LIVRE IL
silence avec une sorte d'effroi : « — Mortelle » inconnue! lui dit-elle, que viens-tu faire » en ce séjour ? cpi'y chercîies-tu ? sais-tu )) quel est le maître de ce palais ? — Non , » répond Ezilda , je l'ignore. Serait-ce celui » d'Agobar?... — Arrête! interrompt vive- » ment Zarèle ; ne prononce point son » nom 5 dans ta bouche il m'épouvante. In- » comparable beauté ! te connaît- il ? t'a-t-il » vue ? — Rassure-toi , reprend la princesse » avec un sourire compatissant, je ne suis ni )) ne peux être son amie. — Tu ne peux être » son amie , répète lentement l'odalisque : » jeune étrangère , que ton sourire est triste ! )) Pourquoi la nuit erres-tu seule .'*. . . Amante )) comme moi du héros , et comme moi sa vic- » time y es-tu dédaignée , repoussée , avilie ? » tes jours s'écoulent-ils dans les larmes et tes » nuits dans le désespoir ? as-tu vingt fois ap- » proche le poignard de ton sein ? as-tu fati- » gué la nature entière de tes amers gémisse-
loo LE RENÉGAT.
)) mens ? du marbre des mosquées t'enleva-t- » on évanouie ? comme une lave de feux , l'i- » mage funeste d'Agobar dévore-t-elle ton » existence?... — Le chef des Musulmans , » répond Ezilda, m'est entièrement étranger. » — Ah 5 garde-toi de le connaître !
» — A peine une fois l'ai-je vu... pour- » suit la fîUe de Théobert. — Tu l'as \u w une fois , s'écrie l'Arabe passionnée , un » instant suffit pour aimer. Son premier re- » gard décida de ma vie. Quoi î tu l'as vu !... » t'a-t-il parlé?... — Sa voix m'est encore » inconnue. — Garde-toi de jamais l'entendre. » — Infortunée ! il t'a donc aisément séduite ! » — Séduite ! non. Je n'eus pas le bonheur » de l'être. Par de feintes paroles de tendresse » il n'a pas même daigné me tromper ; une )) amante abandonnée connut du moins des » jours heureux : jamais il n'en a lui pour » moi.
» Tu parais bonne et bienveillante, continue