‹ Le renégatChapitre 70 sur 334 · LIVRE III. i · texte numérisé non relu

LIVRE III. i

avaient fait éclater leurs vifs transports de joie. Sensible à leurs témoignages d'amour et de respect, la princesse leur fait part du succès de son voyage nocturne , leur raconte son entrevue avec le chef des Sarrasins, et leur répète le serment que lui a fait Agobar de les secourir et de les sauver.

Oh! que d'expressions de reconnaissance ont suivi le récit d'Ezilda! Moins heureux qu'elle , le vieux de la roche noire n'avait pu réussir en ses desseins. Léodat et ses trois cents guerriers 5 attaqués par des milliers d'ennemis , et vaincus malgré la plus héroïque résistance y étaient prisonniers du Renégat. Les troupes royales venaient d'être repoussées de nouveau par les infidèles. Charles Martel , attendu chaque jour à son camp, n'y était point encore arrivé ; et loin de pouvoir diriger ses détachemens du côté des forets d'Amalberge, l'armée française évacuait sur tous les points la Septituanie , et remontait le cours du Rhône.

i34 hE RENÉGAT.

Retournée sans obstacles au pavillon de Zarèle, après son entretien avec Agobar, la princesse avait arraché l'odalisque à son affreuse captivité. Déjà, sous la voûte caverneuse, elle avait par sa religieuse éloquence tourné les pensées de la jeune Arabe vers l'Eternel. Elle avait soutenu son courage : Zarèle s'était résignée à vivre ; et d'après les conseils d'Ezilda, devant suivre les sœurs d'Amalberge, elle avait pris la résolution de se retirer , du moins pour un temps, en quelque monastère français.

La vierge de l'Yemen a repris ses sens. Apercevant la princesse, elle saisit sa main et pleure. « — Ainsi donc, tout est fini, dit-elle; » je ne le verrai plus. Oh ! refermez sur moi » le cercueil; j'y suis à moitié descendue. Par )) pitié ne me laissez plus revoir la lumière des ) cieux. La vie , ses espérances, ses enchan- » temens , tout est derrière moi, tout m'a abu- » sée , tout m'a échappé. La fleur flétrie est

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