LIVRE III. i
» tombée au bord des abîmes; jetez sa tige au » fond du gouffre. Qui saura qu'elle eut unp » aurore ! qui saura quel fut son tombeau !
» — Chasse ces funestes pensées , répond » Ezilda. Non, Zarèle, tu ne disparaîtras point » comme la plante abandonnée qui naît et » périt au désert , sans que ses parfums la ré- » vêlent, et sans laisser la moindre trace. Etre » qui sais aimer ! pour t'abreuver, non-seule- >} ment un jour, mais éternellement , à la coupe » des félicités, puise à la véritable source. Que » ton cœur sensible appartienne à celui qui » jamais ne trompe. Viens , suis-nous au pied » des autels : la voix du Dieu des chrétiens se » fera entendre à toi. Ce Dieu te révélera ses » mystères; il te promettra des cieux oii ja- » mais l'orage ne tonne , et des palais où ja- )) mais l'amour ne trahit. En ton ame le sou- » venir d'Agobar s'effacera comme un ancien » reproche ; et le creuset de l'infortune pré- » sentera l'or pur au Seigneur. »
ï36 LE RENÉGAT.
La jeune Arabe écoute : des larmes silencieuses inondent sa poitrine. Ses esprits se calment par degrés, a — Ange inconnu! dit-elle, » ton accent, les actions, tes discours , tout » émane en toi de Dieu même. Ordonne de » mon sort, dispose de Zarèle, je t'obéirai... » je reverrai le jour, la voûte azure'e, les hu-
» mains , la nature, tout excepté lui. J'es-
» saierai encore l'existence. Entre lui et moi » je placerai le ciel. Toute entière à réternité^ » je repousserai les souvenirs.... et tu prieras » pour ton amie. ))
En prononçant ces mots elle se dépouillait de sa riche parure ; et sous le modeste voile des sœurs hospitalières , la fille du roi d'Arabie cache ses charmes dangereux.
Mais le temps s'écoule; Agobar n'a jamais manque à ses sermens ; il est temps de se rendre à la grotte miraculeuse. Les captives en reprennent la route ; les vivres portes par