‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 45 sur 123 · COURS DE CHIMIE DISCOURS D'INTRODUCTION · texte numérisé non relu

COURS DE CHIMIE DISCOURS D'INTRODUCTION

MESSIEURS, —Les sciences humaines se divisent en deux grandes branches : les sciences ‘‘ exactes,’ et les sciences ‘‘naturelles,”’ qui d'abord pour l'étude sont distinctes, mais qui se prêtent enfin un tel appui par suite de la multiplication extraordinaire de leurs applications, qu'ei'es finissent par se confondre et à ne pouvoir se bien embrasser les unes sans les autres.

Les sciences exactes ont pour objet l'étude des quantités, et pour fondement l’arithmétique et la géométrie.

Les sciences naturelles ont pour but l'étude des corps, leur histoire, leur classification, leurs propriétés. Elles se subdivisent elles-mêmes en deux branches considerables : la ‘‘physique’’ et la ‘‘chimie.'" La physique qui, à proprement parler, comprend l'étude des phénomènes de la nature, embrasse tous les faits qui peuvent s'offrir à notre attention, et par conséquent l'étude d’une foule de branches dont chacune serait assez vaste pour occuper les facultés d’un homme d'une haute intelligence, puisqu'elle renfermerait l'astronomie, l'histoire naturelle, la mécanique, l’hydrostatique, la botanique, l’acoustique, l'optique et la minéralogie, Mais afin de simplifier, de régula-

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riser, et par conséquent, de faciliter l'examen des diverses branches des connaissances humaines, il a été convenu de restreindre la physique aux connaissances générales des propriérés des corps pris dans leur entier et comme :!5 s'offrent à nous dans la nature, et de laisser l'étude des principes élémentaires des corps à la chimie, vaste science qui pénètre dans l'intérieur même des substances pour y observer, y découvrir les lois selon lesquelles leurs molécules, c'est-à-dires les atomes infiniment petits qui les composent, agissent les uns sur les autres à des distances plus ou moins rapprochées ; pour y étudier les combinaisons ou les séparations qui résultent de la tendance générale de ces molécules ou atomes à s'unir, et les modifications que les diverses circonstances capables de les écarter ou de les rapprocher, apportent à cette tendance,

La chimie est donc une science presque toute d'expérience, qui a été créée, comme la plupart des autres branches des connaissances humaines, par l'observation accumulée des faits souvent accidentels mais raisonnés, comparés, calculés et habilement groupés par les génies d'élite de toutes les nations.

La chimie, qui est la science dont j'ai à vous exposer, dans le cours que nous commençons aujourd'hui, tous les développements et les détails, a pris naissance dans les temps les plus reculés, sans pourtant que des travaux suffisamment bien classés ou assez exactement notés dans leur ensemble aient pu la mettre, avant le milieu ou la fin du dernier siècle, sur un pied comparable à celui qu'elle oecupe aujourd’hui. Dès que les hommes se sont occupés d’arts, de manufactures ; dès qu'ils ont tiré des métaux du sein de la terre pour les préparer et les façonner à divers usages, dès qu'ils ont recueilli pour les combiner ensemble et les séparer des substances empruntées aux végétaux, aux minéraux ou aux êtres vivants, soit pour se guérir de leurs maux ou s'en garantir, soit pour soulager leurs souffrances, soit afin de pourvoir à leur subsistamee, à leur vêtement, où pour augmenter

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enfin leur somme de bien-être, les hommes, sans s'en douter, ont posé les bases de la magnifique science dont l'étude va nous occuper exclusivement. Le hasard souvent, quelquefois le raisonnement leur ont fait découvrir des propriétés particulières des corps et des combinaisons qui n’existaient point ou ne semblaient pas exister dans la nature. Les faits isolés ont été transmis par tradition, par imitation, d'âge en âge, puis recueillis quoique sans système raisonnable jusqu’au moment où des philosophes observateurs et avides de pénétrer dans les secrets de la création ont appelé à leur secours des expériences souvent répétées, puis le calcul et enfin la discussion qui a fait jaillir de presque toutes les parties du monde à la fois sinon la vérité toute entière sur les lois de la nature, du moins une grande somme de connaissances exactes qui ne pourront plus se perdre désormais, et auxquelles tous les jours verront et voient déjà s'ajouter des faits de plus en plus surprenants et précieux dont l'humanité devra de jour en jour tirer des avantages qu’on ne saurait nullement prévoir ni soupçonner aujourd'hui, mais que l'on doit pressentir si l’on réfléchit que la chimie a donné aux hommes, depuis à peine le commencement du siècle dont nous n'avons pas encore vu la moitié, les machines à vapeur appliquées à la navigation et à la locomotion terrestre, l'éclairage au gaz pour nos rues, nos maisons et les récifs de nos rivages, une foule de préparations utiles et nouvelles dans les arts, le télégraphe électrique, la lampe de sûreté qui permet au mineur de descendre sans danger dans les entrailles de la terre pour y chercher des métaux de toutes espèces et des combustibles plus actifs et moins coûteux que ceux du règne végétal : des procédés plus faciles et plus sains pour les manufactures. Mais là ne se borne pas le rôle utile et important de cette science, car c'est encore elle qui a donné aux sciences médicales une impulsion nouvelle et une certitude qu’eiles n'avaient pas auparavant, soit par des substances jusqu’'alors inconnues, soit par la démonstration exacte des

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effets constants ou probables sur le système organique le ph de celles qu’on employait auparavant sans s'en rendre brave compte : c’est la chimie qui fournit au médecin les subs- mais tances qui doivent arrêter les ravages des poisons les plus d'ara violents, ou, s’il est trop tard, c’est elle qui fournit à la soleil société offensée les moyens de signaler les matières véné- froid neuses d’une manière assez sûre à la fois pour ne per- peut, mettre ni dangereuse hésitation pour l'accusé innocent, les an

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ni doute pour les juges sur le coupable ; c'est elle aussi tence qui par l'analyse offre au capitaliste le moyen de connai- lumie tre d'avance et avec une exactitude mathématique les Alex

‘ résultats d'une exploitation nouvelle; enfin c'est aux liers. %. recherches spéciales des chimistes que l'on doit de voir les pr

réduire en principes sûrs et constants l’art de l'agricul- jours ture qui, jusqu'à ces dernières années, en était un de pure amen imitation, sans autres données que celles du hasard ou des m d'observations d’une application plus difficile certaine- pris p ment en réalité que l'étude même de la chimie toute Je d entière telle qu’on la trouve aujourd'hui dans les traités temps innombrables de cette science que fournit presque chaque les ba

jour la presse de tous les pays, dans toutes les langues et tain q

| à la portée de toutes les intelligences. vastes

EH & Messieurs, un léger coup d'œil sur les temps antiques ne set

à ne sera pas sans un utile enseignement. Les anciens qui facilite

mL étaient si avancés sous tant de rapports, qui nous ont vaste «

f laissé tant de magnifiques vestiges de leur grandeur et de que le

| 4 l'état avancé de leurs connaissances, ne portaient pas de encre i

à | chemises, pas de souliers, n'avaient pas de vitres à leurs auteur

ie 1 habitations : ils ne connaissaient ni le sucre, ni le café, ni naissai

b ill id les assaisonnements de la nourriture qui font de l’alimen- la pré. mL : tation un plaisir. Ces fiers conquérants du monde qui qu'ils

|A EE traînaient à leur char tant de rois et d'esclaves enchaînés, dont o

d allaient nu-pieds dans la boue et rentraient avant la nuit La pré

daris leurs palais enrichis de sculptures magnifiques où, deman

lorsque l'atmosphère se refroidissait, ils grelotaient triste- l’art de

ment dans l'obscurité ou à la lueur vacillante d'une à retro

lampe ou de flambeaux sales et fumeux. Aujourd'hui en déc

le plus humble de nos artisans ou de nos agriculteurs brave confortablement l'intempérie des saisons dans une maison qui n’a pas de riches ornements, de marbres ou d'arabesques élégamment sculptés, mais où les rayons du soleil pénètrent en abondance sans que l'air humide ou le froid du dehors puisse s'y introduire en même temps. Il peut, s’il le désire et au moyen d'une simple chandelle que les anciens ne connaissaient même pas, doubler son existence et continuer, après la disparition de l’astre de lumière, les récréations ou les travaux de la journée. Alexandre le Grand, César même n'avaient pas de souliers. Cette simple comparaison doit nous démontrer que les progrès dus aux sciences tendent à augmenter tous les jours la somme de bien-être de chacun des hommes et amener autant que possible, humainement, la réalisation des magnifiques espérances des philanthropes qui eux ont pris pour devise : Égalité, fraternité.

Je disais, il y a un instant, que les hommes ont, dès les temps les plus reculés, posé, sans s'en douter peut-être, les bases de la science qui va nous occuper. Il est certain que si les anciens, qui avaient des connaissances vastes sur l'application de diverses propriétés des corps, ne semblent pas les avoir réduites en système pour en faciliter l'étude ou pour les perpétuer, ils possédaient une vaste somme de savoir et de faits utiles. Ainsi on trouve que les manuscrits antiques sont tous écrits avec une encre indestructible, avec le noir de fumée, et nul de leurs auteurs n’en fait mention, bien qu'il soit établi qu'ils connaissaient cette propriété du charbon puisqu'ils avaient la précaution de faire calciner les extrémités des pieux qu'ils employaient aux ponts, aux jetées et à des pilotis dont on retrouve de nos jours des restes bien conservés. La préparation des couleurs dont on se sert en peinture demande déjà des connaissances pratiques fort avancées ; l’art des modernes en ce genre s’est presque autant occupé à retrouver les substances employées par les anciens qu'à en découvrir de nouvelles. Les fraîches et vives couleurs

des peintures retrouvées sous les cendres et la lave de Pompéia et d'Herculanum, ou ensevelis depuis dans les tombeaux égyptiens, la conservation même des momies, les monuments grandioses dont on retrouve les ruines magnifiques dans l'Orient, où des matériaux énormes devant lesquels nos ingénieurs hésiteraient peut-être aujourd'hui, ont été employés, et dont l'extraction, le transport à des distances considérables, la préparation, indiquent une somme immense de connaissances exactes et précieuses, d'autant plus surprenantes que peu de personnes pouvaient alors y prendre part. Tout cela nous démontre que les anciens possédaient d'innombrables procédés, résultat de longs siècles de patientes et judicieuses observations, mais dont les causes immédiates ou premières leur échappaient ou n'avaient pu être approfondies faute d’instruments convenables. Une grande partie des connaissances utiles de la chimie ont pu exister auparavant, mais éparses parmi les savants ou les philosophes qui ne les communiquaient mystérieusement qu’à leurs disciples ; parmi 12s artisans, la plupart esclaves, qui en conservaient avec soin le secret ; enfin parmi les prêtres de l'antiquité qui, pour prouver aux masses ignorantes la divinité de leur mission, l'étendue de leurs pouvoirs surhumains, avaient recours à des miracles fondés sur de grossières illusions dont ne s’effraieraient ou ne s'amuseraient pas aujourd’hui les enfanss de nos campagnes les plus reculées.

Les premiers travaux un peu suivis sur la composition des corps et sur leurs propriétés sont dus aux alchimistes des trois ou quatre derniers siècles.

C'est ici le lieu de vous expliquer ce que c'étaient que les alchimistes, genre de savants qui a rendu, sans le vouloir probablement, de grands services à la science, qu'ils pratiquaient par égoisme, par amour des richesses plutôt que pour satisfaire la noble passion des connaissances et de faire faire un pas à l'esprit humain.

I n’y a pas encore bien longtemps, les philosophes

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de pensaient que les différents métaux connus alors n'étaient es qu'autant de modifications plus ou moins impures de l'or. 8, Ils les avaient classés, d'aprés ces idées, en métaux nobles | es et en métaux vils. L'or, métal noble par excellence, était es le roi des autres substances métalliques. Le titre de cette | u- monarchie métallurgique provenait de la propriété qu'il Lt | 1. possédait seul avec l'argent, métal noble au second degré, 1 À | di. de ne pas se ternir à l'air, c’est-à-dire, comme nous l'ap- ï et prend et nous le démontre la science aujourd'hui, de ne é L || at pas se laisser facilement pénétrer par une partie de l’air br | us atmosphérique, de ne pas se rouiller, comme on dit vulles gairement, de ne pas s'oxyder, comme on le dit dans le { di | di- langage scientifique. Les métaux nobles ou parfaits | 1 ou étaient: l'or, l'argent. Les métaux viis ou impurs t0- étaient : le mercure, le plomb, le fer, etc. Partant de ce de principe que l'or était un métal pur, que le cuivre, le fer, ter l'étain étaient des métaux impurs susceptibles d’être fo ramenés à l'état noble, c'est-à-dire, changés en or par une d'à suite d'opérations, de refontes, de combinaisons, d'ales, liages et de séparations, les alchimistes se livrèrent à une ( les foule de recherches minutieuses et conduites quelquefois ho- avec beaucoup d'habileté et de patience, pour trouver le due grand œuvre, la pierre philosophale, c'est-à-dire, la subsés tance douée de la propriété d’épurer les métaux et de les ne transmuter en or. Les mêmes savants de ces siècles Da- d'ignorance recherchaient en même temps que la pierre : philosophale l'exilir de vie, qui devait guérir de tous les 2111 on maux et même rendre immortels les heureux possesseurs je || tes de ce secret, que la divinité ne cédera sans doute jamais à ii | ses créatures. «alt!

ue On se doute bien que ni l’exilir de vie ni la pierre phi- Le losophale ne se rencontrèrent au fond des alambics ni des ils creusets de ces avides expérimentateurs, parmi lesquels tôt on doit compter, comme on peut bien s'en douter, un R " et grand nombre de fourbes, mais aussi quelques philosophes consciencieux et observateurs.

1es S'ils ne découvrirent ni le moyen de s'enrichir, ni celui to

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