LIVRE IL loï
» Zarèle ; je ne sais pourquoi , mais vers toi » je me sens entraînée...; tu m'inspires la » confiance; assieds-toi : je veux t'apprendre » qui je suis. »
Elle dit ; la princesse attendrie cède à sa prière, et l'odalisque parle en ces termes:
« Fille du roi dUHadramut (i), je naquis » sur les bords fertiles du golfe d'Arabie , » aux champs fortunés de l'Yémen. Sous les » odorans portiques de Sana , aux bocages » enchantés de Taliam (2) , j'avançais dans » la vie , environnée de toutes les délices de » l'Orient. Que de songes enchanteurs em- » bellissaient mon avenir ! Née sous la » pourpre , douée de quelque beauté , pure » comme un premier rajon de l'aube , eni- )) vrée des jours présens, je ne voyais mes
(1) Province située au fond de l' Arabie-Heureuse , près le détroit de Babelmandel.
(2) Autre partie de l'Arabie sur les bords du golfe.
» jours futurs que brillans d'honneur et de » gloire. Hélas! au printemps de l'existence » il n'est point de vues menaçantes , il n'est » point de ciel orageux , il n'est point de » teintes sinistres : le malheur lui-même a » son charme , et la douleur a son sourire. » L'homme est alors comme un vase em- » baume qui , recevant en son sein mille » substances diverses , en parfume jusqu'aux » poisons.
» Entre mon père et le roi des Troglo- » dites (i) une guerre affreuse est déclarée. » Le barbare Méroé , suivi d'une armée levée » aux rives de YJstapus (2) et sous la zone » brûlante de l'Ethiopie , traverse le golfe » qui séparait nos Etats des siens. En vain )) mon père avec vaillance combat ces har- » dis assaillans , à la tète de ses belliqueux
(1) Peuples anciens des côtes de la Nubie.
(2) Branche du Nil.