LIVRE II
surpris ni courroucé : car bien qu'il ait suivi chaque phrase de la lettre , il n'a rien appris ni rien lu.
i< — L'heure avance , dit la fille de Théo- » bert , les rebelles vont frapper ; ils sont )) réunis ; hâte-toi de déjouer leurs complots. » — Quels complots ? répond Agobar. — Mal- » heureux! s'écrie Ezilda , tes yeux ici -bas )) seraient-ils fermés à toute lumière ! dois-tu » rejeter tout salut ! veux-tu renoncera la vie » comme tu renonces à l'éternité ! — C'en )) est trop ! dit le Renégat , audacieuse in- » connue , retire-toi î »
Il dit ; l'expression de son visage est menaçante et sinistre. Il pâlit; sa figure se décompose : il semble qu'un rayon terne et plombé ^ frappant son front orgueilleux , reflète en ce moment sur ses traits une des couleurs livides de l'abime. D'abord, il cherche à se contenir, il s'éloigne d'Ezilda; puis tout-à-coup, comme venant de se retremper par la pensée
dans l'africaine barbarie, il revient précipitamment vers elle , l'œil étincelant et le cimeterre levé : (( — Songe ou réalité î s ecrie- » t-il , vierge céleste ou furie infernale ! que » t'ai-je dit ? retire-toi ! — Chrétien ou Musul- » man ! répond la princesse, enfant des hom- » mes ou œuvre des démons ! n'approche point , » et écoute-moi ! »
Confondu d'étonnement, le Renégat reste immobile. « — Avant l'aurore , poursuit-elle , » le poignard de Nalrassan aura percé ton » cœur. Tu descendras dans la tombe où plu- » sieurs portes attendent l'homme. Tremble ! » une d'elles s'ouvrira ; aucune ne conduit au » néant.
» — Le poignard de Nalrassan ! répète » Agobar, se pourrait-il.. .. » Et reprenant l'écrit du perfide janissaire, cette fois il en lit attentivement le contenu; l'indignation, le dédain, la rage, se peignent tour à tour sur son visage. « — Alaor, cher Alaor ! s'écrie-