‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 40 sur 123 · LE · texte numérisé non relu

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‘‘ pour moi, je vais vous chercher du pain.

—‘" Edouard, répliqua la mère éplorée, en le pressant ‘contre son cœur, mon Édouard, ce serait avec joie que ‘‘ je ferais le sacrifice de ma vie, pour exempter la moin- ‘‘ dre peine à un enfant qui m'a toujours été aussi bon et ‘‘aussi soumis que toi, mon cher. Tu sais que ce n'est ‘* pas pour moi que je te prie de faire une démarche dont ‘‘la seule pensée m'accable autant que toi . . mais (en ‘lui montrant ses petites sœurs) c'est pour leur amour ‘‘que tu vas m'obliger, et que tu vas, encore cette fois, ‘* montrer ton bon cœur pour ta mère.”

Un instant après, elle était seule, à genoux, et priait en tenant dans ses bras ses enfants qu'elle arrosait de larmes. Il est impossible de dire combien les instants qui s'écoulaient paraissaient longs à cette mère dont le cœur

était à la fois brisé par tant de douleurs . . Bien des fois elle se leva, et ouvrant la porte, elle regardait ; mais elle ne voyait que les ténèbres d’une nuit dont l'obscurité était encore augmentée par l'orage qui grondait. Elle prêtait l'oreille au moindre bruit qu'elle croyait entendre. . Enfin elle reconnut les pas de l'enfant si cher à son cœur. Il rentre, et cette fois-ci il apportait quelque nourriture. Maïs il ne conta pas à sa mère avec quel mépris il avait été repoussé de bien des portes, quelles insultes il lui avait fallu recevoir partout. Il ne lui dit pas dans combien d’endroits on lui avait dit que ça ne convenait pas de donner du pain, qu'on avait tant de peine à gagner, pour nourrir un ivrogne avec ses paresseux d'enfants ; il ne lui dit pas quels affronts il avait reçus pour son amour; et combien de fois il avait été forcé de se jeter aux genoux de ceux qui le repoussaient, en les conjurant de lui donner un petit morceau de pain pour sa mère et ses petites sœurs, qui mouraient de faim. Mais la fièvre mortelle qui colorait, de ses feux dévorants, la figure de son enfant, et les larges gouttes de sueur qui tombaient de son front, racontaient plus éloquemment qu'aucune voix, à cette mère infortunée, ce que son enfant avait souffert pour elle . . Ses forces étaient épuisées : il tombe sans connaissance entre ses bras. Aux premiers cris de douleur de cette pauvre femme, succède un long silence . . Puis revenant un peu à lui-même : ‘‘ Ma mère, dit-il, prenez ma main, mettez-la sur votre ‘cœur . . Pourquoi pleurez-vous, ajouta-il après un ‘‘ moment de repos, pourquoi pleurez-vous, ma mère ? ‘‘est-ce parce que aujourd'hui vous avez un enfant sur la ‘‘ terre, et que demain il sera au ciel? Pourquoi pleurez- ‘vous? . . je m'en vais quitter ce monde si plein de ‘‘ misères, ce monde où vous n’avez eu que du chagrin et ‘“ des soucis, pour ce ciel si beau dont nous avons si sou- ‘‘ vent parlé tous les deux. Je n'ai plus qu’un moment ‘de vie: déjà je sens mes yeux qui se ferment à la ‘‘lumière. La mort a déjà la main sur moi; je n'ai

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‘qu'un seul regret en quittant si jeune la vie: oh! ma ‘ mère, c'est d’être séparé de vous. . Ah! si je pou- ‘vais vous amener avec moi! mais j'espère que vous ‘‘allez bientôt me suivre, .’’ Les mots qu'il voulut encore prononcer étaient inintelligibles. Sa tête se pencha sur le sein de sa mère; puis poussant un profond et dernier soupir, il laissa échapper son âme pour aller au ciel, jouir, comme il l’espérait, d'une meilleure vie. Et la mère trop infortunée tomba sans parole et sans force sur le cadavre inanimé de son enfant . .

Plusieurs heures s'étaient écoulées : et, sans connaissance, elle tenait toujours le corps de son fils entre ses bras ; on eût dit qu'elle était morte, et qu’elle aussi avait dit un éternel adieu aux peines et aux misères de cette vie. Tout d’un coup, la porte, poussée violemment, s'ouvre avec bruit, et un homme ivre rentre en chancelant. . Il regarde, d’un air stupide, autour de lui, comme pour connaître où il se trouve. A la fin il reconnaît sa femme ; et, s’élançant vers elle, il la saisit par le bras et la tire avec brutalité.

Un profond soupir qu'elle pousse fait connaître qu'elle revient à elle. . Puis l’apercevant, elle se lève, et lui montrant le cadavre de son enfant : ‘‘ Le vois-tu, s'écria- ‘t-elle, le reconnais-tu ? sais-tu qui est celui qui a écrasé ‘cet enfant sous le poids des peines et des angoisses ? ‘sais-tu qui lui a donné en partage, dès son entrée dans ‘‘le monde, la pauvreté, la misère et la honte, et qui a ‘rempli la coupe de la vie de cet ange d’un fiel si amer ‘qu’il en a détourné les lèvres, et qu’il n’a pu en sup- ‘porter l’amertume? Monstre ! ai-je besoin de le dire, ‘‘sais-tu qui a enfoncé le poignard dans le cœur de cet ‘enfant? C’est un père ivrogne ! c'est toi qui as creusé ‘son tombeau, c’est toi qui m’as Ôté mon enfant, c’est toi ‘‘ qui as déchiré le cœur de la femme que tu avais fait ser- ‘‘ ment de rendre heureuse ! . . ”

Le malheureux père, stupéfait, ne pouvait prononcer une seule parole. Son ivresse s'était complètement passée

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