‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 54 sur 123 · RIVER LAS · texte numérisé non relu

RIVER LAS

volonté est libre. Elles observent le même ordre en volant, et allègent tout le travail par le moyen que chacune se charge de la conduite à son tour. Une est en avant pour prendre l'air, à la tête d’un bataillon qui suit en triangle: a-t-elle fait son temps, elle se retire à la queue, et laisse à la suivante la charge de conduire la troupe.

Le travail et l'honneur sont communs à tous, la puissance n’est pas un privilège que s’arroge le petit nombre, mais par une espèce de sort volontaire, elle passe successivement à tous. Quoi de plus beau? n'est-ce pas là le type de la république primitive, et le modèle d’une cité libre ?

Mais, pendant que nous admirons l’industrie et le gouvernement des oiseaux voyageurs, j'entends une autre espèce de volatiles, une nuée d'insectes, un essaim d'’abeilles bourdonner autour de moi, comme pour réclamer la prééminence du gouvernement et de l'industrie. Il sera difficile, en effet, de ne pas la leur accorder. Leur gouvernement est une monarchie républicaine de femmes distinguées en trois ordres : une reine unique, mère de tout son peuple, des femmes stériles, mais ouvrières, au nombre de douze mille à quarante mille, enfin quelques mâles pour féconder la reine. L’essaim est-il entré dans une ruche ou dans un tronc d’arbre, aussitôt les ouvrières en nettoient l’intérieur et l'enduisent d’une espèce de gomme, puis transforment en cire le miel qu’elles ont recueilli sur les fleurs, et la transpirant par petites lames entre les anneaux de leur ventre, elles en bâtissent des cellules à six pans, les unes de leur grosseur pour leurs futures compagnes, les autres plus considérables pour les futurs mâles, et quelques-unes plus considérables encore pour les reines à venir. À mesure que les cellules s’achèvent, le reine régnante, entourée d’un nombreux cortège qui lui prodigue tous les témoignages de respect et d'amour, vient en faire la visite et y pondre un petit œuf, qui, dans l'espace de vingt et un jours, se transforme successive-

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ment en ver, en nymphe, et abeille. Les ouvrières, devenues aussitôt nourrices, couvent cet œuf avec grand soin, nourrissent le ver avec le miel et avec de la poussière de fleurs que d'autres leur apportent des champs dans des espèces de cuillères qu’elles ont à leurs jambes postérieures. Lorsque, au printemps, il est né un grand nombre de ces jeunes ouvrières, lorsque surtout une nouvelle reine est près d'éclore, il se fait une révolution dans l'État: on va, on vient, on s’agite jusqu'à ce que la reine mère, suivie d'une partie des anciennes et nouvelles abeilles, quitte la ruche et s'en va fonder une colonie ailleurs.

Peu après la jeune reine sort de son berceau, reçoit les hommages de son peuple, est fécondée dans les airs par les mâles et enfante deux cents fois par jour. Alors, la saison est-elle encore favorable, la population exubérante, une seconde reine surtout est-elle près de naître, la seconde quitte la ruche à son tour, avec une partie de ses sujets, pour aller s'établir et multiplier ailleurs. Au contraire, la saison est-elle tardive, la population trop affaiblie, la jeune reine va briser les cellules royales, et perce de son dard les reines naïissantes : les ouvrières la regardent et la laissent faire, maïs elles l'en empêchent quand la saison est encore bonne et la population suffisante pour un grand essaim.

Arrive-t-il, néanmoins, que dans la même ruche il y ait deux reines à la fois, il y a de suite révolution dans l’État: pour y mettre fin, les deux rivales se cherchent et se combattent devant la nation assemblée ; c’est un duel connu : le combat dure jusqu’à ce que l’une des deux succombe : il se pourrait que, dans cette lutte à mort, elles se tuassent l'une et l’autre. La Providence y a pourvu. Se sont-elles empoignées de manière à se percer réciproquement, tout à coup elles se quittent et s’enfuient chacune de son côté ; mais bientôt elles reviennent au combat, le peuple même les y ramène de force jusqu'à ce que l’une des deux ait triomphé de l'autre. N'y a-t-il, dans une ruche, pas de reine du tout, mais les abeilles ont-elles l'espoir d'en

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