LIVRE IL
« écoute Zarèle, et tremble de jamais aimer. )) Que tes traits sont calmes et sereins ! Que » tes charmes ont d'éclat ! Je le vois , ton » ame est en paix. Et moi je fus belle aussi!... » Mais le vent des passions ^ comme ces si- )) nistres orages qui lout-à-coup séparent les » saisons , m'a jetée hors de mon printemps. » — Agobar connaît-il vos souffrances? in- )i terrompt Ezilda. — Que trop , hélas ! ré- )} pond Zarèle. Après notre première entre- » vue 5 loin de profiter de ma liberté, je suivis )) ses pas en captive. A plusieurs reprises je )) m'offris à sa vue , et chaque fois je fus re- » poussée avec mépris ou avec fureur. Enfin, » bravant ses menaceS;, aujourd'hui le sachant » seul en ce château y je suis encore parvenue » jusqu'à lui. Plus inexorable que jamais il me » chassait de sa présence, lorsque tombant en » pleurs à ses genoux : — Agobar! mi'écriai-je, » par pitié prends ton cimeterre , et délivre- » moi de la vie , sans Agobar qu'est l'univers ,
iio LE RENÉGAT.
» qu'est le destin , qu'est le ciel même pour » Zarèle !... Barbare ! songe que j'étais la fille » d'un roi, qu'en tous lieux je fus trouvée* » belle, que jamais je n'aimai que toi... Mé- » prise mes attraits , dédaigne ma tendresse ; » mais du moins, si tu refuses de trancher mes » jours , permets qu'esclave de tes esclaves , » de loin j'accompagne tes pas ! dans la foule » qui t'environne , que je puisse , obscure et » gémissante, lever parfois mes yeux sur toi I » Homme cruel ! qui te plais à torturer les » cœurs , ne pourrais - tu m'accorder cette » grâce! Craindrais-tu qu'elle fût le bonheur! » Vaines supplications ! Agobar appelle ses » gardes ; et s'adressant à Franguestin , chef )) de ses janissaires : — Cette esclave , dit-il , » est à toi. Parmi les filles de ton harem, tu » peux dès demain l'introduire; elle est belle, » je t'en fais don.
» Mon sort est-il assez affreux !... pour-