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qu'il était ; la seule proposition qui en.fut faite faillit soulever le pays, et ce fut avec les plus vives démonstrations de joie que le peuple accueillit l'abandon de la mesure. Et telle était la force des préjugés que ce ne fut qu’en 1803, trente ans plus tard, que put être adopté sans danger le système d’entrepôt, ‘‘la plus grande amélioration, dit McCulloch, qui ait peut-être jamais été faite dans la police financière et commerciale du pays.”
L'ignorance ou les préjugés, en fait d'économie politique, ne font pas seulement rejeter de bonnes mesures législatives, ils en imposent en outre de mauvaises.
Celui qui pour la première fois étudie l'économie politique, est frappé d’étonnement à la vue des erreurs monstrueuses que lui signalent ses auteurs à chaque page chez les nations les plus avancées, comme chez les hommes les plus éclairés. Vous voyez l'Égypte obliger les enfants à exercer le même état que leurs pères, comme si la nature donnait nécessairement aux hommes les aptitudes particulières à l’état où ils naissent ; sans parler du danger d’encombrer certaines industries, et d'en laisser d'autres avec un nombre insuffisant de travailleurs, selon les besoins variables de la société. Vous voyez dans certains États de l’ancienne Grèce les travaux industriels absolument interdits aux citoyens qui étatent à peu près ce que sont les nobles modernes. Cette loi se rencontre à l'état de préjugé à Rome, mais si profondément enraciné que Cicé:or:, cet esprit si philosophique, n’a pu s’en garder. Le menu négoce est sordide et déshonorant à ses yeux, et toute la grâce qu'il fait au grand commerce, c'est de dire qu'il n’est pas tout à fait aussi méprisable, zonadmodèm vituperanda. Avec une pareille idée, la Grèce et Rome n'auraient jamais existé sans l'esclavage. Chez les modernes, vous voyez l'Espagne devenir la victime de cette erreur commune naguère que l'or et l'argent étaient la seule source de la richesse, au point que dans presque tous les États de l'Europe on passa des lois pour prohiber l’exportation de ces métaux. C'était raisonner aussi bien que’
38 LE RÉPERTOIRE NATIONAIL,
l’avare qui se laisserait mourir de faim sur son trésor. Les opérations de la fameuse compagnie des Indes Orientales en Angleterre furent longtemps gênées par cette cause, et ce ne fut qu'après soixante et trois ans de discussion qu’elle obtint pour elle et pour le commerce particulier, liberté pleine et entière sous ce rapport. C’est dire que l'Angleterre repoussa pendant soixante et trois ans une mesure qui a contribué autant et plus que quoi que ce soit, à lui donner deux cent millions de sujets en Asie. Enfin, pour citer quelques noms célèbres très modernes, on voit Montesquieu et Voltaire préconiser le luxe comme un bienfait, presque à l'égal d'une vertu. Louis XIV disait qu’un roi faisait l'aumône en dépensant beaucoup ; mais quelque soixante ans plus tard le peuple de Paris préludait à une terrible révolution en demandant du pain. Un autre monarque plus rapproché de nous encore que le grand roi, Frédéric II, surnommé aussi le grand, trouvait que la guerre était un moyen admirable de distribuer également dans ses provinces les subsides que les peuples fournissaient au gouvernement.—Certes, les peuples se fussent beaucoup mieux trouvés qu'on leur eût laissé ces subsides.
Terminons ces quelques exemples choisis entre des milliers d’autres, chez les peuples étrangers, par un exemple tout récent tiré de chez nous. Nous en trouvons un assez remarquable dans ce que nous appelons l'acte pour la protection de l'agriculture, qui n’a nullement protégé l’agriculture; car si l’on consulte les comptes mis devant le parlement dans la dernière session, on verra que cet acte a produit, l’année précédente, 41,587 de droits, ce qui reparti sur la masse des producteurs canadiens revient à rien pour chacun. Aïnsi nos producteurs n’ont pas eu de protection, et il en a coûté plusieurs {1,500 pour mettre l'acte à exécution. Mais cet acte eût-il eu l'effet de mettre d’abord une somme considérable dans la poche de l'agriculteur, il en fût résulté une hausse proportionnelle dans le prix des sub-
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sistances pour toutes les classes non-productrices de produits agricoles, qui, elles, auraient été forcées de faire payer leurs services plus cher à l’agriculteur, qui aurait ainsi donné d’une main ce qu’il aurait reçu de l’autre ; ou bien encore la protection aurait attiré le travail et les capitaux vers l'agriculture, et la concurrence eût bientôt réduit les prix à leur niveau naturel. Mais lorsque ces prix sont au-dessous de ce niveau naturel, —alors en vertu de la même loi, le travail et les capitaux se portent ailleurs, et la concurrence diminuant, les prix haussent de toute nécessité. Aussi rien n'est-il mieux établi en économie politique que la protection est un système absurde et désastreux, excepté peut-être dans certains cas tout particuliers, où il serait question de soutenir les premiers pas d'une industrie nouvelle, mais propre au sol, au climat, à la situation d'un pays ; ou pour amortir la chute d'une industrie ancienne qui ne se trouve pas ou qui a cessé d'être dans ces conditions. Alors c’est une taxe temporaire que la société entière s'impose pour raffermir une industrie naissante, et hâter le moment où elle pourra se soutenir par elle-même. Dans le second cas, de même, la société vient au secours d'industries caduques, non pas pour les faire revivre, mais pour empêcher la ruine de milliers de familles, et donner aux capitaux et au travail qui y sont engagés, le temps de se tourner, sans secousse, dans des voies plus avantageuses.
Mais je m'arrête, car je sens que je sors de ma thèse. Puis d’ailleurs votre patience doit être à peu près épuisée, si mon sujet ne l'est pas. En effet, parmi mes notes j’en trouve qui se rapportent à deux sujets intimement liés à l'étude de l'économie politique, et dont je ne ferai qu’une simple mention en passant: je veux parler de l'introduction, dans le cours des études collégiales, des éléments de l’économie politique, et de l'établissement de chaires d'économie politique en ce pays, comme il en a été établi dans d’autres pays, qui en avaient moins besoin que nous. Je crois qu'au collège de Saint-Hyacinthe, cette institution