LIVRE IL
ne décourage son ame , rien n'intimide sa pensée , rien ne porte obstacle h ses recherches.
Cependant le sentier ténébreux a cessé de descendre. Une sorte d'escalier remontant à gauche, et tournant le long des précipices, change la direction de sa marche. La route à chaque instant plus périlleuse , est coupée par des masses de laitier (i) détachées de la voûte; la mort sous mille formes affreuses multiplie ses horreurs autour d'elle : à travers d'étroites crevasses, Ézilda demi-courbée , quelquefois à genoux, s'ouvre un téméraire passage. Parvenue à gravir ces degrés calcinés, noircis par les bitumes, et d'où tombèrent jadis des nappes de fonte rouge , cascades dévorantes , elle se trouve en une espèce de rotonde que traverse une nouvelle allée souterraine. A la hâte elle s'y enfonce. Peu à peu la voie s'élargit ^
(1) Lave vitreuse.
(j2 LE RENÉGAT,
le schorl et la calcédoine y brillent de tous côtes. Plus de gouffres à ses pieds. Le terrain qu'elle foule est ondule comme des vagues subitement glacées. On remarque aisément qu'il fut autrefois fréquente : donc il promet une issue. La fille de Théobert presse ses pas. Le torrent qui, sous les profondeurs quelle a parcourues y roulait avec le fracas du tonnerre , ne porte plus qu'un léger murmure à son oreille; quelques traces de végétation entre les pierres, quelques plantes pâles et traînantes, annoncent que l'air extérieur et le jour du dehors, tels que deux sentinelles perdues, ont pu jusque-là s'avancer. Une température douce , semblable au souffle de la vie, se glisse au séjour de la mort. Ezilda se trouve enfin arrêtée par un amoncèlement de laves poreuses , de pouzzolane , de terres et de rochers au milieu desquels croissent de hautes bruyères, des arbustes, et des herbes sauvages. A travers ces derniers obstacles, la princesse
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de Liitèvc se fraie une sortie; et bientôt, du sein des ruines , à la clarté des étoiles, sa lampe à la main , seule sur une plage inconnue, elle s'ëlève blanche et demi -voilée, comme une fille des tombeaux , comme un ouvrage fantastique des ténèbres et du chaos.
Ézilda, respirant avec délices les douces haleines d'un atmosphère pur , porte avec étonnement sa vue autour d'elle. Transportée en un jardin ravissant, elle se trouve au milieu d'un bosquet fleuri, sous des berceaux de myrtes et d'orangers. Des statues de marbre sont semées avec art à l'entour d'une pelouse émaillée. D'un bassin du plus beau granit jaillissent des eaux limpides; en des vases d'un rare porphyre s'épanouissent d'odorantes fleurs; un vent doux et caressant court de bouquets en bouquets, et chargé de parfums s'étend sur les bocages. Tout est suave en ces lieux enchantés; un instant Ezilda ravie se
persuade que sortie des entrailles d'un vieux monde ^ et découvrant une nouvelle terre , elle est aux champs d'un Elysée.
La nuit était peu sombre , et semblable à ces soirées d'été de la Provence dont la température chaude et la brise embaumée portent dans tous les sens une voluptueuse langueur. La princesse errante sur une terre de féeries, aperçoit au détour d'une allée ime colonnade magiquement éclairée. C'est un bâtiment d'architecture orientale attenant à un vaste édifice. Elle s'approche du pavillon arabe dont les arceaux élégans et à jour s'offrent parés de guirlandes et de draperies. Des urnes d'albâtre rose en décorent l'intérieur : toutes renferment des flambeaux ; et de leurs globes diaphanes transpirent les plus tendres clartés.
Au fond de ce temple mauresque (i) , une
(i) Les Maures à cette époque avaient déjà plusieurs fois envahi la Gaule narbonnaise , s'y étaient établis , y avaient bâti des palais , en avaient été chassés , et y étaient revenus.