‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 10 sur 123 · LUE · texte numérisé non relu

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proie des nations guerrières ; maintenant les peuples indolents et ignorants seront exploités par les peuples industrieux et intelligents. C'est la loi de l'humanité, ou plutôt c'est la loi de la création entière appliquée à l'humanité ; tempérée, si vous voulez, chez celle-ci par la religion, qui sait opposer le précepte sublime de la charité universelle à l'égoisme des penchants humains, et la considération des biens éternels à l'entraînement des intérêts temporels.

Mais cette avidité d'acquérir, cet excès d'acquisivité, comme diraient les phrénologistes, doit souvent porter à n'être pas trop scrupuleux, ou à s'aveugler sur les moyens à employer pour la satisfaire. Pour cette raison, ceux qui ont à traiter d'intérêts communs avec des gens qui ont ce penchant, doivent être en état de faire valoir les arguments et les considérations les plus propres à faire impression sur eux, et à commander leur conviction. La plus belle oraison, sortit-elle de la bouche d’un Démosthène, d'un Burke, ou d'un Mirabeau, ne serait guère plus pour eux qu'une vaine dépense de rhétorique, si elle ne touche à la fibre des intérêts matériels, et ne s'appuie sur les principes reconnus de la science qui traite spécialement de ces intérêts : il n’y aura d’yeux et d'oreilles que pour eux. Dans le cas même d'une injustice patente, il faudra que vous puissiez démontrer qu’elle préjudicie aux intérêts généraux ; ce que heureusement vous pourrez toujours faire à l’aide de l'économie politique, qui vous mettra en état de démontrer que tout le corps sucial souffre nécessairement des souffrances d’aucun de ses membres. ‘‘Car, comme dit Say, chez un ‘‘ peuple où l’on se dépouillerait mutuellement, il ne ‘‘ resterait bientôt plus personne à dépouiller.”’

J'ai dit plus haut que l'étude de l’économie politique était devenue pour nous plus indispensable que jamais. En effet, outre la solution des questions de théorie gouvernementale, qui absorbaient ci-devant l'attention de tous les partis en ce pays, et qui, réglées, vont permettre

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aux esprits de s'occuper davantage de mesures ou questions d'intérêt matériel, travail auquel il faut nous préparer au risque de perdre toute influence, et partant peut-être tout avantage, dans le règlement de ces mesures ou de ces questions, —outre cette considération-là, nous allons rencontrer sur ce nouveau terrain des adversaires, ou, si vous voulez, des concurrents mieux préparés que nous.

Vous vous rappelez, sans doute, la remarque d'un de nos jeunes représentants, dans la dernière session, à propos du silence que gardaïient les anciens sur certaines mesures commerciales et financières de grande importance, Si ce monsieur n'a voulu exprimer qu'un regret, espérons qu'il fera en sorte, lui, comme tous ceux de sa génération, que leurs survivants n'aient pas à l'exprimer à leur égard. Si c'est un reproche qu'il a voulu adresser aux hommes publics qui l'ont précédé, je dois dire que ce reproche est injuste.

En parlant, il y a quelques moments, de la lutte politique vive et constante qui s'est prolongée jusqu'à 1840, et dont sont résultés les arrangements gouvernementaux actuels, je crois en avoir assez dit pour faire sentir qu'il n'était guère possible que nos hommes publics, avant l'époque présente, pussent se livrer à des études longues et suivies sur l’économie politique. Vos devanciers depuis 91, dirais-je à ceux de la nouvelle génération, ont eu à combattre pour la liberté politique, pour les conséquences pratiques du gouvernement représentatif dont, jusqu'à tout récemment, nous n'avions que le nom. Ils ont créé, développé, organisé la puissance populaire, et lui ont acquis le degré d'influence et d'action dont elle jouit aujourd'hui dans le gouvernement : action et influence qui sont telles, comparées à ce qu'elles étaient sous l’ancien ordre de choses, qu'elles constituent une véritable révolution dans notre état politique. Cela, vous le savez, est le fruit de rudes et incessants travaux qui ont dû consumer toutes les forces morales et intellectuelles de

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vos aînés. Comment alors aurait-on pu se livrer à l'étude d'une science qui demande beaucoup de temps, et encore plus de calme dans l'esprit pour être étudiée à fond ? Et eût-on pu ravir aux occupations ordinaires de la vie, le

temps de l'étudier, on eût manqué de cette tranquillité : dans l'État nécessaire à l'application des vérités qu’elle 1 enseigne. D'ailleurs, le champ de l’économiste était beau- $ coup plus resserré alors que la mère patrie se réservait le Ê règlement de notre commerce : nouveau motif, nouvelle $ excuse, pour les anciens, de ne s’être pas occupés particu- k lièrement d’études économiques. E Ainsi, messieurs de la jeune génération, point de ! reproches ; soyez indulgents, soyez justes. Au prix des à iongs et rudes travaux de vos aînés, vous voilà entrés * dans la terre promise ; ils ont fait leur tâche, à vous ne maintenant de faire la vôtre. Ils ont sacrifié leur temps, k S leur énergie, leur intelligence à cette grande conquête, à : d vous maintenant de la faire profiter. Ils ont dû être bi tribuns, soyez hommes d’État, économistes éclairés. De Ja cette manière, vous vous présenterez sur l'arène avec pc l’armure convenable, et vous pourrez y lutter sans tk désavantage avec des concurrents qui, comme je l’ai F4 remarqué plus haut, sont pour le présent mieux préparés à que nous, —fait qu'il y aurait une sotte vanité, du danger ; ‘9 même à ne pas reconnaître. [La première condition, la n ‘* plus sûre garantie du succès dans toute position où l’on peut se trouver, c’est de bien connaître et apprécier les sa forces de son adversaire. | sa La supériorité de vos concurrents en fait d'économie su politique peut aisément s'expliquer.—N'appartiennent-ils de pas à cette race d'hommes la plus industrieuse, la plus a s

commerçante qui soit au monde, ce qui a fait dire à un économiste distingué de nos jours, que ‘‘l’ Angleterre est le pays natal de l’économie politique ?’" Marchande et manufacturière, la nation anglaise a dû être portée tout

naturellement à étudier et à observer, plus que toute autre, les phénomènes de la formation, de la répartition

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et de la consommation des richesses, qui sont le sujet de l’économie politique. Sans une forte étude de cette science, tant dans les livres que par l'observation et la réflexion, l'Angleterre ne fût jamais parvenue au degré de richesse et de puissance qu’elle a atteint. Et l'on a une grande preuve de l’existence de connaissances économiques saines et étendues, chez la nation anglaise, dans le triomphe éclatant que vient de remporter en Angleterre le principe de la liberté du commerce sur le principe restrictif, prohibitif ou protecteur. Les intérêts opposés à cette mesure étaient si puissants que l’œuvre de sir Robert Peel a étonné le monde, et que ce grand homine, cédant héroiquement à la voix de l'opinion publique autant qu’à une honnête conviction, a dû, nouveau Samson, s'ensevelir, comme chef politique, sous les ruines du monopole écroulé. Maïs c’est un bien glorieux linceul que l'acte des céréales ; et dût sir Robert Peel ne jamais se relever de sa dernière chute, il en a fait assez pour sa renommée en faisant triompher un principe bienfaisant, dont les conséquences sont incalculables pour l'humanité tout entière. N'est-il pas notoire que le vieux système prohibitif et protecteur a pour effet de rendre tous les peuples ennemis les uns des autres, en les faisant se regarder comme intéressés à la ruine les uns des autres? Le nouvez: 1 système, au contraire, aura pour tendance d'ir..ére::er tous les peuples à la prospérité les uns des auires, et fera ainsi disparaître la cause des guerres fi. ,uentes et ruineuses follement entrenrises pour de prétendus intérêts commerciaux, qui n’existaient que dans les théories erronées du temps. Ct*..uement, s’il est quelque ‘hose qui doive aider à la réalisation du rêve de paix universelle du bon abbé de Saint-Pierre, rêve qu'on a appelé le rêve d’un honnête homme, c’est la liberté universelle du commerce, vers iaquelle l'acte des céréales de sir Robert Peel est le premier pas, mais un pas décisif, un de ces pas, comme ceux du géant Atlas, qui va remuer, entraîa:r le inore.

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