LIVRE IV. i8i
éclairent l'apparition : le Musulman , qui seul garde ces remparts , assuré que la plate-forme est inaccessible à tout mortel , se persuade que les rayons de la lune se concentrant en un même lieu , et s'étant à la fois condense's , sont devenus une substance visible , ont pris une forme divine , et lui présentent par avance l'image d'une des houris qui l'attendent aux Champs-Élyséens du prophète. ,
Saisi d'une admiration mêlée d'une sorte de terreur , le factionnaire la contemple. Son voile, que le vent rejette en arrière , découvre entièrement son visage : jamais rien d'aussi beau ne s'était offert au soldat. Malgré luimême y et sans savoir ni ce qu'il fait ni ce qu'il éprouve , il s'agenouille , laisse tomber son cimeterre ; et du haut de la tour , en son délire , lui tendant les bras , d'un air inquiet et passionné, il s'écrie : h — Etre céleste !.... » que me veux-tu ?
» .— Descends vers moi , jeune guerrier ! »
i82 LE RENÉGAT,
repond la fille de Lutève. La voix enchanteresse d'Ézilda , son doux appel , son irrésistible regard , achèvent la séduction. Dans les veines du Sarrasin circule une flamme brûlante ; son ame est dans le ravissement , et tous ses sens sont dans l'ivresse : u — Vierge » des régions éthérées ! a-t-il repris avec )) transport , qui t'envoya vers moi ? — Le » Ciel, n
Le Musulman n'hésite plus ; il abandonne les créneaux, descend à la hâte l'escalier intérieur de la tour , arrive à la porte basse , en tire les nombreux verroux , l'ouvre précipitamment , et vient aux genoux d'Ézilda tomber en esclave soumis.
La princesse a levé sa main vers l'occident... et les montagnards cachés non loin , s'élancent aussitôt sur le factionnaire prosterné. Les uns le désarment ^ les autres s'emparent de la porte. Un glaive levé menace le Sarrasin , il va périr : u — Non , s'écrie Ezilda , qu'il vive !