‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 53 sur 123 · CT | LL · texte numérisé non relu

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dans les airs, au moyen de larges membranes qui lui servent d’ailes, et avec lesquelles il s’y soutient tant qu'elles demeurent humides. Quant à ceux qui ont le moins d'industrie pour se défendre, ils ont en récompense la plus grande fécondité pour se propager, tandis que ceux qui, par leur grosseur, leur voracité, leurs armes, sont les plus redoutables, ne multiplient, en comparaison, que très peu. La baleine ne produit par an qu'un seul petit, tout au plus deux ; le hareng, des milliers. C’est ainsi que Dieu, et dans la mer orageuse où s’agitent les poissons, et sur la terre orageuse où s'agitent les hommes, fait également sortir l’ordre d'un désordre apparent : la paix de la guerre, l'harmonie éternelle des révolutions temporelles.

Le poisson volant qui s’élance dans les airs, nous y fait apercevoir un nouveau monde, de nouveaux êtres, de nouvelles formes, une nouvelle décoration : le monde des oiseaux. Les écailles sont remplacées par des plumes, un bec prend la place des dents, aux nageoires succèdent des ailes et des pieds, des poumons intérieurs et d’une autre structure font disparaître les ouies : le silence qui régnait jusqu'alors dans la nature est banni, et dans plusieurs espèces, rempli par des chants les plus mélodieux.

Il en est de ces nouveaux êtres, tels que le cygne, l’oie, le canard, que l'on voit à peine quitter l’humide élément, dont la voix du créateur les a faits maîtres ; tranquilles au milieu des orages, ils luttent contre les vents, badinent avec les vagues, sans avoir de naufrages à redouter. Navigateurs-nés, leur corps est bombé comme la carène d'un vaisseau, le cou qui s'élève sur leur poitrine éminente en est comme la proue, leur queue courte et ramassée en pinceau semble être le gouvernail, leurs pieds palmés sont de vraies rames, enfin le duvet fin, épais et verni d'huile qui revêt tout le corps, est une sorte de goudron naturel qui les défend contre l'impression de l’eau, Au milieu de cet élément si agité, leur vie est paisible, ils s’y jouent, s'y ébattent, y plongent et repa-

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Aïlleurs, c’est la poule domestique qui nous avertit qu’elle vient de récompenser notre hospitalité d'un œuf frais. Entendez-vous turluter dans le bocage le rossignol solitaire ? Il fait retentir de sa voix les échos d’alentour, et s’il s'aperçoit que vous prêtez l'oreille, voilà qu’il s’anime, qu’il compose, qu'il exécute sur tous les tons : il va du sérieux au badin, d'un chant simple au gazouillement le plus bizarre, des tremblements et des roulements les plus légers à des soupirs tendres, languissants et lamentables, qu'il abandonne ensuite pour revenir à sa gaieté naturelle. Dans notre admiration, nous supposerions à ce chantre de la nature une taille majestueuse, un plumage brillant, un regard superbe. Eh bien! loin de tout cela, le rossignol est d’une chétive appareuce, d’une couleur fort commune, et d’un regard timide.

On dirait vraiment que, parmi les oiseaux, Dieu se plaît à départir ses dons les plus parfaits à ce qu'il y a de plus humble. Comparez le rossignol au paon, et jugez de la différence ; n'est-ce pas l’orgueil au côté de l’humilité ?

Mais voici l'aigle, le roi des airs et par la grandeur et la force de son courage, sa vue perçante et la rapidité de son vol ; il pose son nid sur des rochers inaccessibles, regarde le soleil fixement, s'élève par-dessus les nues, et de là fond sur sa proie qu'il découvre dans la plaine. Ses petits, nourris de sang et de carnage, sont-ils en état de voler, il les chasse de son aire et de ses alentours, il les force d’aller conquérir un emploi ailleurs; image de ces peuples fiers et hautains, barbares et cruels, de ce peupleroi auquel il fut donné de conquérir les autres.

Bien différentes de l'aigle sont la colombe et la tour-

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terelle, emblèmes toutes les deux d’une âme chaste, simple, douce, aimante et fidèle. La colombe ne vit que pour son époux, pour ses enfants. La tourterelle, quand elle a perdu le sien, n’en souffre pas d'autre, mais passe le reste de ses jours dans le veuvage et la solitude. Quelle leçon pour bien des veuves !

Qui n’admirerait encore dans les oiseaux les prodiges de tendresse maternelle qu'ils déploient, les soins qu'ils se donnent pour trouver et apprêter convenablement la nourriture à leurs petits, leur dévouement, leur industrie pour les sauver dans le péril! La poule, d'un naturel gourmand, ne garde rien pour elle: tout est pour ses poussins ; pendant qu'ils mangent, elle veille à leur sûreté; sont-ils repus, elle les rassemble et les réchauffe sous ses ailes ; un ennemi apparaît-il tout à coup, si fort qu'il soit, elle court à l'encontre, les plumes hérissées, l'attaque à grands cris avec le bec et les ongles, prête à mourir pour sauver ses petits.

Devenu mère, l'oiseau le plus stupide est brave et intelligent. On a vu une mère dont un serpent dévorait les petits, picoter la tête de ce serpent avec son bec.

La poule d'Inde se promène avec sa couvée ; soudain elle jette un cri, et les petits de tomber par terre sans monvement, et de faire les morts! On s'étonne d'un pareil spectacle, lorsqu'on entrevoit, au haut des nues, un vautour à la serre cruelle, que l'œil vigilant de la mère avait aperçu tout d'abord. Le danger est-il passé, elle pousse un nouveau cri, et aussitôt les poulets se relèvent, accourent à la mère, en battant des ailes en signe de joie. La perdrix se montre plus rusée encore : un chasseur, un chien approchent-ils de la jeune famille, aussitôt le père jette un cri particulier, se met à voler en traînant de l'aile ou à courir en boitant pour engager plus facilement le chien ou le chasseur à le poursuivre: bientôt après, la mère s'envole d’un autre côté, mais plus rapidement et plus loin. À peine s’est-elle abattue, qu’elle revient surle-champ retrouver à la course ses poussins blottis, chacun

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Quelle leçon encore ici pour bien des pères et des mères !

Autre merveille! Il y a des oiseaux qui restent toujours avec nous; il en est quelques-uns, tels que les bécasses, qui nous quittent au printemps, pour nous revenir avec les frimas ; mais le plus grand nombre nons quitte à l'automne, pour revenir au printemps. Les cailles s'en vont en Afrique ou dans le sud de l’Amérique ; les hirondelles, dans d’autres pays. Qui donc leur apprend qu'il est ailleurs des climats plus doux? quel géographe leur enseigne la route ? quel astronome leur a dit que le soleil qui s'éloigne de nous se rapproche au printemps ?

Qui leur a commandé de se réunir en troupes et de partir tous au même signal? Qui, enfin, a donné aux grues cet admirable gouvernement qui mériterait de servir de modèle ?

Chez elles, il y a une certaine police et milice naturelle ; chez l’homme, elle est forcée et servile. Chez les grues, la garde se monte toutes les nuits, avec une exactitude volontaire et non commandée : vous y voyez disposées des sentinelles ; et tandis que leurs compagnes reposent, d'autres font la ronde et veillent à ce qu'on ne tende pas quelques embüûches. Chacune s'emploie avec un soin infatigable à la sûreté commune: son heure de veiller est-elle accomplie, a-t-elle fait son devoir, elle se dispose au sommeil après avoir donné un signal pour réveiller une autre qui dort, et à qui elle remet son poste. Cette autre l’occupe aussitôt volontairement ; la douceur du sommeil qu’il lui faut interrompre ne la rend ni revêche, ni paresseuse ; elle remplit dignement son devoir, et le service qu’elle a reçu, elle le rend avec une exactitude et une affection égales. Là, nulle désertion, parce que le dévouement est naturel: la garde y est sûre, parce que la

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