‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 35 sur 123 · LIL: ae · texte numérisé non relu

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où elle se prépare à enricher la France et à la placer à la tête du monde commercial, comme elle est déjà à la tête du monde littéraire ! Comme nous serions heureux nous aussi, la jeunesse franco-canadienne, de pouvoir nous préparer à placer le Canada français à la tête du commerce canadien, comme il est déjà à la tête de la phalange coloniale qui réclame, comme sujets britanniques, la liberté constitutionnelle ! L'espérance ! l'espérance fait supporter bien des maux et comble aussi bien des désirs !

Deux carrières dont je n'ai pas encore parlé, et qui sont en dehors de l'industrie et de l’agriculture, sont ouvertes au jeune Canadien : il peut devenir arpenteur ou pilote. Ces deux professions demandent des études spéciales qui pourraient probablement se faire dans une seule et même école. Un respectable citoyen de Québec qui veut bien m’honorer de son amitié a déjà proposé aux chambres d'établir une école de marine où l'on formerait les pilotes ; mais malheureusement les clameurs des partisans politiques ont empêché sa voix de se faire entendre. J'espère, cependant, qu’un jour, si les ministres responsables et ceux qui veulent le devenir peuvent vider leurs interminables querelles, cet honnête citoyen renouvellera sa proposition et qu'avant qu'il soit longtemps il se formera dans le pays des marins canadiens qui fourniront à la marine marchande des capitaines sûrs et distingués.

Nous arrivons maintenant aux métiers. Partout la jeunesse des classes ouvrières est honteusement ahandonnée et impitoyablement exploitée, et en Canada plus qu'ailleurs. Les gouvernements et | ses élevées de la société, si empressés dans les joi e danger où ans les grandes catastrophes, de dema:ler le secours ou l'appui de ces vigoureux jeunes gens des ateliers et des chantiers, les laissent plongés dans la plus affreuse ignorance et les abandonnent sans souci à l’ignominieuse cupidité des maîtres. Les partisans politiques, si démocrates et si patriotiques aux jours des élections et de l’agitation, n’ont rien à dire, rien à proposer en faveur des classes

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ouvrières lorsqu'ils sont arrivés à la chambre des députés et de là au pouvoir.

Les ouvriers canadiens-français sont, de l’aveu de tout le monde, les meilleurs et les plus habiles travailleurs que l'on puisse trouver en Amérique, Ils sont très recherchés par les entrepreneurs pour leur capacité, leur assiduité et leur honnêteté. Mais ils sont presque toujours des travailleurs à la journée, et deviennent très rarement des entrepreneurs d'industrie. Et d’où vient cela, si ce n’est du manque d'instruction? Les écoles élémentaires ne suffisent pas pour former un maître ouvrier. En premier lieu, l'enfant de l’ouvrier ne peut aller à l'école que jusqu’à l’âge de douze ou treize ans, époque où il entre en apprentissage, parce que son père ne peut plus le nourrir ni le vêtir. Puis, une fois livré entre les mains d'un maître, il ne peut plus songer à s'instruire ; il faut qu'il travaille jour et nuit pour le profit d'un homme au cœur de fer qui ne songe nullement à faire de ses apprentis de bons citoyens, mais qui vise seulement à en faire de bonnes machines, au détriment de leur santé et de leur intelligence.

Et lors même que l'apprenti voudrait s’instruire, après ses heures de travail, il ne le pourrait pas: les écoles sont fermées. De livres il ne peut s’en procurer, nous n'avons pas de bibliothèque publique où il puisse en emprunter sans payer une certaine rémunération, et l’apprenti qui ne gagne pas assez pour se vêtir, n’a pas d'argent à dépenser pour la nourriture de son intelligence. Mais l'Œuvre des bons livres? me direz-vous; oui, l'Œuvre des bons livres lui fournira des livres gratis, mais quels livres ? des historiettes religieuses, qui lui aideront bien à sauver son âme, mais qui ne lui enseigneront pas les moyens de faire vivre son corps; et à l'Œuvre des bons livres même, il faut payer une piastre par année pour pouvoir se procurer les bons ouvrages, les ouvrages instructifs. D'ailleurs, à l'Œuvre des bons livres on ne délivre les livres qu’au milieu du jour, et au milieu du

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jour l'apprenti et le jeune ouvrier travaillent et ne se promènent pas. Je suis encore bien jeune, messieurs, et cependant je me rappelle qu'il fat un temps où j'aurais été mille fois heureux, s’il eût existé dans Québec une société comme l'Institut, où j'aurais pu, en sortant de l'atelier, aller lire les journaux et me pourvoir de livres. L'Institut a le mérite d'offrir aux jeunes ouvriers et aux apprentis une chambre de lecture et une bibliothèque ouverte en tout temps ; nous voyons avec plaisir un certain nombre en profiter, et j'ai lieu de croire que chaque année il s’accroîtra considérablement.

Pour former de bons ouvriers, de bons chefs d'atelier, de bons entrepreneurs d'industrie, le gouvernement devrait ouvrir dans les villes des écoles où l’on enseignerait aux apprentis et aux jeunes ouvriers, outre la lecture, l'écriture et l’arithmétique, les éléments de la géométrie, de la physique, de la chimie et de la mécanique. Les maîtres devraient être forcés, comme ils le sont en Prusse, d'envoyer leurs apprentis à ces écoles pendant certaines heures du jour ou de la soirée. Les frères des écoles chrétiennes, qui ont déjà formé des classes d'ouvriers qu’ils instruisent pendant les longues soirées d’hiver, et qui ont droit à la reconnaissance du pays pour ce nouveau dévouement, ont donné un exemple que le gouvernement, ou à son défaut, les citoyens devraient s’empresser de suivre en établissant des écoles industrielles sur une plus vaste échelle. Cela pourrait se faire peut-être pour les Canadiens-Français, si nos principaux citoyens demandaient aux frères des écoles chrétiennes d'ouvrir des écoles spéciales pour l'instruction des apprentis et des jeunes ouvriers ; il est tout probable que les frères ne s’y refuseraient pas. Voilà une belle occasion pour les hommes publics d'exercer leur patriotisme, de travailler à l'avancement du peuple, qu'ils paraissent tant aimer, et de s'assurer une reconnaissance qui les suivrait au delà de la tombe.

Messieurs, si des villes nous portons les yeux sur les

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campagnes, quelles scènes désolantes s'offrent à nos regards ! La jeunesse, la belle jeunesse de nos paroisses et de nos villages s’épuise infructueusement à chercher dans un sol ruiné par la déplorable routine, un bien-être qu’elle ne trouvera jamais. Dégoûtée d’un travail qui ne lui rapporte que du chagrin et de la misère, elle abandonne les terres défrichées par ses ancêtres pour se réfugier aux État-Unis ou dans les chantiers du Haut- Canada. Tous les ans, le Canada français perd son plus beau sang par cette plaie qui pourrait bien devenir incurable, si l’on n’y porte promptement remède. Tous les ans, un certain nombre de terres passe des familles canadiennes à des familles étrangères. Je me rappelle avoir vu dans le Haut-Canada plusieurs familles aisées du district de Montréal qui avaient vendu leurs terres, parce qu'elles étaient ruinées, disaient-elles, pour émigrer sur les bords du lac Huron, où elles avaient été précédées par un grand nombre de jeunes Canadiens.

Mais comment guérir ce mal dont vous vous plaignez ? m'ont souvent dit des gens que leur profonde apathie me fait détester souverainement. Comment guérir ce mal ? mais deux remèdes très simples s'offrent aux législateurs et aux capitalistes franco-canadiens, si l'amour de la nationalité faisait battre leurs cœurs: établir des fermesmodèles dans chaque comté et même dans chaque paroisse, et former des sociétés en commandite aux fins d'acheter des terres du gouvernement pour les concéder ensuite, moyennant une petite rente, à nos jeunes cultivateurs.

Ces sociétés seraient non seulement des institutions patriotiques, mais encore des sources de richesse pour les actionnaires, beaucoup plus fécondes, selon moi, que ne le seront jamais les entreprises des mines de cuivre du lac Supérieur, ou des compagnies de transport, ou des compagnies de chemin de fe, Outre les terres, elles pourraient encore vendre aux défricheurs, toujours moyennant un faible intérêt, des instruments d'agriculture, des se-

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