‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 123 · ToME IV · texte numérisé non relu

ToME IV

66 LE RÉPERTOIRE NATIONAI,

Pour nous, Canadiens, félicitons-nous d'être nés dans un pays et dans un temps où l’on peut proclamer sans crainte toutes les vérités qui tiennent au bien-être et au progrès de l'humanité ; où l'on peut dire aux grands comme aux petits, aux riches comme aux pauvres : Tous naissent égaux, et s'il y a des inégalités sociales, elles ne doivent être que le résultat des talents, du travail et de la conduite de chacun. Chacun a un droit égal aux avantages de la société, et doit par conséquent être mis en position de pouvoir jouir de ces avantages. Chacun a droit aux fruits de son travail, mais pour cela il faut que tout le monde travaille ; car celui qui ne travaille pas vit nécessairement aux dépens de ceux qui le font, c'està-dire, de la masse de la société ; qu'il soit riche ou pauvre, cela ne change en rien sa position vis-à-vis de la société ; dans l'un et l’autre cas, c'est un bourdon dans la ruche.

Ah ! prenons-y garde, nous qui habitons un jeune pays où l’oisiveté n'a encore pu étendre ses racines bien loin ni bien profondément ; prenons-y garde, l’oisiveté, née des plus mauvais penchants de la nature humaine, choyée par l'ignorance, favorisée par les lois et les institutions, a été, sous le nom d’aristocratie, la plaie, la lèpre des nations européennes nos mères. Tâchons d'éviter un mal qui leur a été, qui leur est si funeste encore. Favorisons par nos lois l'accumulation des richesses dans notre pays, mais en même temps mettons-y le travail en honneur, flétrissons l'oisiveté, et pour nous aider à parvenir à notre but, gardons-nous des lois qui peuvent favoriser la concentration des richesses dans certaines classes et les y perpétuer par voie d’'hérédité. C'est par là que la vieille Europe s’est trouvé: chargée de castes fainéantes et corruptrices, branches gourmandes et improductives qui ont fini par épuiser l’ordre social. Pauvre Espagne, qui ne doit le reste de vie qui la soutient encore, qu'à son ciel si beau, à son sol si riche. Pauvre Irlande, dont on désespère. Et toi, belle France, tu t'es relevée ; mais

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LE RÉPERTOIRE NATIONAI, 67

quelle autre que toi qui eût pu sortir sauve de l'épreuve de la terreur et des coalitions européennes ? Et toi, opulente Albion, tu ne paraiïis pas encore fléchir ; mais aurastu toujours l'empire des mers ? seras-tu toujours l’entrepôt du monde entier? Vienne le jour où tu serais laissée aux seules ressources de ton pays, ne gémiras-tu pas à ton tour sous le poids de ta double aristocratie, et ne réservestu pas à l’histoire la réalisation de la fable des géants ensevelis sous Ossa et Pélion ?

Ainsi, messieurs, faisons donc en sorte, par nos lois, par nos institutions, par nos mœurs, par nos idées, que tout le monde travaille chez nous. Là où tout le monde travaillera, chacun aura pour sa part une moindre somme de travail à accomplir. Il restera par conséquent plus de loisir à employer aux jouissances et aux perfectionnements intellectuels. Ici le travail de tous se présente plus spécialement sous son rapport avec le progrès moral et intellectuel de l’homme. Vous croyez, messieurs, comme moi à ce progrès. Vous n'êtes pas de ceux qui regardent l'humanité comme tournant sans cesse dans le même cercle ; partant de la barbarie pour arriver par degrés à la civilisation, et retomber de 1à dans la barbarie pour recommencer comme de plus belle. Cela est bien vrai, ou l'a été jusqu'à présent pour la plupart des peuples qui ont marqué dans l’histoire, mais ce ne l’est pas pour l'humanité, qui ralentit le pas quelquefois, mais qui marche toujours de l'avant. Au premier échelon de l’échelle civilisatrice, on aperçoit l'Inde, dont l’action cependant, quoique évidente, sur la civilisation de l'Occident, se perd dans le crépuscule des premiers temps. L'on sait d’ailleurs que la civilisation de l’Inde s'est, pour ainsi dire, immuablement stéréotypée dès le commencement, posant ainsi à son berceau un point d’arrêt à l'humanité.

Ensuite apparaît l'Égypte avec sa théocratie jalouse et avare de la science, et qui pour toutes reliques de sa civilisation n’a laissé au monde, comme un défi éternel, que les pyramides et les hiéroglyphes, aussi mystérieuses les

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unes que les autres. Vous savez qu'on a cru, jusqu’à présent, que les pyramides étaient des tombeaux que l'orgueil des Pharaons destinait à leurs royales momies, Mais voici qu’un jeune savant français, M. Fialin de Persigny, a employé les loisirs d'une prison à démontrer, avec toute apparence de raison, que la principale destination de ces monts artificiels était d'opposer un rempart aux sables envahissants du désert. Champollion allait, dit-on, nous expliquer les hiéroglyphes, mais voilà que la mort, complice du génie mystérieux de l'Égypte, l’enlève au milieu de ses grands et utiles travaux.

Mais nous allons enfin sortir du mystérieux ; voici venir la Grèce, qui, confidente de l’Inde d'un côté, et de l'Égypte, sa mère en civilisation, de l'autre, va révéler enfin aux peuples la science et avec elle la liberté. Après elle vient Rome, qui répand au loin sa civilisation, qu'elle reçoit de la Grèce, et dont l'admirable législation civile régit encore le monde civilisé. Puis est venu, il faut bien le dire, une ère de ténèbres et de barbarie telle qu’on put désespérer de la civilisation. Mais Dieu, en décrétant la ruine du monde romain, qui ne répondait plus à ses vues bienfaisantes sur l’homme, songeait à en reconstruire un nouveau ; et pendant que, semblables aux Hébreux au pied du Sinaï désespérant du retour de Moïse, on désespérait de l'humanité, celle-ci s'était retirée pour un temps au sein de l'Éternel, et, comme le grand législateur d’Israël, recueillait de la bouche divine les règles et les lois d’une civilisation nouvelle, plus belle, plus grande et surtout plus bienfaisante que l’ancienne.

Ainsi, la civilisation, née dans l'Inde, accueillie en Égypte où elle grandit à l'ombre et dans le silence du sanctuaire, se manifestant au dehors en Grèce, se propageant au loin avec la puissance romaine, mais seulement à la surface, pénètre avec le monde chrétien jusqu’au cœur de la société, convie tous les hommes sans distinction à la jouissance de ses bienfaits. Et la voilà maintenant qui se prépare à repasser d'Occident en Orient,

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chargée des dépouilles précieuses qu'elle a recueillies dans son long et glorieux voyage à travers les siècles et les nations.

Rendons justice à l'antiquité, à laquelle nous devons beaucoup ; mais que cela ne nous empêche pas de reconnaître les merveilles de la civilisation moderne, qui après un travail de quelques siècles a laissé bien loin derrière elle la civilisation grecque et romaine, surtout dans tout ce qui se rapporte au bien-être de l'humanité en masse. Car il ne faut pas l'oublier, cette gloire de la Grèce, cette grandeur de Rome avaient pour piédestal l'esclavage et l'exploitation des masses. Il n’en est pas tout à fait ainsi de notre temps : la gloire et la grandeur des nations s'appuient sur la liberté des peuples, et c'est avec des peuples libres que l’on fait les grandes choses. Aussi la tendance du travail civilisateur est-elle tout autre qu'elle était jadis ; ce sont des peuples libres qui sont à l'œuvre, et c'est au profit des peuples que l'humanité progresse, et non plus au profit de certaines classes.

Mais ce travail, que l’on pourrait appeler le travail des peuples, ne fait guère que commencer. L'Europe, notre mère et notre préceptrice, n’est encore que partiellement émancipée. Sur plusieurs autres points, on y voit l’anarchie lui déchirer le sein ; la liberté n'y trouve pas encore ces idées d’ordre et de morale publics dont elle a besoin pour y prendre racine. L/'Asie et l'Afrique n’ont pas encore reçu le nouvel évangile des peuples. Et il se trouve des hommes qui disent qu’ils n'ont plus rien à faire, qu'ils ont payé leur dette au Créateur et à l'humanité. La tâche de l’homme sur la terre sera remplie, messieurs, lorsqu'il n’y aura plus un ‘ul peuple au monde qui ne jouisse de la plus grande somme de bien-être social, moral et intellectuel dont il est susceptible. Et si cela n’est pas une vérité incontrovertible, Dieu n’est pas l'être sage, bon, juste, grand que l’on se figure ; il n’y a pas de Dieu, si ce n’est le Dieu des oisifs. Mais voyez quel Dieu l’on offrirait à vos adorations. Il aurait déversé les biens de

ce monde sur quelques hommes privilégiés, mais seule- ples

ment pour leur permettre de passer leur vie bien inutile- prop

è ment pour leurs semblables, et le plus agréablement pos- de nis d

sible pour eux seuls. 11 leur aurait donné force et santé, Ke Si

{ll mais seulement pour mieux supporter les fatigues du fe se m! gl 14 “. plaisir. Il leur aurait départi une intelligence capable de une LE grandes choses (car ces messieurs n’avouent jamais qu'ils Le ce qu ‘il sont des imbéciles), mais nullement pour l'exercer. On *. main Il ; ne sait trop, à vrai dire, pourquoi on l'a cette intelligence, ÿ près L k +: si ce n’est pour mieux apprécier les mérites d'un cheval \. fous IH ou d’une maîtresse, Voilà Dieu tel que nous le font 1 d'hui

tif les oisifs ; voilà Dieu tel qu'on l'a adoré dans le monde A pris. civilisé jusqu'à naguère, Mais l'Amérique, un jour, s'est us) voyot levée avec ses jeunes et vigoureuses populations, présen- É petite tant au monde un autre Dieu, le Dieu des hommes libres, Pot | |pse le Dieu des travailleurs. L'Europe, qui sur plusieurs futurs points chancelait dans la foi antique, n’a pas tardé à recon- quenc

| naître que le Dieu qui apparaissait à l'Occident, était le idées vrai Dieu de l'humanité, et s’il n’a pas d'autels dans tous éclair

les palais, il en a dans les cœurs de tous les peuples. Et Nous

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aujourd'hui vous voyez Rome, cette maîtresse du monde politique ancien, comme elle est devenue la reine du

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k monde religieux moderne, vous voyez Rome, sous les quenc | auspices d’un pontife éclairé, préparer les voies à l’intro- du pi nisation du nouveau Dieu. Unissons nos vœux aux échan efforts du vénérable chef de la chrétienté pour former et longte cimenter une sainte et salutaire alliance avec la religion, maux cette puissance modératrice des passions, la liberté saura ressé à | beaucoup mieux éviter les écueils dont sa route est parse- simplé | mée, O Rome ! écoute la voix des peuples ; prête-leur la peuple main qu'ils te demandent pour s'aider à se relever; guide- l'avat | les dans la voie d'émancipation et d'avancement où les On appelle une voix d'en haut, et une fois encore tu peux les art il être la maîtresse du monde. Tu le fus jadis par l’épée ; verte H plus tard tu le devins par la pensée; redeviens-le par dans l'amour. Fais-toi le centre, la modératrice, la directrice dans du progrès humanitaire. Invite les bons rois et les peu- pour 1

ples libres à établir dans ton sein un auguste conseil de propagande dont l’objet serait de diriger les travaux réunis de tous vers la régénération de l'humanité entière,

Si nous ne vivions pas dans un temps où les prodiges se multiplient à tel point qu'ils passent presque inaperçus, une pareille idée pourrait paraître extravagante., Mais ce qui s'est passé depuis un demi-siècle me rassure. C'est maintenant l'invraisemblance, l'impossible, qui est le plus près de la vérité, de la réalisation. Il est tels grands fous des deux derniers siècles, qu'on reconnaît aujourd'hui pour des génies que nos aieux n'avaient pas compris. Et eux-mêmes, si on leur eût prédit ce que nous voyons de nos jours, auraient condamné le prophète aux petites-maisons.

Pour prévoir avec justesse certains grands événements futurs, il suffit souvent de faire attention aux conséquences qui doivent découler nécessairement de certaines idées ou principes nouveaux, qui quelquefois, comme des éclairs, jaillissent de l'intelligence humaine en travail. Nous avons vu ce qu'a déjà fait le principe de la liberté populaire, qui n’est proclamé que d'hier. Eh bien! on proclame aujourd'hui un autre principe dont les conséquences seront immenses pour l'humanité, je veux parler du principe du libre échange. La doctrine du libre échange, comme on sait, est fondée sur cette vérité trop longtemps méconnue, et dont l'ignorance a causé des maux incalculables, savoir : Que chaque peuple est intéressé à la prospérité des autres peuples, par la raison toute simple qu’on ne vend qu'aux riches. Voilà donc les peuples intéressés directement à favoriser la prospérité et l'avancement les uns des autres.

On peut en dire autant de certaines découvertes dans les arts ou dans les sciences. Celui qui, lors de la découverte ou introduction, en Europe, de la poudre à canon dans le quatorzième siècle, et de l’art de l'imprimerie dans le siècle suivant, en eût pu calculer les conséquences pour la société européenne, eût pu prédire dès lors l’éman-

cipation humaine, telle que nous la concevons de nos jours. En effet, la poudre à canon établissait l'égalité physique entre les hommes, en mettant aux mains des serfs une arme dont les maîtres, ces chevaliers bardés de fer, ne pouvaient plus éviter l'atteinte mortelle. It l'imprimerie, en conviant l'homme du peuple au banquet de la science, le rendait intellectuellement et moralement l'égal de ses dominateurs. Or, où se trouve égalité physique, intellectuelle et morale, il doit y avoir égalité politique : c'est de conséquence rigoureuse. Aussi désarmet-on les peuples que l'on veut tenir dans la sujétion, et prohibe-t-on chez eux la liberté de la presse. Mais en dépit des censeurs et des prohibitions, la liberté fera le tour du monde. Les hommes forts nourris du lait de la liberté débordent déjà sur tous les points ; ils sont au cœur de l'Inde, ils frappent aux portes du Japon, ils ont pris pied aux confins du céleste empire et racine en Australie, enfin ils étreignent l'Afrique de toutes parts.

Alors qu'y aurait-il donc de si absurde daus la prévision que les peuples se réuniront un jour en congrès général pour travailler de concert à la régénération de l'espèce humaine ? On a bien vu les rois tenir des congrès pour s'entendre sur les moyens de maintenir les peuples sous le joug, pourquoi les peuples n’en feraientils pas autant dans leur intérêt commun ?

J'ai pour ma part une assez haute idee des peuples pour croire qu'ils travailleront à répandre les bienfaits de la liberté, une fois qu'ils l'auront fermement établie chez eux. Sans cela il faudrait croire que l’homme n’est qu’un hideux composé d'égoisme. L'homme pense d’abord à son bien-être individuel, je le veux, et c'est dans l'ordre. Mais il est au fond du cœur de l'homme un noble sentiment que Dieu n’y a pas implanté sans dessein, et qui doit aussi influer sur les actions de l’homme; ce sentiment, je pourrais presque dire ce besoin, c’est la bienveillance. L/’homme se sent porté, ressent du plaisir à faire du bien à ses semblables: ce sentiment paraît même

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n'être pas tout à fait étranger à la brute, L'homme a de plus un autre besoin d'expansion, qui lui est particulier, en ce qu'il tient à l'intelligence, à l'âme: ce sentiment, ce besoin, qui n'a pas encore, que je sache, reçu de nom particulier, —car je rejette le mot de prosélytisme comme n'étant pas assez noble, —ce besoin, ce sentiment innommé est cette impulsion interne qui pousse l'homme à étendre l'empire de ses idées. C'est de ce sentiment que Dieu se sert pour propager les connaissances et les vérités utiles parmi les hommes ; c'est le sentiment qui fait les apôtres, les savants, les grands patriotes, en un mot, tous les grands précepteurs de l'humanité, et qui aux uns comme aux autres fait braver la prison, l'exil, la mort même, et, ce qui est souvent plus douloureux encore, l'ingratitude des hommes mêmes pour qui ils se dévouent,.

Eh bien! ces deux mobiles de l'action humaine, lorsqu'ils auront complété l'œuvre de la régénération de quelques peuples, iront continuer leur œuvre chez d'autres peuples ; et il est assez raisonnable de s'ipposer que ceux qui seront engagés dans cette noble propagande aimeront, chercheront à coordonner, à concentrer leurs efforts afin d'en augmenter la puissance et l'efficacité. Que ce soit à Rome, à Londres, à Paris, ou à Washington, les peuples auront un jour leur congrès.

Eh ! voyez donc ces sympathies politiques qui ne connaissent plus de frontières, qui s'élancent au delà des océans comme autant de fils dont se formera la chaîne qui doit un jour lier les peuples libres dans une sainte et fraternelle union. Les distinctions nationales perdent leur ancienne signification ; encore quelque temps, et il n’y aura plus, à proprement parler, d'Anglais, de Français, d’Allemands et d’Américains ; il n'y aurait plus que des hommes progressifs ou rétrogrades, des égoistes ou des libéraux. On ne s’informera plus si tel homme parle cette langue ou cette autre, mais seulement si ses paroles et ses discours sont ceux d’un homme libre.

Ces anciennes haines et préventions entre les peuples

étaient principalement l'ouvrage de leurs exploitateurs, qui, pour diviser les peuples et les pressurer plus à l'aise, firent longtemps croire à l'existence d'intérêts comimerciaux et industriels opposés entre les différents pays. L'on comtence à voir aujourd'hui, comme je n'ai fait que le remarquer plus haut, que, loin d'avoir à perdre À la prospérité de ses voisins, où y a au contraire tout à gagner, L'on sait aujourd'hui qu'il n'y a qu'un moyen de prospérer, c'est de travailler ; que plus un pays aura de travailleurs, plus il s'enrichira ; que de même plus 11 y aura de gens oisifs, moins il y aura de prospérité. Car avant d'aller sur les marchés étrangers pour vendre où pour acheter avec le fruit de son travail, il faut en déduire tout ce que consomment ceux qui ne font rien, qui ne produisent rien. Dorénavant donc ce ne sera plus au dehors que l’on ira chercher les ennemis de la prospérité publique, mais au dedans ; ce sera aux oisifs, aux classes improductrices que l'on s'adressera, et à qui l'or demandera compte. Il faudra donc que chacun travaille selon sa position, selon ses facultés. On ne recourra probablement pas au remède un peu rude pour nos mœurs qu'einployèrent Dracon et après lui Solon ; mais on saura, au besoin, mettre l'oisif opiniâtre dans la nécessité de travailler.

Mais espérons qu'on n'aura pas besoin de recourir à aucun moyen violent pour obliger tout le monde à travailler ; que chacun sentira trop bien l'obligation du travail pour tous, pour ne pas s'y soumettre de bon gré. Le but des nouvelles sociétés ne se bornera plus à soutenir l'éclat d'un trône et d'une aristocratie fainéante: il s'agira de la régénération de l'humanité entière, à laquelle chaque peuple tiendra à honneur de contribuer, autant qu'il sentira qu'il est de son intérêt de le faire. En effet, messieurs, transformons en imagination les centaines de millions d'hommes qui habitent l'Asie, l'Afrique, l'Australie, l'Océanie, transformons-les, dis-je, en autant de travailleurs iibres, actifs et intelligents, comme le sont en

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