TOME IV
Or, messieurs, cette grande révolution commerciale dont le premier tocsin vient de sonner du haut des tours de Westminster Hall, nous allons être des premiers conviés à entrer dans la voie qu’elle ouvre. La mère patrie, cn nous retirant la protection qu’elle accordait à nos produits, va nous donner le droit de retirer, de notre côté, la protection qu'elle assurait à ses propres produits sur notre marché ; elle nous ouvre en même temps tous les marchés du monde, et permet au monde entier de venir chez nous. En un mot, nous allons avoir à règler nousmêmes dans notre intérêt nos rapports commerciaux avec le monde entier, soin que la métropole s'était réservé jusqu’à présent et qu’elle exerçait dans l'int’rèt de l’empire. (Je n'ai pas à m'occuper de quelques noints de restriction qui paraissent n'être pas encore réglés, et qui sans doute feront le sujet de négociations entre la mère patrie et la colonie.) C’est là une occupation aussi grave qu'elle est nouvelle pour nos hommes publics, qui va demander de bien grandes connaissances en économie politique pour nous garder des conséquences des faux pas, qui sont d'autant plus à redouter que nos premières démarches décideront peut-être de l'avenir de notre pays sous plus d'un rapport ; nous allons maintenant inoculer à notre corps social des germes de misère ou de prospérité, de vie ou de mort; nous allons avoir non seulement à débattre nos intérêts de localité et de classe, mais aussi à régler nos intérêts provinciaux avec les peuples étraugers. Et sûrement que notre race sentira qu’il est de son avantage, autant que de son honneur, d'apporter dans la discussion de ces grands intérêts une part de lumières, de connaissances et d'expérience égale à celle qu’elle a toujours su fournir dans les discussions publiques. Et cela, encore une fois, nous ne pourrons le faire qu’au moyen d'études sérieuses en économie politique. Voulez-vous que je vous cite sur ce point un passage du discours sur l’économie politique du professeur McCulloch ?
‘Ce n’est pas une connaissance superficielle et générale,
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mais bien une connaissance profonde et intime des justes principes et conséquences de la science économique, qui peut seule rendre l’homme d'État capable d'apprécier la portée et l'effet des différentes institutions et mesures, et conséquemment d'adopter celles qui sont les plus avantageuses à la nation. Tel pourra déclamer avec vigueur et éloquence sur les avantages du commerce libre, comme sur ia libre concurrence dans toutes les branches d’industrie, qui cependant ignorera complètement plusieurs principes fondamentaux et des plus importants. C'est une erreur que de supposer que ces principes gisent à la surface ; plusieurs ont échappé à l'observation de Quesnay et de Smith; et soyons bien certains que pour les comprendre il faut une étude sérieuse et une attention suivie."’
Dans un autre endroit, il expose ainsi le danger de l'ignorance des législateurs en fait d'économie politique : ‘‘En législation financière et commerciale, on ne saurait faire, dit-il, un seul faux pas, imposer une seule taxe ou restriction injudicieuse, sans affecter sensiblement les intérêts de chaque individu, sans mettre même en danger réel la subsistance d'un nombre de familles. La meilleure intention ne saurâit prémunir contre l'erreur. L'ignorance des sciences frustre souvent les meilleures intentions, et fait que des mesures destinées à hâter le progrès des améliorations n’ont produit que des désastres et de la disgrâce.””
Maintenant, messieurs, ne penserez-vous pas avec moi que ce n’est qu'en tremblant qu'un législateur doit aborder les questions d'économie politique ; et qu'ils assument une immense responsabilité ceux qui, pouvant le faire, négligent les moyens de pouvoir se prononcer avec connaissance de cause? Mais qu’on n'aille pas croire que cette responsabilité pèse seulement sur ceux qui se mêlent directement de législation. L'étude de l’économie politique est nécessaire et partant obligatoire à tout le monde.
Sur ce point, écoutons Say, dans son discours préliminaire :
‘ On a cru longtemps, dit-il, que l’économie politique était à l'usage seulement du petit nombre d'hommes qui règlent les affaires de l'État. Je sais qu’il importe que les hommes élevés au pouvoir soient plus éclairés que les autres ; je sais que les fautes des particuliers ne Peuvent jamais ruiner qu'un petit nombre de familles, tandis que celles des princes et des ministres répandent la désolation sur tout un pays. Mais les princes et les ministres peuvent-ils être éclairés, lorsque les simples particuliers ne le sont pas?, . Dans les pays où l’on a le bonheur d’avoir
‘1 gouvernement représentatif, chaque citoyen est bien pl:s encore dans l'obligation de s'instruire des principes de l’économie politique, puisque là tout homme est appelé à délibérer sur les affaires de l’État. Enfin, c’est toujours Say qui parle, en supposant que tous ceux qui prennent part au gonvernement, dans tous les grades, pussent être habiles sans que la nation le fût, —ce qui est tout à fait improbable, —queille résistance n'éprouverait pas l’accomplissement de leur meilleurs desseins ? Quels obstacles ne rencontreraient-ils pas dans les préjugés de ceux mêmes que favoriseraient le plus leurs opérations. Pour qu'une nation jouisse d’un bon système économique, il ne suffit pas que les chefs soient capables d'adopter les meilleurs plans, il faut de plus que la nation soit en état de les recevoir.’
I1 serait possible de multiplier les citations sur ce point, comme il est facile de trouver dans l’histoire des peuples une foule d'exemples à l’appui de ce que nous venons de lire. Je vous en rapporterai un fort remarquable, qui ne laisse rien à désirer. En 1773, sir Robert Walpole proposa un plan financier ayant pour objet d'introduire le système d’entrepôt, qui devait rendre Londres le plus grand marché du monde, ce qu'il est aujourd'hui enfin. Alors, malheureusement, la science économique, en Angleterre comme dans tout le reste de l'Europe, en était encore au berceau ; la nation anglaise n'était pas encore en état de recevoir le plan de son ministre, tout excellent
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