‹ Le renégatChapitre 79 sur 334 · LIVRE IIJ. i · texte numérisé non relu

LIVRE IIJ. i

mières années du monde , le rocher de Carénai réfléchit les derniers feux de l'occident. O merveille de la nature î ce roc est une énorme masse de basaltes cristallisés , régulièrement taillés en colonnes , et perpendiculairement dressés vers la nue sans le secours d'aucun mortel. A quelque distance , au sommet de la montagne qui domine leur plateau , est un vaste cratère transformé en bassin d'où tombent en légères cascades des nappes d'eau vive et transparente. L'onde argentée se brise en sa chute contre des laves bleuâtres, puis vient se perdre dans la vallée en un limpide ruisseau 5 sur un lit de sable brillant , où roulent des paillettes d'or, des grenats et des saphirs, comme aux rivières enchantées que peignent les contes arabes (i).

Au pied du roc de Carénai , aux bords du

(i) Voyez Faujas de Saint-Fond, elc, , el tous les écrivains déjà cites.

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tranquille ruisseau, se penche le saule au pale feuillage ; là , se groupent les noirs sapins : et moitié arbre , moitié racine , le frêne croit entre les pierres.

Le soleil a disparu. Des villageois de tout âge et de tout sexe sont rassemblés au lieu marqué. Le prophète de la montagne y dont en ces contrées l'ascendant est irrésistible , dont les ordres sont toujours suivis , en les mandant à Carénai, leur a promis une vierge libératrice ; et l'espérance, la curiosité, d'heureux pressentimens ont réuni la foule impatiente.

O honte ! une partie de cette population infortunée a embrassé l'islamisme ; le turban des vainqueurs ceint ignominieusement le front des apostats. Le remords, il est vrai, déchire en secret leurs cœurs ; mais moins attachés à l'honneur qu'à la vie , esclaves de la terreur , les lâches n'osent ni se dévouer

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