LIVRE ir. io
» Ai^abes : il périt au champ d'honneur , at- » teint d'une flèche empoisonnée. Les Afri- )) cains l'emportent. Le roi des Troglodites )) entre triomphant dans Sana ; et livrée sans » défense au conquérant , ma famille est ré- » duite à l'esclavaoje.
» Un pirate de la ISubie avait fourni des » vaisseaux aux troupes de Méroé : je fus au » nombre des présens que lui offrit le vain- » queur reconnaissant. Tombée du faite des )) grandeurs au comble de l'humiliation, je » pris la vie en horreur; et une longue niala- » die me mit aux portes du tombeau.
)) Pendant plusieurs semaines une fièvre » ardente me priva de toute connaissance; je » perdis la pensée et presque la raison : et » long-temps après la prise de Sana , quand » je revins à moi , j'avais traversé les mers , )) et j'étais débarquée sur les côtes de TOcci- )) tanie oii mon farouche Éthiopien avait fait » transporter ses plus belles esclaves. J'appris
io4 LE RENÉGAT.
» que , destinée au sérail de quelque cmii' )) sarrasin ou de quelque grand de l'ibérie , » je devais , aussitôt mes charmes revenus ^ » être présentée au plus célèbre des héros , » au plus redoutable des conquérans , au bel » et puissant Agobar.
)) Je n'implorais que la mort , la mort rejeta » ma prière. Mes forces revinrent par degrés^ » et de toutes les captives du bazar je fus ré- » putée la plus belle. Chaque jour j'entendais » vanter l'immortel Agobar j mes compagnes » enviaient le bonheur d'être choisies par ce » héros. Les uns célébraient ses vertus , les » autres citaient ses cruautés. A le juger )) d'après les récits publics, à la fois inflexible » et généreux , magnanime et féroce , il pa- » raissait se plaire, en sa bizarre conduite, à )) placer constamment une action barbare à
» côté d'un trait sublime. Etre indéfinissable , » environné de cet éclat de vaillance et de » gloire qui subjugue si promptement le vul-