‹ Le renégatChapitre 46 sur 334 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

ici les feux d'un embrasement horrible, remontant aux premiers jours du monde, ont fait éclater la roche vitrifiée, et suspendu aux voûtes, en formes bizarres, de longues pointes d'un azur cuivreux , minéraux confondus et torréfiés. Là , se présente en rayons divergens , comme des aigrettes, la zéolite cristallisée. A chaque pas, des précipices arrêtent les religieuses effrayées. Eclairées par la lampe sépulchrale de leur guide, elles errent silencieusement en ces funéraires caveaux de la nature, comme un blanc cortège de fantômes.

Le basalte, aussi retentissant qu'une cloche de métal , répercute les moindres sons : et répété par l'écho des nocturnes cavités où jamais n'a pénétré le soleil, le bruit sourd et prolongé d'une lointaine cataracte semble les derniers murmures de la vie au seuil de l'éternité. Plus effrayans que les tombes orgueilleuses où la cendre des rois d'Egypte s'entourait encore de flatteurs , ces abîmes à perte de

vue , où jadis bouillonnèrent des eaux pre'cipitees dans des brasiers , lu'étant point des œuvres de l'homme , et non moins impénétrables que le destin, joignent à tout le vague de l'infini toute l'horreur de Tinconnu (i).

(( — Arrêtons-nous ici , » dit Gondair, posant sa lampe sur un éboulement de pierres calcaires : et sous un large enfoncement à quelque distance des froides ondes du torrent, il fixe le lieu de la station, a — Vous êtes )} maintenant en sûreté, continue le vieillard. » Nul ennemi n'oserait jusqu'ici vous pour- » suivre. Trois routes sont devant nous : celle » de la droite conduit à la cataracte , et ne » peut être suivie sans un affreux danger.

(i) Ces descriptions, qui paraissent merveilleuses, sont loin d'être exagérées. Les personnes qui ont parcouru l'Auvergne , le Yivarais et les Cévennes , qui ont visité leurs volcans éteints , reconnaîtront la vérité de mes tableaux. (Yoyex tous les auteurs que j'ai cités.)

Page 1