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Dans le bureau des procureurs-généraux, il
y a trois employés, dont pas un n’est
canadien; ces employés reçoivent annuel-
lement , . . . . set ti . 42300 © 0 Dans le bureau du conseil exécutif, il y a
six employés :
Deux Canadiens, recevant . . . . . . . 375 © oO Quatre Bretons, recevant . . . . . . 1472 4 4 Dans le bureau de l’inspecteur- mére il y
a neuf employés, dont pas un n’est cana-
dien ; ces employés reçoivent . . . . . 3484 17 1! Dans le département des douanes, il y a
quatre employés, dont pas un n’est cana-
dien ; ces employés reçoivent . . . . . 1166 11 3 Dans le bureau du receveur-général, il y a
cinq employés, dont pas un n’est cana-
dien ; ces employés reçoivent . . . . . 1994 8 10 Dans le bureau des terres de la couronne, il
y a vingt-huit employés :
Sept Canadiens, recevant . . . . . . . . 2429 6 1 Vingt et un Bretons, recevant . . . . . 3231 I9 II Dans le bureau des travaux publics, il y a
douze employés :
Deux Canadiens, recevant . . . . . . . 775 © o Dix Bretons, recevant . . . . .. . «+ 4021 6 7 Dans le bureau du régistrateur piovinelal,
il y a trois employés, dont pas un n’est
canadien ; ces employés reçoivent . . . 916 13 3 Dans le bureau du secrétaire de la province, ÿ
il y a seize employés :
Deux Canadiens, recevant . . . . . .. 775 © Quatorze Bretons, recevant . . . . . . . 4021 6 7
On voit par ce qui précède que dans ces neuf principaux départements ou bureaux, les Canadiens-Français ne forment pas un sixième des employés, et cependant ils forment la moitié de la population de toute la province, et
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la grande majorité de celle du Bas-Canada. Sur quatrevingt-six employés des bureaux dont on vient de parler, treize seulement sont canadiens et soixante et treize sont bretons.
Les treize Canadiens reçoivent annuellement 4353 6 1 Les soixante et treize Bretons reçoivent . . 23609 8 o
Sur les soixante et treize Bretons on compte les trois quarts de jeunes gens au-dessous de trente ans; et sur les treize Canadiens, les trois quarts ont plus de trente ans. Faute de pouvoir me procurer les documents nécessaires, je ne parle que de ces neuf bureaux, mais le même abus existe dans tous les départements publics. D’après un tableau statistique publié en 1845, il se trouvait que en cette année les employés du gouvernement, section du Bas-Canada, étaient divisés comme suit: deux cents d'origine britannique recevant £72,348, et soixante et dix huit d’origine française recevant £ 18,000.
Voilà, messieurs, comme la jeunesse canadienne-française est traitée par le gouvernement colonial, sous le système représentatif. Et l’on dira que nous avons tort de nous plaindre ? Et l'on oserait nier la nécessité qu’il y a pour nous de travailler sans relâche à l’obtention de la part du patronage de la couronne qui nous est légitimement due? Et nous laisserions, sans dire mot, la jeunesse des populations des autres origines s'emparer de cette source de prospérité et d'influence ?
Souvent, j'ai entendu répéter par des gens de bonne foi que les Canadiens-Français ayant les qualités qui font les bons chefs de bureaux, étaient très rares, et que c'était là la principale cause de notre exclusion des emplois publics. Je ne crois rien à cette assertion, mais si elle était vraie, elle ferait sentir plus fortement encore l'urgence qu'il y a de placer les jeunes gens dans les bureaux publics, pour les former aux affaires, afin que plus tard on ne nous dise plus que si nous n'avons pas notre part
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du patronage public, c'est que nous n'avons pas un nombre suffisant d'hommes capables de faire des chefs de bureaux.
C’est à nos hommes publics à s'occuper de cette question, plus importante au fond qu'elle ne paraît l'être à la surface. C’est à eux à exiger du gouvernement que les jeunes Canadiens soient employés dans ies départements publics. Et s'ils ne le font pas, ils aanquent à leur devoir : ils ne défendent pas les intérêts de la population qu'ils représentent. Non seulement ils doivent le faire pour la jeunesse, mais encore pour l'immense majorité du peuple du Bas-Canada, qui ne peut transiger aucune affaire avec les officiers publics sans employer des interprètes qu’il faut payer souvert au poids de l'or. On fera sonner très haut, je le sais bien, les mots de prudence politique ; on me dira qu'il ne faut pas trop exiger afin de conserver la coopération de certains amis politiques : cela serait très bien si ces amis nous aidaient à conquérir les emplois publics, mais je trouve que ceux dont il est ici question sont les premiers à s'emparer de toutes les charges lorsque l’occasion s’en présente, en nous faisant des compliments sans fin sur notre zèle, notre dévouement, notre patriotisme, et que nous, les jeunes Franco- Canadiens, ressemblons à ces soldats infortunés qui combattent toujours sans jamais recevoir aucune récompense. Les honneurs, les richesses, et l'influence qui en découle, semblent, en ce pays, appartenir de droit à une race privilégiée. Pendant la guerre des partis, à nous les combats, les fatigues et les déboires ; après la victoire, aux enfants de nos alliés de cette race, les emplois, les bénéfices, les appointements, les douceurs du gouvernement.
Encore une fois, nous, la jeunesse canadienne, nous souffririons un pareil traitement sans nous plaindre ? Nous n’aurions pas le courage de dire à nos hommes publics ce que nous attendons d'eux, ce qu’ils doivent faire pour nous? Nous continuerions d’être ainsi exploités par nos amis et nos ennemis sans nous révolter contre leur con-
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duite, sans combattre les uns avec vigueur, énergie, et sans imposer aux autres de nouvelles conditions dans nos alliances offensives et défensives ? Non, jamais à l'avenir nous ne souffrirons en silence de pareilles injustices! Si plusieurs se taisent en tremblant, il s'en trouvera toujours quelques-uns au milieu de nous qui parleront le langage de la vérité, sans craindre les uns, sans égard pour les autres. Et nous finirons, si nous le voulons fermement, par obtenir tôt ou tard ce que nous demandons, c'est-àdire notre droit.
Voyez comme le champ se rétrécit insensiblement : la jeunesse canadienne ne peut parvenir ni à l’armée, ni à la marine de l'État, ni aux emplois dont dispose le gouvernement colonial. La littérature et les sciences ne lui offrent aucun avenir: pour gagner son existence à écrire, il faut se faire rédacteur de journal, et encore n’y gagne-t-on souvent que des dettes. Dans un pays où les magistrats peuvent impunément soulever le peuple contre les lois d'éducation, on ne peut guère espérer que les lettres et les sciences y seront suffisamment encouragées pour engager les jeunes gens à suivre le bel état de professeur ou de littérateur. Les jeunes Canadiens n'ont donc plus à choisir qu'entre le clergé, les arts, les professions libérales, le commerce, l’agriculture et les métiers.
Le clergé catholique offre au jeune homme une vie de dévouement et de sacrifices sublimes récompensés par les purs plaisirs que procurent la pratique des vertus chrétiennes et la paix de la solitude. Le jeune ecclésiastique peut, dans le silence du séminaire, savourer les délices d'une noble ambition ; il peut entretenir l'espoir d'être un jour supérieur d’une congrégation, curé de paroisse, évêque de diocèse et même archevêque d’une province. Là s'arrête la hiérarchie ecclésiastique en Canada. S'il éprouve le besoin si naturel aux intelligences élevées de voyager à travers des pays et des peuples inconnus, d’admirer la belle et grande nature dans son état primitif, on lui fournit immédiatement les moyens de le satisfaire et
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de s’élancer à travers les mers et les forêts à la recherche des peuples qu’il soumettra à la foi du Christ et qu’il gouvernera au nom de Dieu. Du moment qu’il est tonsuré, ses supérieurs veillent sur lui et sur son avenir; et de ce moment-là, il ne connaîtra jamais les inquiétudes dévorantes qui naissent du manque de travail, du manque d'emploi, du manque de réussite dans les entreprises ; il ne connaîtra jamais les pressants besoins, la misère désolante, la pauvreté qui engendre le crime ou le désespoir ; et au retour de l'âge il ne sera pas assailli par la crainte de manquer des choses nécessaires à la vie, crainte qui empoisonne les jours de tant de vieillards. S'il ne jouit pas des plaisirs du monde, en retour il est spontanément respecté de tout un peuple, il exerce une influence immense sur le sort des familles et de la société, et il arrive bientôt au suprême but de l'ambition humaine, qui est de dominer et gouverner les peuples. A part la vocation et la prédestination, ces considérations engagent sans doute un grand nombre de jeunes Canadiens à embrasser l’état ecclésiastique. Nous devons reconnaître en justice, que la plupart d’entre eux, s'ils suivent le bel exemple de leurs prédécesseurs, deviendront très utiles au pays comme citoyens et comme défenseurs de la nationalité canadienne. C'est une belle carrière ouverte à la jeunesse, lorsque la divine Providence lui accorde les vertus qui font les bons prêtres, les prêtres-citoyens.
Les beaux-arts ne sont généralement que bien peu encouragés dans un jeune pays où l'on donne toujours la préférence à l'utile et au nécessaire. Cependant l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique et le daguerréotype sont suivis avec succès par plusieurs jeunes Canadiens. Quelques-uns se sont fait de belles renommées et de belles positions sociales. Les bonnes écoles, les longs travaux et les voyages dispendieux que l'étude de la peinture et de la musique exige, et les.faibles moyens des classes qui donnent vie et appui à ces deux arts, seront longtemps encore des obstacles qui empêcheront la jeu-
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nesse canadienne de les cultiver en grand et de s’en faire un moyen d'avenir. Les progrès de nos grandes villes sont de nature à engager les jeunes gens à étudier l’architecture. Les architectes auront bientôt un beau champ à exploiter. L'homme qui réussirait à établir une école des beaux-arts, soit à Montréal, soit à Québec, où l'on enseignerait surtout l'architecture et la sculpture, rendrait un service éminent à la jeunesse canadienne. Et cette espèce de patriotisme en vaudrait bien une autre; et, selon moi, elle vaudrait mieux que beaucoup d’autres. Les professions libérales ont fourni et fournissent encore un vaste débouché à la jeunesse canadienne instruite. A défaut d’autres carrières à parcourir, tous les jeunes gens sortant des collèges s’y sont jetés et s’y jettent encore en masse. Aussi sont-elles singulièrement encombrées. L'encombrement est tel, que le vrai mérite, semblable à une belle fleur qui sort souffrante et décolorée d’une touffe de mauvaises herbes, peut à peine, après de longues années de pénibles travaux, se faire jour à travers une masse de nullités intrigantes. Parmi les causes de ce mal, je regrette de le dire, il faut compter le faux orgueil qui engage de pauvres ouvriers et de pauvres agriculteurs à faire de leurs enfants des avocats, des notaires ou des médecins. Plusieurs ont sacrifié leur fortune, leur bonheur et leur repos pour des ingrats qui rougissent d'eux et du toit paternel, et qui souvent refusent de s'asseoir à la table de la famille de peur d'y être vus. Lorsque l'éducation sera plus répandue qu’elle ne l’est aujourd'hui au milieu des classes industrielles, ce faux orgueil disparaîtra, au grand bonheur de tous les intéressés. Le manque d'organisation chez les avocats et les notaires est une autre cause de l’encombrement de ces deux belles professions, et l'unique cause de la dégradation dans laquelle elles sont tombées. Un nombre considérable d’aspirants sont annuellement admis à l'étude du droit sans qu'on leur fasse subir un examen préalable pour s'assurer du degré d'éducation qu'ils ont reçu, comme
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cela se pratique pour l'étude de la médecine. La majeure partie de ces aspirants n’ont reçu qu’une instruction très élémentaire et savent à peine les premiers rudiments de la langue française. Et quelle étude du droit font ces pauvres gens qui marchent si orgueilleusement et si aveuglément vers la misère? Il s’enferment dans les bureaux de leurs patrons tout le temps qu’il faut pour copier les dossiers des causes ; là, ils n’entendent jamais ou presque jamais aucune dissertation sr le droit; leurs patrons leur ont dit une fois, ‘‘lisez Domat, ou le traité ‘‘ des obligations, ou le Parfait notaire,’ et ils croient avoir par ces très simples paroles rempli les devoirs qu'ils ont à remplir envers leurs étudiants et la société. Après avoir copié les dossiers, les étudiants, du consentement de leurs patrons, se promènent où flânent à volonté, n’ouvrant un livre de droit que dans les accès de spleen ou d’ennui. Au bout de quatre ou cinq années de ces brillantes études, ils choisissent des interrogateurs au milieu de leurs amis, qui souvent eux-mêmes n’ont aucune connaissance du droit ou de la pratique; on prépare d’un commun accord un certain nombre de questions et de réponses, puis l’on se présente devant un juge, qui, sans égard pour la respectabilité des professions et ne s’occupant nullement de sauvegarder les intérêts de la société, admet d'emblée dans les rangs professionnels tous ceux qui désirent obtenir le titre d'avocat, de notaire, et d’écuyer, par-dessus le marché.
I1 suit de là que ces jeunes gens pirfaitement incapables, ainsi admi: au barreau ou au notariat, deviennent à leur tour les patrons de tous les petits prétentieux qui sachant lire couramment, tant bien que mal, se croient suffisamment instruits pour faire des hommes de loi. Tel patron, tel étudiant ; l'ignorance engendre l'ignorance ; les professions sont avilies, les avocats et les notaires de cette espèce meurent de faim et de désespoir, ou, ce qui est pire, se déshonorent pour gagner de quoi vivre ; et des hommes qui auraient été utiles à la société, s'ils fussent
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restés dans leur sphère, lui deviennent à charge pour en être sortis.
Les homines qui occupent le premier rang dans les professions pourraient remédier à ce mal, s'ils voulaient une bonne fois sortir de leur apathie et travailler d'un seul coup à réhabiliter l'honneur des professions libérales et À préparer un bel avenir à la jeunesse instruite. Qu'on fasse pour l'étude du droit, ce que l'on fait pour l'étude de la médecine. Que l’on organise des bureaux d'examinateurs chargés de faire subir un examen préliminaire aux jeunes gens qui se destinent au barreau ou au notariat. Par ce moyen tous ceux qui ne seront pas suffisamment instruits pour étudier le droit seront renvoyés à l'agriculture, au cominerce ou aux métiers, qu'ils pourront honorer tout en se créant un bien-être personnel qu'ils auraient cherché en vain dans les professions. Que l'on établisse ensuite des écoles comme il en existe en Europe, où des professeurs compétents enseigneront le droit aux étudiants : et ces écoles seraient surtout d’une grande utilité au pays si elles pouvaient parvenir à jeter quelque lumière au milieu des ténèbres où sont enfouis nos droits et nos privilèges, ténèbres qui résultent du mélange inextricable des lois françaises, anglaises et provinciales, expliquées, interprétées, torturées de toutes les manières par des juges qui défont aujourd'hui ce que leurs collègues ont fait hier. On me demandera peutêtre, qui soutiendra ces écoles? Mais elles se soutiendront d’elles-mêmes, comme les écoles de médecine. Les étudiants étant forcés par la loi de suivre les cours de ces écoles, on exigera d'eux l'argent nécessaire pour défrayer les dépenses des écoles et les appointements des maîtres.
Ce sont là des réformes plus impérieuses pour la prospérité et le bonheur du pays que celles dont s'occupent exclusivement les penseurs et les écrivains politiques. Espérons qu’un jour, après le partage des dépouilles du gouvernement responsable, on daignera enfin s'occuper
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de l’organisation des professions sur lesquelles reposent l'honneur et la tranquillité des familles.
Des professions libérales passons au commerce. Ici nous trouvons la jeunesse franco-canadienne luttant avec énergie et persévérance contre les mille et un obstacles que soulève dans le commerce le manque d’une éducation spéciale, de capitaux et de relation à l'étranger. Puisque c'est particulièrement sur cette classe de la jeunesse et sur celle qui se dévoue à l’agriculture, que repose l'avenir du pays et de notre nationalité, il est donc du devoir des Canadiens-Français qui jouissent de la confiance de leurs compatriotes de veiller à ce que ces deux classes de la jeunesse reçoivent l'instruction spéciale qu'il leur fit pour exploiter le commerce et l’industrie agricole avec avantage pour elles et pour le pays. Les principaux citoyens pourraient très facilement établir à Montréal une école où l’on enseignerait le commerce à la jeunesse franco-canadienne. Car, ne l’oublions jamais, l'instruction qui nous donne en un mois l'expérience d’un siècle, fera faire plus de progrès au jeune homme en un jour que la routine d'un comptoir canadien ne lui en fera faire dans un an. Les capitaux qu'on emploierait à l'établissement d'une semblable école ne seraient pas perdus, au contraire il est très facile de prouver qu’au bout de deux années, ils rapporteraient un intérêt plus élevé que l'intérêt légai. Pour vous montrer l'utilité d’une semblable institution et la manière dont elle doit être organisée, je ne saurais mieux faire que de vous citer un article de M. Blanqui, aîné, inséré dans le Dictionnaire du commerce publié en 1841. Je regrette que la longueur, probablement fatigante, de cet essai, ne me permette pas de citer tout cet excellent écrit ; cependant, dans l'extrait qui va suivre, on verra combien il est facile d'organiser une bonne école commerciale. Après avoir dit que ‘‘c'est ‘‘ une erreur généralement répandue que le commerce ‘n'est point une science et ne nécessite aucune étude ‘* sérieuse,’ et avoir fait un tableau de ce que le com-
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France,
merce était autrefois en France, M. Blanqui continue ainsi :
“Mais depuis que les progrès de la civilisation ont fait du commerce une puissance en rapprochant tous les peuples et en les rendant tributaires les uns des autres ; depuis que la découverte de plus d'un monde inconnu aux anciens a multiplié et compliqué les relations d’affaires entre les hommes, le commerce est devenu une science de la plus haute importance et dont les moindres branches ont acquis un développement presque incommensurable. La navigation, l'armement, la commission, les changes, les tarifs, les entrepôts, les matières premières, les marchandises fabriquées, ont appelé tour à tour l'attention des négociants. Les assurances ont changé la nature de toutes les combinaisons. Le négociant digne de ce nom doit connaître les usages. les ressources et les périls de toutes les places ; il ne doit être étranger ni à la géographie, ni à la statistique des contrées avec lesquelles il entretient des rapports ; il doit en parler et en comprendre la langue. Il y a dans les hautes spéculations du commerce des difficultés qui ne peuvent être résolues que par une connaissance parfaite du terrain sur lequel on opère ; il y a un art de vendre et d'acheter qui ne ressemble en rien aux procédés de la boutique et qui ne manque pas d’analogie avec les manœuvres de la guerre ; c'est l’ensemble de ces connaissances qui constitue la science du commerce, dont l’enseignement méthodique est d’origine française assez récente, et n’existe, hors de France, que dans une seule ville d'Allemagne, à Leipzig. En Angleterre et en Hollande, où l'habitude des affaires est pour ainsi dire naturelle et familière à tout le monde, l'absence des écoles de commerce s’est rarement fait sentir; chaque grande maison est une véritable école où l'apprentissage d’un commis suffit pour lui aplanir les obstacles les plus difficiles : partout ailleurs le commerce a besoin d’un enseignement régulier auquel rien ne peut suppléer, si ce n’est une longue pratique achetée par des