LIVRE IL
jeune Leaulë , négligemment assise sur des coussins d'une étoffe d'azur, bordés de franges d'or, rêve tristement et soupire. Sa tête est îanguissamment appuyée contre une colonne ^ et ses beaux yeux versent des larmes. Une riche tunique de pourpre brodée de perles orientales , relève l'éclat de ses charmes. L'odalisque est seule : à sa main est un luth. Ses doigts errans sur la corde sonore en tirent des accords plaintifs. Puis après le plus douloureux prélude , d'une voix mélodieuse elle fait entendre ce chant d'amour :
« O doux climat de l'Arabie !
:» Heureuse terre des amours !
)) Il n'est plus pour moi de patrie ,
)) Il n'est plus pour moi de beaux jours.
5) Beauté célèbre , don céleste ,
:» En vain tu brillas au bazar ! . . .
)) Périsse ton éclat funeste !
)i Tu n'as pu charmer Agobar.
v Et pourquoi dédaj gner Zarèle 1 . . . >i Belle , vierge , et lille de roi , « Qui fut jamais aussi fidèle !
)) Qui t'aima jamais comme moi !..
if> LE RENEGAT.
» Mais nul harem , aucune amie )) Ne suit l'insensible César....
1) Ciel implacable ! éteins ma vie ; î) Je n'ai pu charmer Agobar.
» Tu crains l'amour , tu fuis ses charmes ? » Héros terrible , astre vainqueur , •>•> Le sang , la guerre et les alarmes, )) Voilà donc pour toi le bonheur !
» Mais pourquoi chanter mon martyre ?. . . » Ma voix est sans force et sans art : » Brise-toi donc , ô vaine lyre !
>) Tu n'as pu charmer Agobar. •>•>
A ces derniers mots , les accens de l'odalisque , interrompus par la doulem^ , se perdent au milieu des airs comme d'harmonieux gémissemens. Son luth , dont elle vient de briser les cordes , est tombé sur le somptueux tapis de Perse étendu sous ses pieds ; elle arrache de son front les voiles gracieux dont les plis à paillettes d'or s'entrelaçaient artistement, et jette au loin ses chaînes d'émeraudes et de rubis 5 ses bracelets de pierres précieuses , magnificences orientales.
En des cassolettes d'ambre , découpées à