‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 22 sur 123 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

parler votre raison, votre conscience, elle vous montrera d’abord un Dieu créateur, sage, juste et bienfaisant; sage, il n'a pu douer l'homme d'une intelligence supérieure au milieu d'un monde vierge, sans vouloir que ce monde fût exploré, étudié, travaillé par lui, ce qui ne peut se faire que par la société civilisée et son brillant cortège d'arts et de sciences ; juste et bienfaisant, il n’a pu vouloir que des créatures sensibles, nos semblables, fussent exploitées par nous; voilà la liberté ; les faisant sortir nos égales des mains de la nature, il n'a pu vouloir non plus que nous changeassions leur destinée par nos institutions sociales : il a donc voulu que nous nous unissions tous pour travailler à l'œuvre commune, pour en supporter également les peines, comme pour en partager fraternellement les avantages. Voilà donc notre théorie sociale enfantant sans effort, avec la société civilisée, la liberté, l'égalité, la fraternité. Si l'arbre se reconnaît aux fruits, voici, ce me semble, une mère qui vous présente une famille assez recommandable.

Voilà la société telle qu'elle a dû être conçue dans l'origine, telle qu'elle découle de l'Évangile, telle qu'on travaille à la refaire après de longs et funestes écarts, dus à la prédominance du matérialisme, et en plusieurs cas à l'influence d’un spiritualisme exagéré, faux ou fourvoyé, écarts auxquels prêtres et laiques ont participé plus ou moins, Mais n'oublions jamais que le feu sacré du spiritualisme a été allumé par le prêtre, et que lui seul, par état comme par devoir, saura l'entretenir au sein de la société. Restreignons-le par l'opinion, par la loi même, s'il le faut, dans ses saintes attributions ; mais laissons-les-lui intactes. Otez-lui le glaive, mais laissez-lui la parole ; mais aussi exigez de lui qu'il remplisse en entier sa mission divine ; ou plutôt cessez de lui opposer vos préjugés, vos préventions, et, instruit par l'expérience du passé, il la remplira bien.

Il est si vrai que c'est au spiritualisme, personnifié dans le prêtre, qu'est due principalement la société, que la pre-

mière socié de la vait € eût pi sociét social plus :

preuv a faits d'Ami à ces s pourq!

intervi prêtres pas qu morale pas qt l’homn du sole souver:

peut ju cement sance trueux des roi société les ma l’impor faisaiet encore à ce p appelé 1 se mit des lois par l'it rien ne

mière comme la plus auguste figure qu'offre l'histoire des sociciés, c’est le prêtre. Il a été partout le père et l'appui de la société, et lui seul pouvait l'être, car lui seul concevait et présentait un but suffisant à la société. Si l’on eût pu résoudre les hommes à se constituer et à vivre en société, à faire les sacrifices individuels qu'exige l’état social, que les hommes dans l'état sauvage devaient sentir plus vivement que nous (et on ne pourrait en citer une preuve plus frappante que l'inutilité des efforts que l’on a faits jusqu'à présent pour civiliser les peuples indigènes d'Amérique), si, dis-je, on eût pu résoudre les hommes à ces sacrifices par la considération des intérêts matériels, pourquoi voit-on partout les fondateurs des sociétés faire intervenir la divinité à leur aide par le ministère des prêtres? Si l'on a fait jouer ce puissant mobile, n'est-ce pas qu’il fallait aux hommes le sentiment d'une obligation morale pour être induits à vivre en société? n'est-ce pas que l'état social répugne à la partie matérielle de l'homme? A la Chine, il n’a fallu rien moins que le fils du soleil pour fonder et maintenir le céleste empire, et le souverain y est le chef de la religion. Dans l'Inde, on peut juger de ce qu'a dû être le prêtre dans les commencements, quand on voit de nos jours l'orgueil et la puissance britanniques obligés d'y respecter un culte monstrueux. En Égypte, les prêtres étaient les instituteurs des rois de leur vivant, et leurs juges après la mort. La société juive fut, à l'origine, une vraie théocratie entre les mains de ses prêtres et de ses prophètes. L'on sait l'importance de ces oracles de la Grèce, que les prêtres faisaient parler, ces prêtres qui étaient assez puissants encore du temps de Socrate pour faire boire la ciguë à ce premier des sages de la Grèce, que quelqu'un a appelé le précurseur paien du Christ. Numa Pompilius se mit sous l'inspiration de la déesse Égérie pour donner des lois à la ville de Romulus, qui, lui, avait commencé par l'institution des augures, sans la sanction desquels rien ne se faisait à Rome. Cela veut dire que les augures,

Eros re

qui étaient prêtres, gouvernèrent le monde jusqu'à Constantin, époque mémorable où la puissance sacerdotale put se retremper et se purifier en passant au prêtre de l'Évangile, à qui l'on dut la réédification de la société européenne après la chute de l'empire romain et les invasions des barbares. Savez-vous ce qu'était le prêtre alors? écoutez M. Cousin qui n'est pas une autorité suspecte sur ce point: ‘‘L'Église catholique, dit-il, était ‘l'âme et la lumière du moyen âge, le bienfaisant contre- ‘poids de la fortune et de la puissance, le refuge toujours ‘et quelquefois le marchepied de la pauvreté fière et du ‘* mérite roturier.'' Certes, voilà un rôle politique bien prononcé, et un rôle bienfaisant encore, et, qui plus est, dans un sens tout populaire, tout démocratique. Eh ! c'est justement ce qui fit l'influence du prêtre catholique, et le rendit bien réellement l'instituteur, le législateur, le directeur suprême du monde civilisé jusqu'au seizième ou dix-septième siècle. Et j'avouerai que, pour l'intérêt de la religion et celui de la société, il fut tout cela beaucoup trop, du moment surtout où la réforme évangélique dut s'arrêter aux limites de la société politique. Les puissances de la terre se virent menacées ; l'instinct de conservation, qui ne fait jamais défaut à l'humanité, se réveilla de toutes parts, et il s'ensuivit une puissante réaction, qui, après avoir elle-même outrepassé le but, tend évidemment de nos jours à rentrer dans la bonne voie.

Depuis cette époque, l'on fait de vains efforts pour reconstruire la société sans le prêtre, ou, ce qui est pis encore, en asservissant le prêtre au pouvoir temporel. A l'heure qu’il est, ce qu’on a pu trouver de mieux, c’est le régime de la majorité. C'est du matérialisme sur une base plus large que celle de l’ancien ; mais c’est encore du matérialisme ; c'est le gouvernement du partisanisme, d'autant plus redoutable qu'il est plus matériellement fort que ses prédécesseurs. Avec ce gouvernement on peut bien soumettre les corps, mais on ne satisfait pas les

espri cus; tient phys:

Or, il ‘en ment social lisme minor et si 1 ront :

pourr( rêts m nauve fausse:

malhe ne font sissez pourra geant ront à les mi scrutin une mi suppos et de venez départ folle n faire pa C'est la majo nier ma que loi lui-mê l'espèce

esprits, qui pourront s'avouer vaincus, mais non convaincus; on compte les opinions, on ne les pèse pas: l'intérêt tient la balance, non la justice et la raison ; on a la force physique, non la force morale ; on a l'homme, non Dieu. Or, ilest écrit: ‘‘Si Dieu n'érige la maison, vous aurez ‘en vain travaillé à la construire.’ Et dites-moi comment l’esprit de Dieu pourra se faire sentir dans votre vie sociale ou politique, si ceux qui personnifient le spiritualisme en sont exclus ou s’en excluent eux-mêmes? Les minorités auront la liberté de la parole, me direz-vous : et si la justice et la raison sont de leur côté, elles ramèneront à elles l'opinion publique. Oui, sans doute, elles pourront, comme leurs adversaires, en appeler aux intérêts matériels de l’homme, intéresser à leur cause ses plus mauvais instincts, enflammer ses plus mauvaises passions, fausser, exagérer ses meilleurs penchants. Et tels sont malheureusement les moyens et les armes dont les partis ne font que trop souvent usage. Avec cela, vous ne réussissez guère qu'à perpétuer un système de bascule qui ne pourra que ralentir la : arche de l'humanité, en la chargeant du lourd bagage de tous les partis qui se succéderont à la manœuvre. Et remarquez qu'ici je suppose que les minorités se soumettront toujours aux résultats des scrutins. Mais supposez des ambitions audacieuses dans une minorité puissante ayant de grands intérêts en jeu ; supposez à cette minorité certains avantages de position et de circonstances, que devient votre système? Vous venez d'entendre Paris menacer de son véto la France départementale entière : et l'on sait que ce n'est pas une folle menace. Ce qui peut se faire en France peut se faire partout ailleurs.

C'est un grand progrès, sans doute, que le système de la majorité ; mais soyons assurés que ce n’est pas le dernier mot du progrès; ou s’il l’est, il ne le sera pleinement que lorsque l'élément spirituel épuré, rénové, agrandi lui-même, exercera dans la nouvelle société la somme et l'espèce d'influence et d'action qui lui est propre, influ-

ET ANT 1 Lt

102 LE RÉPERTOIRE NATIONAI,

ence et action qu'il a exercées partout et de tout temps, comme nous venons de le voir, quoique pas toujours avec la mesure et de la manière la plus sage et la plus utile. Vous devrez convenir, cependant, que c'est un fait bien important, et qui doit avoir une grande signification, que cette universalité de l'action directrice du sacerdoce sur les sociétés humaines, quelques formes qu'elles aient affectées dans les différents pays. Si le fait ne prouve pas que le prêtre est un élément nécessaire et recherché dans toute société, il prouve, au moins, que le prêtre est une puissance avec laquelle il faut compter dans le gouvernement de ce monde, et que si on ne lui fait pas sa part, il pourra se la faire lui-même tôt ou tard. Pour ma part, je pense qu'il est l’un et l’autre: c'est-à-dire, qu'il est un élément nécessaire de la société politique, et qu'il est en même temps une puissance, une grande puissance sociale, d'autant plns grande qu'elle sait et peut attendre. N'a-t-elle pas Dieu et l'éternité pour elle ? Vous la persécutez : c'est une épreuve qui ne servira qu'à retremper son courage et son énergie. Vous profitez de ses fautes pour lui faire perdre ses avantages : c'est une leçon dont elle profitera, soyez-en sûrs, et vous la reverrez reparaître bientôt sur la scène plus pure, plus forte qu'auparavant. Vous avez détrôné les rois que vous croyiez bien erronément être son appui, et en déplaçant le pouvoir, en le confiant à la démocratie, vous croyez que tout est dit. Détrompez-vous; le prêtre, mieux que vous, saura s'emparer de l'esprit de votre nouveau souverain. Il sait que le peuple que l’on flatte comme tous les rois, et leurre avec des mots, n’est souverain qu'à la façon du levier, et, s’il le faut, il saura, mieux que vous, être le bras qui fera mouvoir cette puissance. Il sait que la souveraineté de ce monde réside en réalité et en définitive dans les hautes et fortes intelligences humaines, de même que la souveraineté de l'univers réside dans l'intelligence suprême. Eh bien! le clergé sera, comme il l'a déjà été, ces hautes et fortes intaJligences, assemblages

vét mo just ade à ve rez mat sent saut d'ut lant men dem coor truis le se et nc et ar et al sûrs à en socié divin à ren nant tateu récot conse ses b témo tarda peupl cœur, vices qui s l'on v

vénérés de science et de vertus, auxquelles il joindra l'amour et le dévouement, et cet esprit de sacrifice qui va jusqu'à la mort. Et c'est ce que vous ne ferez pas, vous adeptes du matérialisme, car le sacrifice est antipathique à votre doctrine comme à votre nature. Vous succombe rez donc dans la lutte. Sera-ce bon, avantageux à l'humanité? Non, car le prêtre est homme comme nous ; le sentiment qui l'anime, tout élevé, tout divin qu'il est, ne saurait toujours le préserver de l'erreur ou de l'illusion d'un côté, de l’autre des faiblesses ou des passions découlant de la partie matérielle de notre être. L'établissement de l’ordre dans le monde, son maintien, son progrès demandent que les deux principes qui sont en nous se coordonnent, et non pas que l'un domine, absorbe, détruise l'autre. Le spiritualisme et le matérialisme, dans le sens que je donne à ces mots, doivent se prêter la main, et non se faire la guerre au sein de la société ; l'un noble et ardent coursier, docile au frein, l'autre cavalier habile

et affectionné, chevauchant toujours dans des sentiers

sûrs et propices.

Il y a dans l’histoire humaine deux époques où j'aime à envisager le prêtre: c'est d'abord à la naissance des sociétés, où je le vois réunir les hommes, au nom de la divinité, pour leur enseigner la part importante qu'ils ont à remplir dans la grande époque de la création, leur donnant la terre pour théâtre, le monde des esprits pour spectateurs, et leur montrant au dénouement le ciel pour récompense ; leur promettant pendant tout le temps ses conseils, ses encouragements, son dévouement, et surtout ses bons exemples. Parlant au nom de Dieu, ayant pour témoignage ses vertus et ses bonnes œuvres, le prêtre ne tarda pas à s’acquérir la confiance et la vénération des peuples : il sentit sa puissance, l'orgueil entra dans son cœur, et, avec ce premier-né de l'égoisme, tous les autres vices à la suite, sans perdre cependant tout le prestige qui s’attachait à son caractère sacré. (C'est alors que l’on vit le principe spirituel se corrompre, s'affaiblir, s'é-

teindre enfin dans le monde ; la société perdre de vue la fin sublime de son institution, le progrès de l'humanité, et devenir un vaste atelier d'exploitation de l’homme par l'homme. Dans les lieux mêmes honorés, encore de nos jours, du nom de terre classique de la liberté, dans cette Grèce tant vantée, dans les livres de laquelle nos tribuns vont encore s'inspirer, toute la différence qu'on y remarquait c'est que les exploitateurs y étaient comparativement plus nombreux qu'ailleurs ; c'était ce qu'on appelait des citoyens, des hommes libres ! Oui, mais c'étaient des tyrans tout autant que les rois de Perse qu'ils combattaient au nom de la liberté. Aristote, Xénophon et tous les publicistes grecs regardaient l'esclavage comme une chose légitime, et l’esclave à leurs yeux était une espèce de bête de somme dont le maître pouvait user comme bon lui semblait. L'intérêt, le caprice du maître, telle était la règle qui régissait les rapports de maître à esclave : telle était la libéralité des anciens. Et qu'on ne s'imagine pas que cette loi de lèse-humanité ne frappait que les êtres relégués au bas de l'échelle sociale : Ésope, l'immortel fabuliste, fut esclave, de même qu'Épictète, un des philosophes les plus distingués de l'école stoicienne, et à qui son maître un jour, par voie de divertissement, cassa une jambe.

Ce fut au milieu de ce renversement de toutes les lois divines et humaines qu'apparut la grande réforme du christianisme, et avec elle un nouveau sacerdoce régénérateur ayant mission de spiritualiser l'humanité. Ici commence la seconde époque où le prêtre se manifeste au monde avec tous les signes sacrés qui le caractérisent. Les peuples reconnurent un sauveur dans le prolétaire de Nazareth, et une doctrine de salut dans son Évangile, prêché d'abord par de simples prolétaires comme lui. L'antique sacerdoce ne tarda pas à s'apercevoir que l’empire du monde allait lui échapper, et fort du pouvoir temporel qu'il possédait partout, il essaya de noyer la nou-

velle doctrine sous des flots de sang ; mais ce sang ne fut

pour nait Bien:

senti ajout ainsi l'ava bient mond d'être posai!

yeux La di tion d tion d ce mo régim par l' de l'} univet derniè loi.

Oh tien, s il eût si apr entrep Dieu, « pour s en fit héros, monde temps nous fa ration que l’ que le

pour elle qu'une rosée vivifiante, et la preuve qu'elle tenait à un principe plus fort que les puissances de la terre. Bientôt une foule de savants et de philosophes vinrent, au sentiment populaire en faveur de la nouvelle doctrine, ajouter la sanction du génie. Le nouveau sacerdoce, ainsi fortifié, put sortir des catacombes, où la persécution l'avait réduit à se cacher pour y célébrer ses mystères ; et bientôt tous les obstacles s'abaissèrent devant lui, le monde civilisé fut chrétien, spiritualisé. L'homme cessa d'être la chose de l'homme : la charité chrétienne s'y opposait, comme aussi l'égalité de tous les homines aux veux de Dieu reconnue et proclamée dans la nouvelle loi. La dignité humaine aïnsi rétablie, la complète émancipation de l'espèce entière ne pouvait plus être qu'une question de temps. Un seul devoir restait aux puissances de ce monde, c'était de préparer les peuples, les exploités du régime antique, par l'éducation morale et intellectuelle, par l'initiation graduelle à l'exercice des droits naturels de l'homme, à l'état de liberté, d'égalité, de fraternité

universelles, pleines et entières, qui est la conséquence dernière, mais nécessaire, mais inévitable de la nouvelle loi.

Oh ! qu'il eût été grand et beau le rôle du prêtre chrétien, si, arrivé à l'apogée de sa puissance et de sa gloire, ileût activement poursuivi son œuvre de régénération ; si après avoir moralisé, spiritualisé l’homme, il eût entrepris de moraliser et spiritualiser la société. Mais Dieu, craignant sans doute q'ie la vénération des honimes pour ses prêtres ne se portât jusqu'à l’adoration, qu'on en fit des dieux, comme le paganisme l'avait fait de ses héros, et voulant épargner une nouvelle idolâtrie au monde, permit que le prêtre chrétien s’endormît pour un temps au sein de ses grandeurs. Ou, peut-être, pour nous faire sentir combien était grande l'œuvre de régénération commencée à l'ère chrétienne, Dieu a-t-il voulu que l’humanité se reposât au milieu de sa course, avant que le prêtre n’entreprît sur elle l’immense travail de la

ET

RS

8 TE ct

TE

Fè, = peser

christianisation sociale. Quoi qu'il en soit, aprés avoir vu l'Église servir d'égide et de vengeur aux peuples opprimés, un saint Ambroise refuser l'entrée du temple saint à un empereur romain, avant qu'il eût fait pénitence et réparation d'un crime public ; après avoir vu les foudres du Vatican frapper les rois oppresseurs, usurpateurs, dissolus, on vit le prêtre chrétien s'isoler peu à peu de la cause des peuples, la cause du progrès constant et illimité, la cause du spiritualisme en un mot. Les Fénelon, les Bourdaloue. les Bossuet continuèrent bien à prêcher aux grands et aux rois. la charité chrétienne et leurs devoirs envers les peuples, mais on ne sent plus chez eux cette puissance surhumaine qui vous saisit dans ies paroles d'un saint Remi à Clovis : ‘‘Fier Sicambre, courbe le front." Et le Vatican ne tonnait plus . . je me trompe, il lui restait encore quelques carreaux en réserve, mais c'était pour les peuples que travaillait le besoin de l'émancipation ou du progrès : pour ceux mêmes, hélas ! il faut bien le dire. qui s’agitaient dans les serres d'une exécrable oppression. De nos jours encore, la malheureuse Pologne, au lieu d'encouragements, d'avis, de consolations au moins, s'est entendu dire que ses efforts héroïques pour secouer ses chaînes étaient un crime.

Qu'il y ait eu des mouvements populaires désordonnés. gros d'improfitables dangers, de malheurs plus grands encore que ceux auxquels on voulait se soustraire, c'est ce qu'on ne peut nier. Mais quelle en était la cause première, si ce n'est cette résistance ombrageuse et opiniâtre que l'esprit d'émancipation, de réforme et de progrès rencontrait partout, dès qu'il voulait faire un pas? C'est contre cette cause et non contre ses victimes, que j'aurais voulu voir lancer les foudres ou les censures de l'Église.

Les peuples se voyant délaissés de leurs guides et protecteurs naturels, des hommes qu'ils regardaient comme les envoyés de Dieu, s’abandonnèrent de désespoir à la direction d'hommes irréfléchis, violents, ou pervers, qui

ne firent que substituer une nouvelle exploitation à l’an-

cieni hom:

expl mau après de la ter d.

Ce mani repos rance se pr< releve en eff livre.

elle le elle s’ andre Elle & ragen maître C'er cœur castes, pétrifis deur d féodale par de l'homi vieux vie: a terrest indestr soupir une no guide un im

cienne : les tyrans avaient exploité la patience et la bonhomie des peuples ; les démagogues qui leur succédèrent, exploitèrent leurs passions et leurs instincts les plus mauvais. On eut donc Luther, qui fit douter de l'Église: après lui Voltaire et les Encyclopédistes, qui firent douter de la religion et de Dieu ; enfin Robespierre, qui fit douter de l’homme même

Ce fut alors qu'une immense douleur s'empara de l'humanité, veuve de toutes ses croyances, et n'ayant pour reposer sa tête que les débris épars de toutes ses espérances. Au milieu de son affliction, un soldat courroucé se présente à «Île, qui lui offre son bras puissant pour la relever, et pour consolation lui promet de la gloire, dont en effet il l'enivre pendant une couple de lustres. Mais l'ivresse se passa, la raison revint à l'humanité et avec elle le désillusionnement. Elle vit que le héros auquel elle s'était livrée ne faisait après tout que répéter Alexandre et César: c'était reculer, et elle voulait avancer. Elle abandonna donc le favori de la gloire, et de découragement elle se rejeta dans les bras de ses anciens maîtres.

C'en était fait du progrès humanitaire ; et l'Europe, ce cœur du monde, allait peut-être, comme l'Inde dans ses castes, ou l’islamisme dans son fatalisme, s'endormir et se pétrifier dans cette forme sociale bâtarde qui, sans la grandeur de la société antique, sans le prestige de la société féodale, ne faisait que continuer, sous un autre nom et par des mains moins nobles, l'ancienne exploitation de l'homme et de la déchéance de l'intelligence. Mais le vieux principe chrétien, endormi mais toujours plein de vie ; amolli, distrait par son commerce avec les puissances terrestres, mais conservant encore au fond du cœur son indestructible amour pour les hommes, se sentit ému des soupirs et des gémissements de l'humanité, demandant une nouvelle foi comme remède à ses souffrances, comme guide et soutien dans la nouvelle voie où la poussait un impérieux besoin. Alors, du sein de la France, cette

mère des grandes et belles pensées, sortit, tenant d'une main la croix, de l'autre i Évangile, un jeune clergé plein d'ardeur et de science, de vertus et d'amour, qui encore une fois montra dans l'Évangile et la croix le salut assuré de l'humanité: dans l'Évangile la loi divine et imprescriptible de la fraternité universelle, dans la croix un exemple de dévouement et de résignation ; de dévouement pour les grands et les heureux de ce monde, de résignation pour les populations souffrantes : dévouement d'un côté, résignation de l’autre, qui sont les deux conditions indispensables de la régénération sociale, et sans lesquels l'humanité ne peut s'attendre qu'à une série sans fin de luttes infructueuses, payées du sang de ses plus nobles enfants ; dévouement et résignation que le prêtre de l'Évangile seul peut inspirer, parce que lui seul s'adresse à la partie de l'homme qui en est capable, et que lui seul présente un but et une fin dignes du sacrifice demandé.

A la vue de ce mouvement imprévu du jeune clergé de France, dont nous avons eu l'avantage, pendant trop peu de temps, de posséder parmi nous un si digne représentant dans la personne de M. l’abbé de Charbonne!, l'Europe sentit tressaillir ses entrailles ; elle ressentit, comme Sara, les joies d'une conception inespérée, et les espérances d’un nouvel enfantement dont devait encore une fois venir le salut du monde. Et comme la Providence sait toujours tenir en réserve l’homme qu'il faut aux grands événements qu'elle prépare, apparaît, aussi inattendu que tout le reste, sur la chaire de saint Pierre, un grand et saint pontife qui, rompant tout à coup avec le passé, eut, lui, chef de l'Église, le courage inspiré de se poser, en face de l’absolutisme, comme la personnification du sacerdoce libéralisateur. C’est alors que l’on entendit du haut de la chaire évangélique étonnée, et dans la capitale du monde chrétien, et dans celle du monde civilisé, prononcer sumultanément l'oraison funèbre du plus grand des tribuns des temps modernes, O’Connell. Après cela,

c'es Fra:

le ps com Ce pleir affre jours bat t été il apais Décit Paris va ch scelle peupl elle v cesset de la n'a p:

ni de grand a dû par l’e Puis signifi prêtre répub qu'ils y sont tout da cier au Avec positio pas le constit1 gesse,

c'est sans trop d'étonnement qu'on a vu les bons curés de France arroser de l'eau sainte les arbres de la liberté, que le peuple de Février planta en souvenir de sa victoire, et comme symbole de ses espérances.

Ces espérances ne se réalisant pas assez vite ni assez pleinement pour un grand nombre, une guerre civile affreuse éclate bientôt au sein de Paris; pendant trois jours et plus, les vainqueurs de Février se livrent un combat meurtrier et fratricide. Déjà de grandes victimes ont été immolées, mais il en faut une plus grande encore pour apaiser les fureurs de la guerre. Quel sera ce nouveau Décius ? le premier prêtre de France, l'archevêque de Paris, qui, malgré les avertissements des chefs militaires, va chercher la mort, le martyre au pied des barricades, et sceller de son sang la nouvelle alliance entre l'Église et les peuples, entre la religion et la liberté. Et cette alliance elle vient d’être solennellement ratifiée par son digne successeur au nom de toute l’église de France, à l’occasion de la proclamation de la nouvelle constitution. L'Église n'a pas trouvé dans sa liturgie d'invocation trop sublime, ni de chant trop joyeux pour cette solennité, qui, trop grande pour les temples érigés par la main des hommes, a dû se célébrer sous le dôme jeté au-dessus de nos têtes par l'architecte suprême lui-même.

Puis l’on n’a pas été sans bien sentir assurément ce que signifie l'acceptation, par plusieurs prélats et simples prêtres de France, du mandat de député sous le régime républicain. Ce ne peut être dans des vues de réaction qu’ils se trouvent au sein de l'assemblée nationale : ils y sont en trop petit nombre pour y faire impression, surtout dans ce sens. Ce ne peut donc être que pour s’associer au mouvement politique et social inauguré en février. Avec les préventions qui restent encore du passé, leur position est fort délicate ; j'aurais presque autant aimé ne pas les voir passer à la rude épreuve d'une assemblée constituante ; mais espérons que leur prudence, leur sagesse, leurs lumières les en feront sortir sains et saufs, à

l'avantage de leur corps, à celui de la religion, à celui de l'humanité,

Puisse donc le prêtre, replacé, après un écart de quelques siècles, quant aux affaires temporelles, dans la position qu'il doit occuper, dans la seule voie qu'il doive suivre, ne plus s'en écarter désormais ; ne jamais oublier qu'il est la personnification du principe spirituel dans la société, duquel découle tout ce qui est vertu, justice, bienfaisance, liberté, progrès social et humanitaire, L'Église doit être comme l'âme, la raison de la société, l'État comme le corps, les sens. L'homme politique sera d'abord de sa nature homme de parti, le prêtre sera plutôt national. Transportés sur un terrain plus avancé, l'un sera national avant tout, l'autre sera‘humanitaire, et rattachera ainsi sa nation à l'humanité entière, secondant la tendance du genre humain vers l'unité, vers la fraternité universelle.

Voilà le rôle que je réserve au prêtre dans la société politique : c’est celui qui lui appartient, et que lui seul peut bien remplir. Mais si le rôle est beau, grand, noble, il est difficile et délicat, d'autant plus que le monde est récemment entré dans une voie toute nouvelle, où le prêtre devra se présenter avec des modes et moyens d'actions différents de ceux dont il usait par le passé.

Je viens de parler de la voie nouvelle où vient d'entrer l'humanité . . Eh ! si tout le monde pouvait prévoir tous les dangers, toutes les épreuves qu'elle réserve aux sociétés, tous les amis de l'ordre, non pas de l’ordre qui règne à Varsovie, mais de l'ordre fondé sur la liberté ; tous les amis de l'ordre, dis-je, supplieraient le prêtre à genoux de s’empresser de reprendre l'influence morale qu'il avait autrefois dans le monde, alors qu'il savait retenir et humaniser les hordes de barbares qui inondaient l’Europe. Aux cris des peuples soulevés l'on proclame la souveraineté populaire, le vote universel, la république démocratique, et comme fondement au nouvel édifice social on décrète l’enseignement universel et la liberté de la presse:

et | cout pole le n sans stant murt dont mépr catiot étran, plus ce. it naqui:

besoin paress Et je:

dirai-je que le nisme

efl SOI :

Puissai fort de recueil] clamer:

préfére insépar fantin.

Non, sieurs € viennen décret d tout der l'âme e les hom force me de cette

et l'on croit que tout est fini; l'on croit que les lois et coutumes créées sous le régime du privilège et du monopole vont pouvoir subsister intactes ; l'on s'imagine que le nouveau souverain va se contenter de mots sonores, sans chercher s'il n'y a pas quelque chose de plus substantiel dans sa souveraineté, Ici, il me semble entendre murmurer à mes oreilles le mot de communiste, épithète dont on m'a déjà gratifié dans l'intimité; mais on se méprend étrangement sur mon compte, ou sur la signifiation du mot communisme, qui est à mes yeux la plus étrange doctrine sociale qui jamais ait vu le jour. C'est pli: encore, c'est presque un blasphème; car c'est une ce. ‘ure du décret divin qui a voulu que les hommes naquissent avec des facultés inégales, comme avec des besoins inégaux et différents; qui a voulu aussi que la paresse fût punie par les privations, le vice par l'abjection. Et je ne parle ici que de la communauté des choses...que dirai-je de la communauté des personnes, qui ne serait que le libertinage légalisé ? Qu'on se rassure, le communisme ne sera jamais une doctrine sérieuse, ni redoutable en soi : il aura toujours contre lui les deux plus grandes puissances de la terre, la force et la beauté. L'homme fort de ses vertus et de son intelligence, voudra toujours recueillir tout le prix de son travail, sauf la part que réclamera la société /raternellement organisée : et la femme préférera toujours être la compagne aimée, considérée et inséparable de l’homme, que la femme libre du père Enfantin.

Non, je ne suis pas communiste ; mais je vois que plusieurs de nos arrangements économiques actuels contreviennent presque autant que le ferait le communisme à ce décret divin dont je viens de parler. Avez-vous entendu tout dernièrement un de ces hommes au cœur chaud, à l'âme expansive, nés pour opérer de grandes choses parmi les hommes, non pas comme ces foudres de guerre par la force matérielle, mais par la force morale de la parole, et de cette foi qui transporte les montagnes : avez-vous en-

tendu l’apôtre canadien de la tempérance, ce jeune prêtre qui a déjà su mériter le titre de bienfaiteur public, l’avezvous entendu déclarer publiquement que, sans le hasard qui lui fit rencontrer deux étrangers charitables, il serait peut-être, à l'heure qu'il est, errant, ignoré, inutile dans quelque coin du monde ? Combien de fortes et belles intelligences de cette sorte qui ne peuvent prendre la place que la Providence leur avait destinée, tandis que la médiocrité héritière se pavane sur le pinacle ! Que dis-je ? tandis que le vice et la frivolité, grâce à l'opulente oisiveté qu'enfantent nos lois, affichent un luxe insultant et provocateur vis-à-vis de l’industrie honnête et utile. Encore si cela ne faisait qu'accuser le vice de nos institutions sociales . . mais il y a là un danger permanent pour le repos du monde ; c'est de ces âmes énergiques, aigries, révoltées que se déchaînent, comme l'ouragan des antres d'Éole, les tempêtes qui bouleversent les empires. C’est un sujet d'étonnement universel que la tranquillité de l'Angleterre au milieu de la tourmente qui ébranle toute l'Europe. À mon avis, voici le secret de cette tranquillité: l'immense empire colonial de l'Angleterre ouvre un champ illimité à l'ambition de ses esprits ardents, aspiring minds, comme elle les appelle. De plus l’ Angleterre est gouvernée par la plus habile de toutes les aristocraties, qui s’est fait un devoir ou un calcul d'ouvrir ses rangs à l'élite de la démocratie, dont elle soutire ainsi la sève généreuse, pour en rajeunir son vieux corps.

Encore une fois, je ne suis pas communiste, mais je sens et je vois que l’état de choses que je viens de signaler comme étant en opposition flagrante aux lois divines comme à celles de la nature humaine, ne saurait subsister longtemps sous le régime démocratique de l'avenir. On résistera, je le crains : on fera entrer la rage au cœur des peuples, et le monde civilisé se trouvera une seconde fois menacé d'une irruption de Goths et de Vandales, dont une grande puissance morale et spirituelle pourra seule le sauver. Ici je ne ferai que rappeler les déclarations

réce «A ‘re ‘fai Cha sujet

gnée distr de le grief nous éparg tourn qui c vigue souffr trop t de no sufisa dans 1 parler autre descet montr veau € L'oi consci l'Évar conséc tôt fai | lui on qu'un sies, n serait | bout d unité

Page 1