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général les habitants de l'Amérique du Nord. Quelle somme de substance ! quelle masse de jouissance existeraient qui n'existent pas! quels moyens incalculabies d'action entre les mains de l’homme ! C'est pourtant vers ce but que marche l'humanité, et d'une manière aussi certaine qu’il l'est que la terre tourne autour du soleil. Les peuples innombrables qui ne sont pas encore et voie de régénération, devront se civiliser, ou disparaître de la face du globe pour fair: jlice aux races plus fortes de la civilisation. C’est ma'heureusement ce qui a lieu de nos jours sur ce continent vis-à-vis de cette belle et noble race d'hommes que nos pères y rencontrèrent, Un de nos gouverneurs, sir Francis Bond Head, écrivant au secrétaire colonial, en 1836, se demande: ‘Quelle est la raison de tout cela ? Pourquoi les vertus simples des races aborigènes d'Amérique doivent-elles, dit-il, dans les circonstances, faiblir devant les vices et la cruauté de l'ancien monde? C'est là, ajoute-t-il, un problème que personne d’entre nous n'est capable de résoudre ; la chose est aussi mystérieuse que l'objet en est inexplicable."” L'explication que cherche l'écrivain est bien simple ; le sauvage d'Amérinue a pris nos vices et laissé de côté nos vertus ; il a pris tout ce qui fait notre faiblesse, et négligé ce qui fais riotre force, le travail et les idées de la civilisation. 1.2 sauvage pense comme nos nobles au sujet du travaii, i! le tient en mépris! N'est-il pas remarquable que nos classes aristocratiques qui s'en vont, qui disparaissent, voient le travail du même œil que le sauvage, qui s'en va, qui disparait aussi? S'il y a quelque mystère là-dedans, il gît dans le décret de Dieu, qui a voulu que le travail eût l'empire du monde. Pourquoi Dieu a-t-il voulu qu'il en fût ainsi? Si c'est à le mystère dont sir Francis demandait l'explication, il a eu raison de dire que personne ne pourrait l'éclaircir, car c'est encore là un des secrets de Dieu, devant lesquels la raison doit s'abaisser. Qu'il nous suffise, au reste, de croire que Dieu nous laissera connaître tout ce qui est nécessaire à notre bonheur
et à notre perfectionnement ; et c’en est certes tout à fait assez pour nous occuper longtemps, bien longtemps encore. On ne peut s'empêcher de regretter le temps précieux que nombre d'hommes de génie ont perdu à la poursuite de connaissances vaines, chimériques, où inaccessibles à l'esprit humain, et ne servant qu'à fourvoyer l'humanité. Aussi Socrate, le plus sage des hommes de l’ancienne Grèce, disait-il à ses disciples, il y deux mille et quelque deux cents ans: ‘Il faut adorer la Providence et ne pas porter trop loin ses recherches sur les choses divines.”" Et il tenait pour vaines et désagréables à Dieu toutes les sciences et doctrines qui ne peuvent avoir d’utilité pour la vie pratique.
Concluons, messieurs. Si j'ai réussi à captiver votre attention, vous devez être fatigués: si je n’ai pu y réussir, vous devez être ennuyés; et dans l’un et l’autre cas, i: dois en finir, quoiqu'il y ait encore beaucoup de points à visiter dans le champ que nous venons de parcourir. Je crois, cependant, en avoir dit assez pour vous faire sentir la noblesse, les avantages, les douceurs même, et pardessus tout l'obligation du travail pour tous sans exception ; pour le riche comme pour le pauvre ; pour le grand et pour le petit ; pour le citoyen en faveur de son pays; pour les peuples en faveur de la race humaine entière. Ne serait-ce pas, en effet, rapetisser les vues du Créateur que de borner la fin du travail à l'intérêt de chaque individu ou de chaque peuple ? On n’est pas l'Angleterre, on n'est pas la France, on n'est pas les États-Unis pour soi seulement. La Providence en créant tant de grandeur, tant de puissance, tant de lumières, a voulu qu'il s'en épanchât un peu au dehors au profit de l'humanité. Il est encore moins permis aux nations qu'aux particuliers d'être égoiïstes, rapaces et spoliatrices.
Quant à nous, Canadiens, hâtons par un travail constant et sagement dirigé, l'arrivée de l’époque où nous pourrons aussi jouer un rôle dans le grand drame du monde. Quelque éloignée qu’elle puisse être encore, je
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suis assuré que ce rôle ne fera pas rougir les mânes de nos pères ; qu’il sera ce qu'il doit être, libéral, noble et généreux, digne en tout des deux grandes nations auxquelles nous tenons par des liens si étroits.
Nous surtout, Canadiens-Français, issus d’une race éminemment chevaleresque, qui sait si nous ne sommes pas destinés à instiller dans la politique de ce continent cet esprit de bienveillance et de générosité sans lequel la société humaine ne saurait atteindre la plus noble de ses fins, le progrès moral et intellectuel de notre espèce ?
Encore un mot, messieurs, et pour vous. Permettezmoi, avant de vrendre congé de vous, de féliciter la jeunesse canadienne de cette ville des avantages précieux que lui offre votre Institut. Il est pour elle une école de haut enseignement mutuel, elle y trouve de beaux exemples à suivre et le sujet d’une noble émulation, et le pays une pépinière de grands et utiles citoyens. Poursuivez votre œuvre nationale avec constance, et si jamais notre race joue un rôle distingué dans l'histoire d'Amérique, votre Institut aura droit, j’en suis sûr, d'en réclamer, en grande partie, le mérite et la gloire. Si vos aînés vous refusent le tribut de quelques-unes de leurs veilles ; si, par indifférence, ou à cause de leurs occupations, ils ne veulent ou ne peuvent venir éclairer, diriger, encourager, stimuler vos travaux ; eh bien, travaillez seuls. Certes, ce que vous avez déjà fait, les pages éloquentes, bien pensées, bien écrites qui sont déjà sorties de cette enceinte, n'ont pas manqué, je vous l’assure, de faire battre le cœur de la patrie de joie, d'orgueil et d'espérance. Bientôt vous serez appelés à prendre la place de la génération virile actuelle, à devenir vous-mêmes acteurs sur la scène du monde, dont vous faites un si brillant apprentissage. Alors, rappelez-vous votre Institut ; rappelez-vous vos besoins, vos désirs, vos murmures de jeunes hommes, et faites envers vos cadets d'alors mieux que n'auront pu faire pour vous vos aînés d'aujourd'hui.
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Messieurs, encore une fois travaillons, il n’v a que le travail qui régénère les peuples, c'est sous ses auspices qu'ils s'alimentent de sentiments grands et généreux. On s'étonne quelquefois que Lacédémone ait pu lutter si longtemps contre l'influence d'Athènes: c'est que à Sparte les nobles instincts du cœur étaient entretenus par le travail oblivatoire pour les grands et les petits, et, conséquence naturelle, relevés par l'égalité qui régnait entre tous les citoyens; c’est que à Sparte les mères, vivant sous l’idée que ii, est la patrie où domine l'esprit du travail, présentaient à leurs fils partant pour le combat un bouclier, disant: Avec ou dessus, c’est-à-dire, libres à vous de revenir; mais à deux conditions, c'est-à-dire, morts ou vainqueurs.
Vous citerai-je, mesdarnes, l'exemple d’une illustre femme de l'antiquité, Cornélia, fille d'un grand homme et mère des Gracques, héros qui sont péris au service de la cause populaire? Elle avait surveillé leur éducation avec une sollicitude toute maternelle et les avaient rendus les égaux des plus grantis hommes du temps où ils vécurent. Aux dames, ses amies, qui lui reprochaient le peu de cas qu’elle faisait des parures et des diamants, elle avait accoutumé de répondre qu’elle avait chez elle, faisant allusion à ses deux fils, de précieux, d’inestimables bijoux. N'allez pas croire, pourtant, que je sois un de ces moralistes grondeurs, moroses, qui dédaignent de se baisser pour cueillir à droite et à gauche les roses qui décorent le parterre. Félicitez-vous du rôle que la société vous confie pour exciter les nobles inspirations de l'homme, continuez d'encourager par votre présence, et, soyons justes, d’embellir les réunions de vos jeunes compatriotes : le plus grand avantage vous en reviendra.
N'oubliez pas non plus que ce n’est qu'avec les hommes grands et forts de la grandeur et de la force intellectuelles que vous partagerez ces douces jouissances qui l’emportent, soyez-en persuadées, sur les jouissances moins pures des sens et moins durables.
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