LIVRE ÎI
Mais pour Ezilda cette voix mâle et sonore est un nouvel enchantement. Elle écoute et ne peut répondre. Quelles paroles vient-elle d'entendre ! Est-ce là ce soldat féroce qui ne s'exprime qu'en barbare ! Est-ce là ce chef inhumain que chacun tremble d'approcher , dont nul sentiment doux n est connu , que nulle beauté ne désarme !
Un long silence a suivi les premiers mots du célèbre guerrier. 11 a reconnu l'héroïne du monastère. Ce n'est point un songe, il se lève; et , passant sa main sur ses yeux , il semble , attendant l'explication de cette étrange entrevue , se demander quelque conseil.
Revenue à elle-même , Ézilda rompt le silence : « — Agobar ! dit-elle en lui présentant )) l'écrit des conjurés, un affreux danger vous » menace, lisez! » Plus surpris que jamais : » c( — Qui donc es-tu , répond le héros , beauté » mystérieuse qui t'intéresses à mes deslins ? » — Qui je suis ! répète Ézilda ; une Fran-
120 LE REINËGAT.
» çaise , une chrétienne , votre ennemie. — » Mon ennemie ! si véritablement tu l'étais ^ » viendrais -tu m'averlir des dangers qui me » menacent!... — Le ciel le veut ainsi.
» — Le ciel!... » s'écrie Agobar avec une ironie amère : et son front soudain s'obscurcit. « — Femme ! poursuit- il brusquement , » qui t'introduisit près de moi? — Celui que » tu blasphèmes et que tu renies, mais qui » ne t'a point , je l'espère , entièrement re- » jeté. Dieu lui-même. — Encore!... » interrompt le Renégat avec emportement. « — Toujours... )) répond avec force Ezilda.
Agobar interdit la regarde ; l'homme accoutumé à ne voir devant lui que des esclaves prosternés et tremblans , ne peut concevoir tant de courage en une jeune et simple mortelle. Prenant l'écrit qu'elle lui présente , il le parcourt des yeux avec distraction. Sa lecture est achevée , et rien du contenu des papiers n'a fixé son attention ; il ne paraît ni