‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 100 sur 123 · TOME IV · texte numérisé non relu

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ralement répandues chez nos compatriotes que chez les peuples de la vieille Europe, par la raison que la grande masse de notre population est agricole ; car, de toutes les occupations auxquelles l'espèce humaine se livre ici-bas, la culture de la terre est sans contredit la plus propre à les entretenir toutes deux. L'exercice du corps et la man suétude de l'esprit donnent la santé ; la santé donne la force. L'expérience, depuis que l'on a commencé à cul: tiver la terre, démontre que, de toutes les professions, celle de l'homme des champs fournit le plus grand nombre de constitutions saines et athlétiques, en même temps que les difformités et les infirmités, si fréquentes dans les villes, suites de vices héréditaires et constitutionnels, sont à peu près inconnues à la campagne, Mais si les aliments sains, l'exercice en plein air, l'absence de l'ambition et des passions violentes, le calme et la douceur uniforme de l'âme, développent à un très haut degré les forces physiques et entretiennent la santé, on ne doit pas être étonné que l'état, sous bien des rapports, opposé des gens de profession, des poètes, des peintres, des musiciens, des hommes d'État, de cabinet et des savants, ne produise des effets bien désastreux sur la santé et la constitution. De là, la nécessité indispensable des exercices variés et multipliés pour cette classe d'individus, indépendamment de leur importance envisagée sous le point de vue national et social. Cependant, si les exercices du corps sont si salutaires aux diverses classes de la société que nous venons d'énumérer, arrivées à l'âge de maturité, ils sont bien autrement importants à la jeunesse destinée à remplacer, dans le cours ordinaire de la vie, les hommes utiles dont elles se composent. Personne n’ignore que c'est dans les dix-huit ou vingt premières années de la vie que se forment le caractère, le tempérament et les habitudes de l'individu. Arrivé à l'âge où le jeune homme embrasse un état, il est déjà formé et marqué du cachet qui devra le distinguer de ses semblables pour le reste de ses jours. De là encore le besoin urgent de donner une

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direction telle, aux diverses branches de l'éducation, que la patrie soit en état de compter sur un vaste contingent de sujets préparés, au physique comme au moral, à figurer sur la scène du monde, de manière à faire honneur au pays, et à être jugés dignes de remplacer ceux que la faux inexorable du temps moissonne annuellement,

Je crois qu'il est généralement admis, et pour ma part j'en suis fermement convaincu, que nos séminaristes, pour le plus grand nombre, sont inférieurs en fait de force physique aux jeunes gens du même âge, livrés aux travaux agricoles ou employés aux arts et métiers qui demandent un travail en plein air. Maintes et maintes fois j'ai eu occasion de voir un aîné, après quelques années passées au séminaire, se faire battre de franche guerre par ses cadets et les enfants du voisinage, tous plus jeunes que lui. J'ai été très souvent et également témoin de jeunes gens qui venaient de faire leur cours d'études, d'une forme et d'une apparence athlétiques, qui n'étaient pas capables de soutenir, contre de petirs nains exercés, une lutte d'une demi-heure à des travaux continus, mais d'ailleurs ordinaires et très faciles. Le travail, la marche, la course, etc., ont bien vite épuisé un appareil locomotif demeuré trop longtemps inactif. Non seulement les muscles manquent de vigueur, mais les mouvements qu'ils opèrent finissent par être dépourvus de souplesse et de grâce, lorsqu'ils ne sont pas suffisamment mis en action; et l'individu qui a ainsi été restreint dans l'usage de ses membres pendant les dix ou douze années de son éducation, acquiert une tournure gauche, raide et composée ; il est reconnu dès l’abord ; personne ne s'y méprend, et chacun en le voyant, vous dit: c'est un étudiant, il a la dégaine du séminaire. Faute d'exercice, et conséquemment de force et de vigueur, notre jeunesse devient craintive, irrésolue, moutonnière ; et comment en serait-il autrement ? Le courage et l'audace ne naissent-ils pas de la confiance qui, chez l'individu, n’est autre chose que la conviction intime de son habileté à vaincre tous les obstacles, à triom-

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pher de tous les dangers’ Ainsi, sans exercice, point de force ; sans force, point de confiance en soi ; sans confiance en soi, point d'hommes vaillants, mais des êtres faibles, lâches et pusillanimes, indignes du nom de citoyens.

A Dieu ne plaise, messieurs, que je veuille faire, de l'oubli de l'éducation physique, un chef d'accusation contre les personnes qui ont la direction de nos séminaires et de nos collèges, la plupart de ces maisons n'ayant été instituées que pour former des ecclésiastiques. Mais dans la supposition même qu'elles eussent été originairement établies pour l'instruction des laïques, on ne pourrait leur faire de reproches qui ne s'appliquassent également, et avec plus de raison, à toutes nos institutions modernes, puisque nos universités, tant en Europe qu'en Amérique, ne sont guères plus avancées, et que ce n’est que depuis une époque assez rapprochée que l’on a commencé à y introduire les exercices gymnastiques. Si donc il y a reproche à adresser quelque part, ce ne peut être qu'aux peuples modernes eux-mêmes qui ont négligé les beaux et patriotiques exemples de l'antiquité, sur un sujet qui ne le cède en intérêt et en importance qu’à la culture de l'intelligence elle-même.

Oui, messieurs, c'est chez les anciens, c'est dans la Grèce, et particulièrement à Lacédémone, que l'importance de la force physique a été le mieux appréciée, et que le gymnase a été le plus honoré. La Grèce, cet universel berceau des arts et des sciences, des talents et des vertus ! C'est l'amour sacré de la patrie qui inspira à Lycurgue ces lois qui donnèrent à Sparte ces citoyens vertueux, ces magistrats intègres, ces défenseurs invincibles, qui firent la gloire de cette république, et qui servent encore aujourd’hui d'exemples et de modèles au genre humain.

La prévoyance du grand législateur pour tout ce qui avait rapport au développement des forces physiques s'étendit sur l’homme au berceau et anticipa même sa naïissance, On sait que les femmes partageaient les exercices.

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des hommes jusqu'au moment du mariage. Les danses guerrières, les combats corps à corps, les bains dans l'Eurotas, les repas publics, développaient chez les mères une force qu'elles devaient transmettre plus tard à leurs enfants. Dès le moment de la naissance, le Spartiate attirait la sollicitude de la patrie, et son éducation devenait une des affaires importantes de l'État. Le nouveau-né était plongé dans le vin. Peu importait que l'enfant sur- <ombât à cette épreuve ; les Lacédémoniens étaient convaincus que celui-là aurait été un citoyen inutile à la république. Dans ses plus jeunes ans, le Spartiate s'ac- <outumait à braver la douleur, la faim, la soif, la fatigue, la rigueur des saisons. Les exercices journaliers les plus rudes, les privations les plus longues et les plus cruelles, la plus grande sobriété, les travaux le plus pénibles faisaient de chaque citoyen un soldat, un héros ! A ces exercices succédaient de véritables combats : à l'âge de dixhuit ans, les jeunes gens s'accoutumaient entre eux à braver et à mépriser les dangers. On avait pris un soin extrême de proscrire tout ce qui pouvait inspirer de la volupté. L'ivresse était inconnue ; dans les repas publics, l'intempérance ne pénétra jamais. Les arts qui énervent le courage en portant la volupté dans les sens, étaient sévèrement bannis de Lacédémone ; on n'y admettait que ceux qui excitaient les vertus. La musique noble et guerrière fut seule admise. On ne connaissait d'autre éloquence que celle qui consiste dans la force des pensées, la clarté, la concision ; ces hommes méprisaient tout ornement; à leurs yeux, la vérité n’en avait pas besoin. Avec de telles mœurs, on conçoit que les Spartiates devaient être et étaient en effet les plus robustes et les plus vaillants des Grecs, comme ils en étaient aussi les plus sages et les plus vertueux. Dès les premiers temps de la Grèce, ses habitants, obligés de résister aux attaques des barbares, ou tourmentés par la soif des conquêtes, se livrèrent avec ardeur à la gymnastique : une constitution forte en était le résultat, et cette force était un des

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plus beaux titres à la gloire. Le gymnase était sous la surveillance des lois : les exercices que l’on y pratiquait étaient soumis à des règles, animés par les éloges des maîtres et encore plus par l'émulation qui existait entre les disciples. Toute la Grèce regardait ces exercices comme la partie la plus essentielle de l'éducation, parce qu'ils rendaient un homme robuste, agile, capable de supporter les travaux de la guerre et les loisirs de la paix. Considérés par rapport à la santé, les médecins les ordonnaient avec succès. Relativement à l’art militaire, on ne peut en donner une plus haute idée qu’en citant l'exemple des Lacédémoniens. Dans un temps où l’on combattait avec de petites armées et toujours corps à corps, où les grandes combinaisons et la stratégie étaient peu nécessaires, de quel prix inappréciable ne devait pas être la force physique ! Aussi, voyons-nous que, de temps immémorial, l'exercice gymnastique fut en honneur et qu'il conduisit souvent à la suprématie.

Sous les noms de palestriques et d’orchestriques, Platon nous a transmis une division complète des exercices qui se pratiquaient dans les gymnases.

La palestrique comprenait ceux qui étaient exécutés dans les jeux olympiques, tels que la course, la lutte, le pugilat, le pancrace, le jeu du disque, etc. ; la lutte était le plus considéré de tous les exercices, celui qui conduisait aux plus grands honneurs, quoique les accidents de toutes espèces compensassent trop fréquemment les avantages que l'on en retirait. Les lutteurs s'étranglaient, s'étouffaient, se fracturaient les membres ou les côtes, et rarement en étaient quittes pour de simples contusions. Le pugilat ou combat à coups de poing, plus dangereux encore que le précédent, l'un des exercices les plus antiques, puisqu'il dut être un des premiers que les hommes encore sans armes mirent en usage pour attaquer ou se défendre, fut introduit aux jeux olympiques dans la vingttroisième olympiade : il avait lieu d’abord avec les poings fermés et nus, plus tard enveloppés de bandes de cuir

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entremêlées de plaques métalliques qui en augmentaient le poids et la force. Cet appareil, appelé cs/e, avait le double avantage de porter des coups plus terribles et d’amortir ceux qui tombaient sur les parties qu'il recouvrait. Si cet exercice dangereux et cruel, d'après l'opinion d'un grand nombre de médecins, malgré l'autorité de Galien, ne peut être conseillé comme moyen hygiénique, il n'en est pas moins important pour nos Canadiens, ainsi que j'aurai occasion de le faire remarquer bientôt, sous un point de vue national, placés comme nous le sommes visà-vis d'une autre population qui le tient fort en honneur et le pratique encore davantage. Le pancrace était composé de la lutte et du pugilat, et réunissait nécessairement les avantages et les dangers de l’un et de l’autre. Le jeu du disque consistait à lancer aussi loin que possible une masse de bois, de pierre ou de métal, de forme en général lenticulaire, ou simplement semblable à une portion de cylindre. Ce jeu n’entraînait aucun danger ; il développait les membres supérieurs, le thorax, les organes qu'il renferme et les muscles du tronc.

Les jeux de l’orchestrique ne firent jam is gémir l'humanité sur leurs résultats. Composés de la danse et de ses nombreuses variétés, du saut et de la sphéristique dans laquelle on employait une balle de verre ou de toute autre matière, ils réunissaient, sans le mélange du moindre danger, l'agrément à l'utilité. Les espèces de danses étaient innombrables ; il y en avait qui étaient consacrées au culte des dieux ; d’autres aux exercices guerriers, au théâtre, aux fêtes en l'honneur de l’hymen, de l'amour, de Lucine ; les unes étaient graves et pleines de majesté, les autres enjouées mais décentes ; beaucoup étaient voluptueuses, licencieuses même : telles étaient les danses auxquelles se livraient les bacchantes, et les prêtres et prêtresses, plus effrénés encore, de Phallus.

La force du corps fut aussi honorée chez les Romains, les vainqueurs et les imitateurs serviles des Grecs. Les Grecs enthousiastes et reconnaissants élevèrent au rang

des dieux des hommes qui furent doués d'une force supérieure : Hercule, Castor et Pollux eurent des autels. Des prix furent institués par Hercule et Pélops, pour encourager les exercices guerriers, qui ne tardèrent pas à devenir une véritable passion. C’est à Iphitus, roi d'Élide, qu'on dut l'établissement des jeux olympiques.

Les jeux olympiques étaient célébrés en l'honneur de Jupiter et avaient lieu tous les quatre ans. (C'est du retour périodique de ces jeux, qui ont servi comme autant de points fixes pour la chronologie, que l’on désigne les époques par le terme ‘‘olympiade."'

La carrière olympique se divisait en deux parties que l'on appelait le stade et l’hippodrome ; le stade était une chaussée de six cents pieds de long et d'une largeur proportionnée ; c'était là que se faisaient les courses à pied et que se donnaient la plupart des combats. L'hippodrome était destiné aux courses des chars et des chevaux. Les exercices pratiqués dans ces grandes occasions étaient ceux auxquels on se livrait au gymnase : tout se faisait au milieu du peuple réuni avec une grande solennité ; les femmes seules n'étaient pas admises à ce spectacle. Les vainqueurs étaient proclamés par des hérauts au son des trompettes, et recevaient des couronnes de la main des juges ou des présidents élus pour cette fin. Tout le monde s'empressait à les voir, à les féliciter ; leurs parents, leurs amis, leurs compagnons, versant des larmes de joie et de tendresse, les soulevaient sur leurs épaules pour les montrer aux assistants, et les livraient aux applaudissements de toute l'assemblée, qui répandait sur eux des fleurs à pleines mains. Chez un pareil peuple, où l'enthousiasme et l'amour de la gloire n'avaient point de bornes, on ne doit point s'étonner que l’héroisme ait été quelquefois poussé jusqu'au fabuleux.

Mais à quoi bon, me dira-t-on peut-être, tout cet étalage des usages et des mœurs de l'antiquité ? Quels rapports y a-t-il maintenant entre ces peuples qui ne sont plus et notre civilisation moderne? Est-ce que la découverte de

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la poudre à canon n'a pas entièrement changé l'art de la guerre? La vapeur et l'électricité, domptées et soumises à la volonté de l'homme, n'ont-elles pas anéanti les distances? L'intelligence, dont la puissance ne connaît point de limites, ne dicte-t-elle pas ses lois à tout le monde matériel ? Que!s résultats se promet-on en voulant renouveler, en tout ou en partie, un ordre de choses qui ne peut plus avoir d'application, et qui, en trois mots, pour parler le langage pittoresque de notre siècle, n'a plus d'actualité ? A ces objections que l’on pourrait me faire et qui sans doute ont eu leur poids dans l'esprit des peuples modernes, puisqu'ils ont, pendant si longtemps, négligé l'enseignement des exercices du corps comme partie nécessaire de l'éducation de la jeunesse, je répondrai que la santé a toujours de l'actualité et qu'elle est aussi précieuse de nos jours qu'elle l'était du temps des Grecs et des Romains ; que pour entretenir la santé chez les personnes condamnées par état à l'étude, à une vie recluse et sédentaire, l'exercice en plein air est d’une indispensable nécessité. Le premier effet de l'exercice est de déterminer, dans l'organe même qui est le siège du mouvement, une espèce d'excitation qui appelle l'afflux des fluides destinés à entretenir la vie et l’action dans ces organes. La contraction musculaire ayant lieu par la volonté, la circulation et les organes qui l’exécutent reçoivent donc les premières influences de l'exercice. En effet, par l'exercice un organe voit se développer en lui un surcroît de chaleur et de nutrition ; il devient plus volumineux, plus agile, plus fort ; il finit par exécuter avec une merveilleuse perfection les actes qui d'abord paraissaient d'une insurmontable difficulté. Mais, ainsi que les autres organes de l'économie animale, les muscies ne peuvent être toujours en mouvement, ils ressentent aussi le besoin du repos; et comme on a remarqué que l'intermittence d'action était nécessaire à tous nos organes, mais surtout au cerveau, il résulte que les actes locomoteurs, étant sous l'influence directe de ce viscère, doivent nécessairement rentrer dans

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la loi commune. Cependant, comme il est reconnu également que chaque partie du cerveau a ses fonctions particulières, et la locomotion exerçant pour ainsi dire d'une manière exclusive, la portion cérébrale à laquelle elle est confiée, doit par conséquent laisser dans l’inaction les portions mentale et effective du cerveau : l’action de la première devant apporter nécessairement un relâchement à la tension des deux autres. Cette considération, fondée sur des observations irrécusables, nous fournit des conséquences bien précieuses pour l'hygiène. Elle nous enseigne que le meilleur moyen de détruire les effets fâcheux que produisent souvent les excès intellectuels ou les passions, c'est de faire faire au malade un exercice convenable. Aussi combien d’hystériques, de mélancoliques, d'érotomanes, etc., n’ont-ils pas dû leur guérison à un genre de vie actif qu'on les obligeait de suivre ou que la fortune les forçait d'adopter. En somme, l’exercice modéré favorise l'appétit, active la digestion, facilite la conversion des matières alimentaires en notre propre substance, et ne doit jamais être négligé.

Mais l'exercice n’est pas seulement indispensable à la santé, il est également nécessaire au développement de la force physique qui, elle-même, est à son tour d’une nécessité absolue dans toutes les situations de la vie. Je sais néanmoins que, pour ce qui concerne l'art de la guerre, ce dernier moyen d’argumenter à coups de canon, commun aux rois et aux peuples, c'est une opinion assez généralement répandue que la force physique n'entre que pour peu de chose dans le gain des batailles ; que le succès dépend presque toujours, toutes choses égales d’ailleurs, de la supériorité des chefs et de la discipline plus ou moins parfaite des troupes que l’on oppose les unes aux autres. Tout en admettant volontiers l'importance de ces deux conditions, le génie et l'instruction dirigée par le génie même, il n’en est pas moins vrai que, lorsque ces deux conditions se rencontrent au même degré dans les chefs et les troupes opposés, les meilleurs bras et les meilleures

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jambes n'assurent la victoire à celle des deux armées qui a l'avantage de compter dans ses rangs le plus grand nombre de ces utiles engins. Les troupes modernes sont exposées aux mêmes marches, aux mêmes fatigues, aux mêmes privations que l'étaient les troupes grecques et romaines ; et les fastes de l’histoire prouvent qu'il ne s'est jamais rencontré d'obstacles qu'elles n'aient vaincus ; mais cela ne prouve pas qu'avec des armes égales, et chargés du même poids, les soldats d'aujourd'hui eussent été capables de tenir tête aux soldats lacédémoniens, ce qui est au contraire improbable, puisque, pour vaincre ces derniers, il a fallu leur opposer des hommes exercés et capables de les égaler dans le gymnase. Bien des gens croient que nos armées n’ont que très rarement l'occasion de combattre corps à corps, et que tout se décide au moyen du plus grand nombre de projectiles, plus ou moins bien et artistement lancés. Ceci est une grave erreur: car il n'est guère de batailles où des charges de cavalerie n'entrainent d'affreuses mêlées. Jamais, presque jamais des batteries, lorsqu'elles sont enlevées, ne le sont autrement qu'à la pointe de la baïonnette ; et l'on voit rarement un ancien militaire qui ait été présent à un certain nombre d'engagements, qui ne vous raconte les sensations qu'il a éprouvées à l'instant terrible du choc, et durant le court mais épouvantable conflit de deux masses d'infanterie s’abordant à l'arme blanche. Pour des troupes braves et bien disciplinées, commandées par des officiers dignes de porter ce nom, rien de plus sûr et de plus décisif, après une décharge ou deux des armes à feu, qu'un choc vigoureux à la baïonnette. L’ennemi qui, pour la plupart du temps, compte sur le nombre de cartouches qu'il se prépare à envoyer au vent, et qui ne s'attend pas aussi vite à une lutte corps à corps, perd la tête et n’oppose qu'une faible résistance, lâche pied et n’est rallié que bien difficilement, vaincu pour ainsi dire avant que de combattre. Aussi, après une foule de faits bien constatés, est-il certain que la force physique est un don tout aussi précieux

pour le soldat du dix-neuvième siècle qu'il l'était pour celui qui existait avant l'ère chrétienne ; et que cette force physique ne s’acquiert jamais à un très haut degré sans une instruction spéciale et une longue pratique.

Néanmoins, supposons un moment, en opposition aux témoignages des vivants et aux faits constatés dans toutes les relations écrites des combats et actions qui ont eu lieu durant le demi-siècle qui vient de s'écouler, que la force du corps ne contribue en rien au succès des batailles, s'ensuit-il qu'une constitution forte et robuste, l’agilité du corps, ne soient plus d'aucune utilité dans les occurrences ordinaires de la vie? L'expérience de tous les jours nous prouve, nous démontre à chaque instant le contraire. Combien de fois dans les voyages, les naufrages et les incendies, dans les événements de chaque jour, n'a-t-on pas eu occasion d'admirer le courage, le dévouement de certaines personnes qui, par leur présence d'esprit, leur sang-froid, leur force et leur agilité, ont sauvé la vie à des centaines, que dis-je, à des milliers de leurs semblables. Quel beau spectacle que celui que nous offre un jeune homme intrépide, montant, au moyen de faibles secours, au deuxième ou troisième étage d'un édifice pour arracher aux flammes dévorantes un père, une mère, un enfant chéris ; que de tressaillements dans l'âme des spectateurs à la vue de cet autre qui, aussi prompt que l'éclair, s'élance dans les flots pour un infortuné qu'un accident vient d'y précipiter ! Que d'applaudissements, de brazos adressés à celui qui, fendant la foule au moyen de ses bras exercés et athlétiques, va arracher aux étreintes d’une brute sous figure humaine, un être impuissant et faible, victime d'une sauvage férocité ou tombé dans un infâme guet-apens !

Maintenant, je demanderai à la jeunesse instruite du pays quel rôle, à l'avenir, elle se propose de jouer dans des circonstances analogues à celles que je viens de citer. Se croisera-t-elle tranquillement les bras en attendant qu'un charpentier, un maçon, un pêcheur, un forgeron ou

un boulanger volent au secours et arrachent à une mort certaine des malheureux sur le point de périr? Renoncera-t-elle volontairement à la plus douce jouissance que l'on puisse éprouver, au plus beau titre de gloire qu'il soit possible d'acquérir : la gloire de sauver la vie à un concitoyen ? Non, assurément non ; car je vois déjà la réponse écrite en traits de feu sur vos fronts mâles et magnanimes ! Non, vous ne le céderez ni en agilité, ni en courage à ces intrépides hommes de métier, à ces valeureux artisans : vous prendrez les moyens d'acquérir, par une instruction particulière, ces qualités précieuses qui tiennent à la nature de leurs occupations et dont ils sont devenus, pour ainsi dire, possesszurs à leur insu. À l'avenir, et j'en ai la conscience, on verra s'élever entre vous et eux, au moment du danger, une généreuse concurrence, une louable émulation. Si la fibre plus endurcie chez ces hommes du peuple leur permet de soutenir un plus grand degré de fatigue, l’ardeur et l'enthousiasme qui se rencontrent toujours chez les hommes instruits, nourris de tout ce que la culture des lettres peut exciter de nobles, de grands et généreux sentiments, compenseront autant et plus qu'il ne le faudra ces légers , avantages.

Nous croyons maintenant en avoir dit assez pour faire

ds sentir l'importance, la nécessité d'introduire dans nos BA habitudes les exercices gymnastiques, surtout à l'égard 3, de ceux de nos enfants à qui nous désirons donner une us éducation soignée dans le dessein d’en faire plus tard des È hommes de profession, des littérateurs ou des artistes. Li 1 D'abord, nous examinerons ce que l’on entend par la $ gymnastique moderne, son but, comment on la divise, et les exercices dont elle se compose ; et ensuite, jetant un se coup d'œil (car c'est tout ce que l’on peut faire dans les , à bornes circonscrites d’une seule leçon) sur ses parties les ; plus essentielles, nous indiquerons en passant les exer- [| cices qui, à notre estime, pourraient se pratiquer sans ' u

inconvénients dans le bas âge, sons les yeux des parents

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