‹ Le renouveau catholiqueChapitre 10 sur 38 · LES ÉLÉMENTS DU RENOUVEAU · texte numérisé non relu

LES ÉLÉMENTS DU RENOUVEAU

Une' question : De quoi se compose le renouveau chrétien?

Comme le vêtement mystique de cette reine dont parle l’Ecriture, il possède un aspect varié. Aucune condition qui ne lui fournisse son contingent. On y voit des représentants qui comptent de quatorze à vingt et quelques années. Ils viennent des différentes situations sociales. Plus nombreux à la ville, ils se rencontrent aussi à la campagne; plus pressés dans les professions libérales, on les rencontre à Tatelier, aux champs, devant les rayons des magasins, et — on la vu par l’exemple des Postiers — jusque dans les milieux qui avaient été jusqu’ici les plus réfractaires à l’invasion religieuse. Plus ou moins fortement, ce sont bien toutes les régions de la France et tous les états qui comptent une élite fortement pénétrée de christianisme.

Une fois de plus, le caractère universel de l’Eglise se trouve affirmé. Cette mère a de quoi satisfaire les esprits les plus exigeants; elle sait se faire connaître et aimer de cœur de ses fils dont l’esprit a

moins de culture, mais dont le cœur possède tout autant d’infini dans le désir.

Autre manière de considérer les jeunes adhérents du catholicisme. Comme sous le toit du Père de famille, cité dans l’Evangile, on trouve dans l’Eglise, parmi l’élite de la jeunesse, les fils qui n’ont jamais quitté la maison paternelle et ceux qui étaient partis pour des régions lointaines.

Bonheur des premiers à qui le Père peut dire : (( Vous êtes toujours demeurés avec moi. Tu &em~ per meciim es ». Oui, la grâce suprême est d’être demeuré sous le regard du Père, dans son amitié, à son service.

Grande joie des seconds. Plus sensible peut-être, parce qu’interrompue plus ou moins longtemps. Tout de même, ceux-ci apportent un témoignage de prix à l’Eglise. Ils méritent leur page dans le cadastre des élus de Dieu.

Les uns naquirent loin de l’Eglise; les autres la quittèrent pour quelque mécontentement. On les vit marcher sur toutes les routes de l’erreur, s’abritant dans leur position par telle ou telle objection contre les appels qui leur étaient faits.

Si on considère seulement les conversions qui se sont produites en France après i9oo, peut-être estil permis de dire que toutes les armes qui composent l’arsenal d’opposition au catholicisme ont été brisées entre les mains de ces convertis : celles empruntées à la science, celles empruntées à l’histoire, celles empruntées à la philosophie, celles qui se dissimulent dans les retraites les plus cachées du cœur humain. Combien suggestif à lire est, à cet égard, le livre du P. Mainage : Les témoim du pe~

nouveau catholique. On y voit un nombre assez considérable de conversions se rattachant au type intellectuel. Ces jeunes avaient dit : L’Eglise se meurt; ou bien : l’Eglise est oppressive des consciences. La vérité et le droit sont avec l’Individualisme, ou avec le Scientisme, ou avec l’Immanentisme ou avec le Libéralisme ou avec le Dilettantisme, ou avec le Socialisme, ou avec le Kantisme,

Maintenant, ils sont agenouillés devant l’Eglise; ils l’appellent leur Mère; ils la bénissent de la lumière qu’elle apporte à leur esprit et de l’allégresse qu’elle met dans leur cœur.

(( Nous aussi, élevés dans Tintellectualisme allemand, nous avons pensé jadis : « Dieu peut-être, ce n’est pas autre chose que le nom mystique de l’idéal, de l’infinie perfection vers quoi nous tendons sans jamais l’atteindre. » Et une adhésion purement intellectuelle nous paraissait non seulement suffisante, mais la seule digne, cependant, que notre cœur qui ne se contentait pas du pain sec de ces abstractions se grisait frénétiquement de toutes les apparences... Or, au milieu de nos égarements, soudain voici que nous avons le sentiment d’une Présence réelle. Il est là comme devant Thomas qui se refusait à croire à son humanité ressuscitée et il nous fait toucher du doigt la blessure de son côté. Nous entendons battre ce cœur qui a tant aimé les hommes. De nouveau, nous croyons à l’Homme-Dieu, au Christ incarné. Et nous tombons la face contre terre en criant : « Seigneur, je vois et je crois. )) Ce que j’écris ici, je sais que des milliers de ma génération le ratifient et le répètent dans leur cœur. Nous ne savons plus ce que veut dire la justice en soi, l’idéal en soi, la vérité en soi et toutes leurs entités. Nous ne croyons qu’en Jésus-Christ crucifié qui nous

a tout révélé. A Dieu ne plaise que nous cherchions une méthode, un chemin vers de nouvelles terres en dehors de Celui qui a dit : « Je suis la voie. » A Dieu ne plaise que nous méditions sur Tordre des mondes en dehors de Celui qui a dit : « Je suis la vérité. » A Dieu ne plaise enfin, quand la vie chante et se propose à nos rythmes et à nos lignes, que nous Texprimions en dehors de Celui qui a dit : « Je suis la vie (i). »

Voici maintenant le Magnificat de Charles de Bordeu : .

<( L'absolution reçue, — comme il faut que Dieu ait de la bonté ! — je sentis sa paternité rendue à moi, la joie d’être rentré parmi son peuple et une confiance paisible...

« Pour Tesprit, il s’est étrangement nettifié. Les doutes, les objections, tous ces gravats sont tombés au fond, je ne les remue plus... Les splendeurs font leur preuve... J’avais craint d’être à l’étroit dans le Credo. Je m’y meus dans l’infini, un infini que Dieu ramène autour de moi, car son regard me suit : je ne m’y perds donc pas... J’entendais garder mon esprit libre. Et je l’ai tel, certes! plus et mieux qu’avant, puisque c’est à la vérité qu’il adhère, parce que j’ai su vouloir et obéir... Juger m’est devenu facile et sûr, avec l’aide de la doctrine infaillible, qui sait tout de l’homme et de la vie. Les grands rêves ne sont plus rêves ni conjectures où, après tant d’autres, je m’élevais, de maux détruits, de la mort impuissante, de tendresses à la traverser, de bonheur sans tristesse et qui ne passera pas, de Tâme admise au vrai. C’est Dieu qui cautionne ces certitudes en les donnant à tous. Et il est bien clair que

<l) Robert Vallery-Radot, Le réveil de Vesprit.

les doctrines plus ou moins jeunes, de plus en plus savantes, que l’on continuera d’édifier, que toutes les découvertes qu’on pourra faire n’infirmeront pas un seul mot du livre où Dieu parle, authentiquement, formellement, et près de cela, ne pèsent rien!... Ni la vie ne m’est devenue moins douce, pour s’être faite plus grave, ni la nature moins belle et amie... Enfin, je ne me sens pas diminué. Aujourd’hui, il est utile de dire je crois, ce qui jadis aurait fait scandale, dans un siècle plus religieux, c’est qu’il nous faut porter notre foi avec orgueil, quitte à nous humblifîer en tout le reste et autant qu’il convient, bien entendu, w

Depuis la parabole de TEvangile, tous les retours sont accompagnés d’ime symphonie et d’une parure festivales. Et, quoi qu’il puisse sembler parfois, il n’y a nulle part plus de liberté pour le fils que dans la demeure où il habite avec, son père et sa mère. Autour de l’Eglise, dans ses parvis, la clarté rayonne avec l’amour. « Le lendemain de ma soutenance de thèse — ce fut Tépoque de sa conversion — je consignais avec beaucoup de tranquillité dans mon cahier que j’appliquerais mes efforts à écrire une glorification de l’Eglise par la raison (i). » Telle est la résolution prise par Georges Dumesnil, le guide affectueux et chéri de tant de jeunes. « Chose curieuse! écrit Paul Claudel, l’éveil de l’âme et celui des facultés poétiques se faisaient chez moi en même temps, démentant mes préjugés et mes terreurs enfantines ».

Naguère les conversions se faisaient tard ou n’aboutissaient pas. Inquiètes, les âmes sans foi cherchaient la vérité sur tous les chemins de la vie,

(1) Revue Saint-Thomas d'Aquin, 15 mars 1913.

sans cependant Tapercevoir, parce qu'elles ne voulaient pas consentir à ses exigences.

Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour.

Ne pourrons-nous jamais, sur l’océan des âges,

Jeter l’ancre un seul jour?

Page 1