‹ Le renégatChapitre 7 sur 334 · LIVRE I. II · texte numérisé non relu

LIVRE I. II

teau de Lutève , devancée par quelques gardes, la princesse des Cévennes s'avance...

Plus belle que la vestale qui , près de l'autel où brûlait le feu sacré , vit une nuit tomber à ses pieds le dieu des combats , le père du fondateur de Rome, Ezilda , comme une éblouissante aurore , se présentait aux fîls des hommes. Sous les colonnes gothiques du salon féodal , sa taille élancée s'élevait avec grâce et majesté comme le palmier de Délos au pied du promontoire de Latone. Ses cheveux , aussi noirs que l'herméline de Sibérie (i) , relevés à la manière des vierges de Thessalie, et soutenus par une aiguille d'or , formaient au sommet de sa tête une couronne d'ébène d'où tombaient mille boucles légères. Le vif incarnat de ses lèvres le disputait aux fleurs pourprées de la grenade. Son regard tour à tour tendre, brillant et sévère , commandait à la fois l'ad-

(i) Espèce de marthe très-noire. '

miratioii , le respect et l'amour. Sa tunique flottante qu'attachait une ceinture de pierreries ^ était celle des prêtresses gauloises ; elle était bordée de franges d'argent , et son tissu violet faisait ressortir l'éclatante blancheur de ses bras nus qu^on eût pu croire arrondis par le ciseau de Michel-Ange. Le Sarrasin se fût ainsi représente la houri des champs d'Allah : le Sicambre , aux jours anciens , l'eût prise pour une de ces déités du Nord , qui , du sommet des rocs de Saine , commandaient à la mort, promettaient les empires, et disposaient des élémens.

La voix d'Ezilda semblait une harmonie céleste destinée par le Créateur à l'accomplissement de quelque œuvre mystérieuse , et son sourire enchanteur un rapide aperçu de l'éternelle félicité. Lorsque l'ombre de ses longues paupières se dessinait sur l'albâtre de ses joues, Ézilda , mélancolique comme l'astre aux pâles rayons, eût offert aux fils des Grecs l'image

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