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LES CAUSES DU RENOUVEAU

Après avoir constaté l’existence d’un renouveau catholique et noté ses caractères, notre étude est loin d’être achevée. Il reste, en effet, à rechercher les causes et à observer les résultats.

A connaître les causes, il y a une joie que chantait déjà Virgile dans le vers fréquemment cité :

Félix qui potuit rerum cognoscere causas.

Nous avoiis le désir de savoir, mais notre science est très bornée aussi longtemps que nous ignorons la source des choses. Tout ce qui existe est tellement dépendant de ses origines, non seulement dans son être même, mais dans ses modalités d’être!

Une remarque préliminaire : dans le mouvement des jeunes, tout ne vient pas des jeunes. Quelle erreur il y aurait à contredire! Et quelle simplicité!

Dans l’enivrement qui les transporte et dans la joie de l’éloge, quelques jeunes ont pu croire que leur génération formait, dans l’océan de l’humanité, un îlot détaché, et qu’aucune barque venue de loin ne leur avait apporté le fond du trésor qu’ils ont fait valoir. Génération spontanée, alors Les savants n’admettent pas ce phénomène. Ni les histo-

riens, ni les philosophes. De toute nécessité, le présent possède des attaches avec le passé; et la fleur suppose la tige. Quand, dans les champs de Thistoire, éclôt une moisson d’âmes héroïques ou saintes, c’est toute la race, depuis ses moments les plus reculés, qui a contribué à fournir les germes glorieux. En entrant dans la mer pour y perdre ses eaux, le fleuve, malgré une course si longue et tant de péripéties survenues, doit toujours sa vie et sa beauté au flot premier, si modeste qu’à peine on le remarque. Vouloir ignorer la tradition ou prochaine ou ancienne, c’est s’isoler de la vérité qui n’est pas d’aujourd’hui et méconnaître la principale loi de l’existence qui est la transmission.

Saluant l’arrivée au front des jeunes recrues de la classe i9i4, « l’étoile de notre destin, le signe du salut national... le bel astre que nous appelions avec la certitude qu’il apparaîtrait sur le bord du ciel nocturne », M. Maurice Barrés écrit : « C’est une jeunesse héritière en même temps que novatrice (i). »

Cette expression nous plaît pour caractériser le mouvement extérieur qui nous intéresse. Nous y voyons d’abord un héritage : (v Le grand fleuve d’héroïsme, que l’on croyait perdu et glissé sous la terre de France, coule de nouveau à pleins bords, continue Barrés... La jeune plante n’aime pas l’ombre, la défaite; elle va vers le soleil, se nourrit de lumière et de gloire. » Tel est bien aussi le fait du renouveau catholique: l’antique foi des pères, des apôtres régionaux, des apôtres du Christ et du

(1) Echo de Paris, 11 décembre 1914.

Christ lui-même. A certaines époques, son flot se cache sans s’interrompre; mais toujours impatient de se répandre sous la lumière, il jaillit dès que s’offre une issue, avec la force que donne la compression.

(( Les jeunes gens d’aujourd’hui s’imaginent volontiers, — ainsi parle M. Edward Montier, — que le mouvement est né d’hier et qu’ils en sont les seuls auteurs (eat-ce bien vrai ?). Il faut leur enlever une présomption et leur ménager un refuge; il faut qu’ils sachent bien qu’il n’y a point de générations spontanées dans l’éclosion des idées, pas plus que dans l’éclosion des êtres, que tout se transmet et que la vérité est dans la tradition. Il faut qu’ils prennent conscience de leur solidarité apostolique avec tous les grands catholiques qui les ont précédés, et par eux avec toute la lignée des héros et des saints de l’Eglise universelle, en laquelle habite toujours vivant le Christ, qui est lui-même le Fils de Dieu (i). w

Dans cette lignée glorieuse, M. Edward Montier, nomme Lacordaire, Montalembert, Ozanam. « Ce sont eux, dit-il, qui ont amené la renaissance catholique contemporaine. »

De son côté, M. H. Lavedan fait ces observations:

« Nous savons par expérience que le peu de bien qui subsiste en nous n’a pas une origine locale et spontanée et qu’il n’est pas un effet du hasard... Il arrive d’ailleurs. Il est un don de nos mères, de nos parents, de nos rares amis, la fleur et le fruit d’une éducation spirituelle, le résultat d’un tendre acharnement; il a été fourni par une longue série de sagesse et de bonté, de leçons et de conseils, et surtout d’exemples (2). »

(1) Revue des Patronages, EdwaM Montier, mai 1914, p. 36.

(2) L’ILLUSTRATION, 15 mai 1915, S’ouMier.

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Au commencement était Dieu. Parole de tout début. Au commencement étaient Dieu, Jésus-Christ, la grâce, TEglise. Explication première de tous les phénomènes surnaturels qui, à un moment ou à Tautre, sous une forme ou sous une autre, se présentent aux regards. Au commencement était telle ou telle institution, tel ou tel messager de Dieu : raison d’être de l’excellence d’une âme, d’un groupe d’âmes, d’une foule d’âmes, aspirant,, comme du même élan, à une action concordante.

Des influences extérieures apparaissent, des hommes s’agitent, des événements passent. Mais tout cela sous l’action de Dieu. Tout l’apport des hommes et des choses ne constitue qu’une préparation éloignée et n’agit que comme cause seconde. Ce n’est l’œuvre ni de celui qui entreprend ni de celui qui court, mais de Dieu qui est miséricordieux. Et, le plus souvent, la grâce divine est attirée par quelques âmes humbles et pures qui vivent cachées, prient, souffrent et s’immolent dans l’ombre.

Pour donner les causes du renouveau catholique,, nous nommerons donc, après la grâce de Dieu et la collaboration des jeunes, certaines institutions et certains hommes. Nous sommes, d’ailleurs, bien assurés de ne dresser qu’une liste incomplète. A côté de l’extrême diversité des âmes, il y a encore une diversité plus grande d’influence.

Ils sont aussi complexes que nombreux les motifs d’un pareil mouvement, et ce serait une étrange illusion de vouloir lui assigner une cause unique. Il faut se contenter de suivre le grand courant.

Reconnaissons tout d’abord que la jeunesse qui existait en France immédiatement avant la guerre

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fut, plus qu’une autre, privilégiée quant aux moyens d’assurer sa formation. Du ciel et de la terre, tous les anges semblaient accourir pour présenter aux enfants et aux adolescents des soutiens et des armes efficaces. S’ils firent mieux que leurs aînés, n’est-ce pas parce que les circonstancés leur furent plus favorables?

Vers la fin de l’année scolaire i9i2, M. d’Haussonville, présidant la séance de clôture des étudiants qui se réunissent au io4 de la rue de Vaugirard, disait :

(( Vous savez que c/est un peu le tort de la vieillesse de parler toujours du passé. Elle dit volontiers : jadis... autrefois... et elle trouve le présent très inférieur au passé. Le vieillard est volontiers laudator temporis acti. Je ne crois pas avoir ce tort, et quand je compare la génération dont je faisais partie à la vôtre, je crois que la vôtre lui est infiniment supérieure.

<( Quand j’étais jeune (cela ne remonte pas au déluge, mais avant la guerre), il y avait certainement des jeunes gens catholiques; il n’y avait pas de jeunesse catholique, et voici en quoi consiste la distinction. Certainement, il y avait des jeunes gens qui pratiquaient leurs devoirs religieux, qui vivaient d’une vie correcte. Les meilleurs étaient affiliés aux Conférences de Saint- Vincent-de-Paul, modeste institution qui faisait beaucoup de^bien et qu’on a peut-être trop abandonnée; mais une jeunesse catholique embrigadée, résolue, défendant ses droits, ne se laissant pas marcher sur le pied, faisant à sa foi les sacrifices qu’il est nécessaire de faire, cette jeunesse catholique n’existait pas de mon temps. Elle existe aujourd’hui, c’est une immense supédiorité. »

Le comte d’Haussonville ajoutait ces paroles qui

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sont particulièrement intéressantes au milieu des circonstances actuelles :

« Gomme je vous le disais il y a un instant, c’est une consolation pour nous de penser que vous serez nos héritiers. La génération à laquelle j’ai appartenu n’a pas été heureuse. En pleine activité, en plein cœur, elle a reçu le coup de la guerre, et, au lendemain de cette guerre, les efforts qu’elle a tentés n’ont pas été couronnés de succès. Plus d’un noble idéal auquel nous nous étions attachés, nous n’avons pas pu le réaliser. Nous espérons que vous serez plus heureux; nous voudrions pouvoir vous léguer des victoires, nous ne vous léguons que des espérances... On lègue ce qu’on peut.

(( Vous êtes tous des lettrés, vous connaissez ces admirables vers où Lucrèce parle des hommes qui transmettent aux générations nouvelles les traditions de l’expérience et la science, et où il les compare à ces coureurs antiques qui se transmettent de main en en main un flambeau. Quand ils tombaient épuisés, ils le passaient à un autre, craignant toujours de le voir s’éteindre...

Et quasi cursores vitae lampada tradunt,

(( Ce vers est tellement connu que j’éprouve quelque honte à le citer. Je le fais cependant, car nous vous passons ce flambeau que nos mains débiles n’ont peutêtre pas porté assez haut. Vos jeunes et fortes mains le prendront, mais vous êtes plus heureux que les coureurs antiques, car eux craignaient t" jours de voir s’éteindre cette flamme et cette lumU a; et vous, vous n’avez pas cette crainte, car c’est vjtre dévouement, votre courage qui entretienront cette flamme, et cette lumière, c’est celle de l’Evangile et de l’Eglise. »

Donc, les jeunes du xix® siècle n’eurent pendant longtemps pour développer leur volonté et entretenir leur foi que les Conférences de Saint-Vincentde-Paul. Et encore ces conférences ne leur présentaient-elles pas beaucoup d’attraits à cause de Teurs cadres antiques. Peu à peu, on en était arrivé à ce point que d’estimables vieillards, ‘vieillissant sur place dans le noble exercice de la charité, composaient toute l’œuvre qui, initialement, avait été fondée par les jeunes, comme soutien de leurs forces et emploi de leur activité. Aujourd’hui, au contraire, des œuvres s’élèvent partout en faveur de la jeunesse; les mains se tendent de tous côtés pour aider les jeunes à Iranchir les passages difficiles qui aboutissent à la virilité et conduisent au catholicisme pleinement connu et totalement pratiqué. Très bénévolement, le maître de la moisson a envoyé une armée de travailleurs pour préparer la terre, jeter la semence et empêcher l’homme ennemi de venir jeter la zizanie au milieu du bon grain.

Impossible d’exposer ou même de nommer toutes les institutions qui favorisèrent le renouveau dont nous exposons ici l’histoire; mais comment ne pas citer les Conférences de Saint-Vincent-de-Paul, la Liberté d’enseignement, les Patronages, la Fédération sportive des Jeunes, l’Association catholique de la Jeunesse française, le Sillon, le Rosaire vivant, la Liturgie, les Retraites fermées, les Semaines sociales. î^...

Quoique ces institutions soient connues des lecteurs, il sera bon peut-être de s’arrêter à considérer l’une ou l’autre d’entre elles.

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