la roche noire ! salut, à l'envoyé du ciel !
» — Le temps est précieux , répond Gon- » daïr, soyez sans crainte, et suivez-moi. »
Le vieillard est obéi. Par un passage étroit , par une entrée inconnue , la princesse et les religieuses s'enfoncent à sa suite en un nouveau souterrain ; la pierre tournante a été refermée derrière elles; et lorsque l'instant d'après les Sarrasins vainqueurs se précipitent vers leur proie, la troupe sainte avait disparu.
Munies de quelques provisions amassées à la hâte , les filles d'Amalberge s'avancent sous les excavations volcaniques qui , peut - être
long-temps, leur serviront de demeure. En ces entrailles de la terre, antiques fournaises d'un pic brûlant, tantôt sur des coulées de laves semblables à des flots métalliques, tantôt sur des cendres semées de paillettes de fer luisant , tantôt sur des prismes de charbon de terre réduit en braise , elles marchent au milieu d'une sorte d'enfer éteint et abandonné (i ) . Non loin du vieux lit de flammes qu'elles parcourent , roule un torrent écumeux qui , jaillissant contre les aspérités du goufre , remplit les airs d'une bruine continue et glacée ;
(i) Poiu' ne point multiplier les notes , je renvoie le lecteur incrédule aux descriptions de Faujas de Saint-Fond, de Legrand , et à celles de tous les voyageurs qui ont écrit sur les montagnes volcanisées du midi de la France , tels que Montlosicr, Essai sur la théorie des volcans d'Auversne ; — Depping, Merveilles et beautés de la nature en France; — Delile de Salles, Histoire du monde primitif; — Giraud Soulavie , Histoire naturelle des provinces méridionales do la France; — Gensanne, Histoire du Languedoc; — Piganiol de Laforce , Description de la France; — Salaberrv, Voyage au Mont-d'Or.