LIVRE !T
approche. Les religieuses , auprès de l'auguste princesse, ont retrouvé la paix de l'ame. La journée s'achève en prières.
Mais hors de ces sombres régions , aux lieux habités par les mortels , vingt-quatre fois la clepsydre avait marqué Theure écoulée , et Gondaïr n'est point de retour. Arrêté par les infidèles 5 le vieillard, que n'auront protégé ni la harpe ni l'habit de barde , a peut-être péri sous le glaive. Le prophète de la montagne ne reparaîtra plus peut-être en ces cavernes; et que deviendront les captives!... Leurs lampes, faute d'aliment , ne tarderont pas à s'éteindre ; leurs provisions sont épuisées ; déjà toutes les horreurs de la faim les menacent.
Privées de nourriture, oppressées par l'air insalubre 5 en proie à mille souffrances, elles se résignent à leur sort sans pousser aucune plainte , sans verser aucune larme. Couchées sur les cendres froides des vastes fourneaux
ç)o LE RENÉGAT,
cteinls, elles se sentent défaillir par degrés; et ic ciel , ému de pitié , les arrachant à la douleur, étend un sommeil bienfaisant sur leur paupière appesantie.
Ezilda seule ne dort point. Depuis son rêve merveilleux , son avenir est constamment devant elle; à peine voit-elle le présent. « — La » route du milieu, dit-elle en regardant les » trois allées souterraines , cette voie que » Gondaïr croit impraticable , est peut - éti'e » un chemin sauveur. Saintes femmes, repo- » sez en paix! que le ciel m'éclaire et me » guide , deux fois je vous aurai sauvées ! »
Prenant à ces mots une des lampes qui brûlaient contre les rochers , elle s'éloigne et descend la route inconnue. Vainement l'air glacé de l'abîme engourdit ses membres; vainement Je sol labouré par les eaux et sillonné par les feux est hérissé de scories aiguës semblables à du verre brisé; vainement la rapidité de la pente ne promet qu'un gouffre pour but ; rieu