LIVRE I
crut assez puissant pour ne plus juger nécessaire d'offrir au pouvoir le'gitime un sceptre dérisoire. Assez de fantômes s'étaient assis et succédés sous le dais fantastique des lâches successeurs de Clovis ; Charles voulut par l'interrègne préluder à l'usurpation.
Mais un trône disparu laisse à sa place un
vide immense^ etcevideest un vaste abîme
Charles Martel n'osait prendre encore ni le titre de monarque ni le diadème , mais il s'emparait du pouvoir suprême , et couronnait son front de lauriers. Déjà même il croyait son gouvernement en France à jamais affermi : vaine espérance ! Lui-même avait appris au peuple qu'on pouvait ne point considérer le sceptre et la royauté comme des choses sacrées. Pendant le règne de Thierri , sa constante politique avait été de déconsidérer la couronne et d'anéantir ses droits : pouvait - il se flatter de faire ensuite respecter en un soldat ce qu'en un prince il avait avili !
Les familles dévouées aux descendans de Mérovée portaient impatiemment le joug du maire ambitieux. Les suzerains du royaume refusaient d'obéir aux ordres de Charles Martel appelant aux armes la patrie. L'union, si nécessaire aux peuples et aux rois pour leur salut commun, n'existait plus en France. L'esprit de parti remplaçait l'esprit national. Mille factions déchiraient l'empire. Plus de légitimes pouvoirs, plus de frein devant l'ambition î... plus de barrières devant l'audace , plus de principes, plus d'honneur!... Le sourd craquement de l'édifice social s'écroulant retentissait de toutes parts; et profitant des fatales dissensions du royaume , les Sarrasins poursuivaient le cours de leurs triomphes. C'en est fait ! quelques succès encore, et la Gaule entière n'est plus qu'une province musulmane ; le christianisme disparaît de l'Europe ; et la terre est à Mahomet .
Au fond de la grande salle d'armes du chà-