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LIVRE II

jour et venues du golfe d'Ormus , brûlaient sur une table de bois de sandal les aromates renommes des Maldives et du Liban. De ces vases de parfums s'élevait une flamme azurée ; la jeune Arabe s'en approche, et déroulant ses blonds cheveux dont un réseau serré captivait les longs anneaux: «• — Brillante parure ! s'écrie- )) t-elle, inutile présent des cieux, disparais, )) tu ne m'es plus rien. »

Et la flamme à l'instant dévore les tresses charmantes et les boucles éparses de la chevelure de Zarèle.

Ezilda jette un cri de surprise. Pâle , vêtue de blanc, et non moins mystérieuse que belle, elle monte à la hâte les degrés du kiosque asiatique , et se présente devant l'odalisque ; éblouie des charmes de la princesse , et demiégarée par la souffrance , Zarèle la prend pour l'heureuse amante du grand prophète descendue vers elle de l'immortel palais des houris. Prête à tomber agenouillée devant l'image

98 LE RENÉGAT, céleste , elle s'écrie d'une voix tremblante : u — Blanche rose duSidrah (i)î vierge souve- » raine du fleuve de vie ! que me veux-tu ? » Parla pierre sacrée du temple de la Mecque » (2), par le pont terrible du Poulsherro (5) , » réponds ! Mes larmes ont-elles fléchi le des- )) tin ? le cœur de l'insensible pourra-t-il être » enfin attendri ? viens-tu me rendre à l'es- » pérance ? viens-tu me parler d'Agobar ?

» — Pauvre jeune fille ! dit Ézilda , que je » te plains!... Faible mortelle comme toi , je » ne saurais calmer tes peines. »

La vierge des harems revient à elle-même , et regarde attentivement la princesse : son étonnement égale son trouble. Rompant le

(1) Arbre merveilleux du paradis de Mahomet.

(2) Voyez sur cette pierre noire , — Pococke Spécimen hist. , p. 011 ; — Roland, de Relig. moliamed. , p. 88 et seq.

(3) Pont infernal jeté sur une mer de feu : selon les Mahomëtans , là se tiendra le jugement dernier , là se fera la séparation des bons d'avec les méchans.

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