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avoir bientôt une, parce qu'il y a un œuf, un ver ou une nymphe dans une cellule royale, l'État est tranquille, et les travaux continuent ; n’y eût-il même rien dans aucun berceau de reine, pourvu qu'il y ait un œuf dans une des cellules où doivent éclore les ouvrières, l'État est encore sauvé, les abeilles nourrices donneront à ce ver la nourri. ture royale, et au lieu d'une femelle stérile, elle deviendra une reine parfaite, capable d'être fécondée et d'enfanter trois mille nouvelles abeilles par an. Maïs n'y a-t-il plus d'espoir d’avoir une reine d'aucune de ces manières, l'État est perdu, ce peuple si laborieux, si actif, devient tout à coup morne, triste, insouciant, nul ne va plus amassant le miel dans les champs pour les magasins publics, nul n’en revient plus avec la poussière des fleurs pour nourrir la jeune couvée, nul ne forme plus de cire pour bâtir de nouvelles cellules, nul ne trémousse plus les ailes à l'entrée de la ruche pour y renouveler l'air: tout dépérit ; l’homme seul peut encore sauver la république désolée : il n’y a qu'à lui donner un rayon pris d'ailleurs, mais où se trouve une cellule royale garnie de son œuf, ou seulement quelques cellules avec des œufs, ou de jeunes vers pour les abeilles communes. Aussitôt la confiance renaît, les travaux recommencent, et dans peu de jours une nouvelle souveraine recevra les hommages d'un peuple fidèle.
Voilà des merveilles bien étonnantes, et d'autant plus étonnantes qu'on les a plus longtemps ignorées. On doit la plus grande partie de cette découverte à un savant anglais, M. Hubert.
Eh ! combien d’autres merveilles que nous continuons d'ignorer. Les fourmis n’ont ni roi, ni reine, ni commandant ; toutefois elles se réunissent en société, bâtissent des espèces de villes, travaillent en commun le jour, et font leur repas en commun la nuit ; leur gouvernement est une république, où l’on distingue trois ordres comme chez les abeilles ; les mâles, les femelles et les ouvrières. Les mâles et les femelles ne servent qu’à la propagation
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de l'espèce : elles ont des ailes et s'accouplent dans l'air. Après cela, les mâles périssent, ou peut-être sont mis à mort, comme il arrive chez les abeilles: les femelles entrent dans la fourmilière et y pondent de petits œufs, qui, soignés par les ouvrières, se transforment successivement en vers, en nymphes et en fourmis, mâles, femelles et communes. Ces dernières sont toujours le grand nombre.
Ce qu'on appelle vulgairement œufs de fourmi sont des vers dans une espèce de coque qu'ils se sont filée euxmêmes, et dans laquelle ils subissent leur dernière métamorphose, Pendant l'hiver, les fourmis s'engourdissent dans nos climats; elles ne mangent point les aliments qu'elles amassent pendant l'été ; ils se consomment chaque jour; peut-être aussi servent-ils à l'approche et à la sortie de la mauvaise saison.
Les fourmis se font des guerres de peuplades à peuplades ou d'espèces à espèces : elles retiennent captives, et tout à fait en esclavage, les prisonnières qu'elles ont faites, et les condamnent aux travaux forcés intérieurs. De plus, elles élèvent et nourrissent convenablement, dans des sortes d’étables, d'autres espèces d'insectes et surtout des pucerons, qu'elles soignent pour les traire et et pour en obtenir ut «iiinent assuré dans le temps de disette, comme nous tenons en domesticité nos vaches, nos chevreaux et nos brebis. Enfin elles constituent de véritables républiques, où tout est mis en commun, propriétés, familles, nourriture et bestiaux !
Qu'est-ce donc que notre grand Dieu, pour prodiguer tant de merveilles, et de toutes parts, dans de si petites créatures ?
Il n'y a pas jusqu'aux insectes les plus repoussants, les chenilles, qui ne nous en offrent des plus étonnantes. Elles multiplient prodigieusement tous les ans, parce que tous les ans elles doivent servir de pâture à une multitnde prodigieuse d'oiseaux. Leur aspect seul nous répugne, cependant c’est à une chenille, et à une clienille des moins agréables par sa forme et sa couleur, que nous devons la
soie, et par suite les étoffes les plus précieuses, les plus riches ornements, et dans les palais des rois, et dans les temples de Dieu !
Qui nous a dit que celles de nos jardins ne pourraient pas donner lieu à quelque chose de semblable ? Comme la chenille qui file la soie, ce sont des vers clos d'un œuf pondu par un papillon. Après avoir rampé quelque temps et brouté l'herbe, elles se disposent au trépas : pour cela, les unes filent des coques, d'autres se cachent sous terre dans de petites cellules bien maçonnées ; les unes se suspendent par leur extrémité postérieure, et d'autres se lient par une ceinture qui leur embrasse le corps. Dans cette espèce de sépulcre, elles se défont de leur peau, de leurs jambes, de l'enveloppe extérieure de la tête, de leur crâne, de leurs machoires, de leur outil à filer, de leur estomac et d'une partie de leur poumon: c'est un vrai trépas, un passage d'une existence à une autre.
Dans ce nouvel état, on les nomme fèves, parce qu'elles en ont la forme; chysalides ou aurélies, parce que leur enveloppe a la couleur de l'or; nymphes enfin, ou jeunes mariées, parce que dans cette enveloppe, elles prennent de plus beaux atours et la dernière forme sous laquelle elles doivent paraître pour multiplier leur espèce.
Bientôt vous verrez la rampante, l'aveugle, la maussade chenille, sortir de son tombeau transformée en léger papillon, parée des plus vives couleurs, ayant des yeux et des ailes, apercevant au loin les fleurs de la prairie, volant de l'une à l’autre pour en sucer le miel et la rosée, et ne vivant pour ainsi dire que de plaisir et de bonheur. Quelle aüniirable image de la résurrertion du juste, après avoir passé sur cette terre des jours de simplicité, d'humilité ei Ce persécution |
Mais, dira le prétendu philosophe, à quoi peut servir tout cet étalage de création, tant de détails et de variétés ? Tout cela est destiné pour un seul être, destiné à lui procurer le nécessaire, l’agréable et l'utile. ‘Tout cela est pour le roi de la création, le vassal du Créateur, l'homme.
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Dieu dit: ‘‘que la terre produise des animaux vivants, ‘chacun selon son espèce, les bêtes de secours, les bêtes ‘‘rampantes et les bêtes sauvages," et le taureau ou le bœuf, roi des animaux de labour, naquit en mugissant pour appeler son maître ; à côté de lui, beugle la génisse prête à donner son lait, sa crême et son beurre : tous les deux, pour un peu de paille et de foin, serviront à l'homme, toute leur vie, à labourer et engraisser la terre, à trainer de pesants chariots, et quand ils auront laissé de nombreux descendants, ils le nourriront encore de leur chair, et le chausseront de leur peau.
Près d'eux, le bélier et la bêlante brebis lui offrent leur trésor pour se vêtir; et quand il voudra donner un festin à ses amis, ils se laisseront mettre à mort avec leurs agneaux, sans rien dire.
Plus loin, à côté du bouc, est la grimpante chèvre pour être la nourrice des enfants du pauvre. Aussi la grande occupation et la principale richesse des antiques patriarches étaient-elles d'élever un grand nombre de ces premiers animaux.
Pour aider l'homime dans cette occupation, un animal naîtra intelligent, doux, vif, fidèle et infatigable : le chien de l'homme pasteur ; il lui gardera ses troupeaux ; Île chien de l'homme chasseur lui assujettira les bêtes des champs et des forêts. Le cerf, le chevreuil, le lièvre sont forcés d'embellir les parcs et de garnir la table du riche. Le sanglier, réduit en domesticité sous le nom de porc, et se nourrissant des choses les plus viles, deviendra la richesse du pauvre. Le chien ne demandera, pour tous ses services, que quelques restes de la table, quelques os à ronger. Avec cela, il s'attachera à son maître, il s’affiigera en son absence, sautera de joie à son retour, l’accompagnera sur tous les chemins, le défendra au péril de sa vie ; et cette fidélité est la même pour le pauvre comme pour le riche: il lèchera la main qui vient de le frapper, les mauvais traitements ne sauraient le corrompre. L'homme est-il réduit à la mendicité et devenu aveugle,
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un petit chien le conduira par une ficelle au milieu des rues, lui faisant éviter les mauvais pas, sollicitant la pitié des passants, et le menant jusqu'à la porte du riche qu'il suppliera, par l'humilité de son regard, à mettre quelque aumône dans le bassin qu'il tient à la gueule. Qui a donc inspiré à ce petit animal un si grand attachement pour l’homme ?
Mais en voicl un autre qui, par la beauté de sa taille et la fierté de sa démarche, semble nous adresser ces paroles de Dieu à Job: ‘‘ Est-ce toi qui as donné la force au che- ‘‘ val, qui as hérissé son cou d'une crinière mouvante? le ‘ feras-tu bondir comme la sauterelle ? Son fier hennisse- ‘ment répand la terreur, il creuse du pied la terre, il ‘“s'élance avec orgueil, il court au-devant des armes : ‘‘intrépide, il se rit de la peur, il affronte le tranchant du ‘“‘glaive ; sur lui, le bruit des carquois retentit, la flamme ‘“ de la lame du javelot et de l'arme à feu étincellent, il ‘‘ bouillonne, il frémit et dévore la terre. A-t-il entendu ‘la trompette? ‘‘ C'est elle, et dit, allons! et de loin il ‘respire le combat, la voix tonnante des chefs, et le ‘‘ fracas des armes.”
Mais le cheval, fier de traîner le char des rois, de porter le guerrier dans les batailles, de courir avec le chasseur à la trace du cerf, demande une nourriture de prix et beaucoup de soin. Le pauvre en sera donc privé ?
Aussi, tout à côté s'élève un animal plus modeste, plus laborieux, plus dur, plus frugal, s'accommodant de toute sorte de nourriture, d'herbes, de feuilles, de chardons : un animal qui aidera le pauvre en tout, à semer, à recueillir, à transporter son petit avoir, sa famille d'un endroit dans un autre. L'âne fera même ce que le cheval ne peut faire, il grimpera sur les hautes montagnes, il marchera d'un pied ferme dans les sentiers les plus glissants, sur les bords même des précipices. Dans les hautes cordillères de l'Amérique, où il n'y a ni cheval, ni âne, ni brebis, le lama tiendra lieu de tous trois, servira de monture, portera des charges, donnera tout ensemble de la
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laine, du lait et de la chair. Ilen sera de même au nord de l'Europe, où la neige couvre la terre six mois de l’année. Là, Dieu donnera aux pauvres Lapons, pour leur servir à la fois de cheval, de vache et presque de mou-
ton, une espèce de cerf, le renne, qui ne demandera d'autre salaire que de brouter la mousse qu'il déterre luimême sous la neige. Non loin de là, les castors rassemblés en société construisent sur pilotis, au milieu des rivières, des digues de quatre-vingts et cent pieds de long: puis à côté, partie sous l’eau, partie au-dessus, des maisons en forme de bourgades, et dont chacune contient de un à dix ménages, avec les provisions nécessaires. Pour toutes ces constructions merveilleuses, ils n'ont d'autre hache que leurs dents, d'autre pioche que leurs pieds de devant, d'autre rame que leurs pieds de derrière, d'autre truelle, d'autre marteau que leur queue. Ils auront pu apprendre à l'homme l'art des ponts et des chaussées ; et ils lui fourniront une couverture contre le froid, et de la chair pour sa nourriture.
Dans les climats chauds où ne sauraient vivre le lama ni le renne, dans les arides déserts où le bouc, l'âne et le cheval ne trouveraient ni eau ni pâturage, Dieu a donné aux Arabes le chameau. Son pied est taillé pour marcher d'un pas sûr au milieu des sables, où il fera vingt à trente lieues par jour, portant quelquefois de mille à douze cents livres pesant, Sa nourriture sera un peu d'herbe qui se rencontre par has7rrd sur sa route, ou un peu de pâte ou de fruits sec: que lui donne son guide; quant à l’eau, il restera quuiqueiois neuf jours et davantage sans boire : se ren n’re-t-il, à quelque distance de son chemin, une mare où il y ait de l’eau, il la sentira de plv., d'une demilieue, aouilera le pas, boira d’un seul € "+7 “our ie temps passé et pour autant de temps à venir. A cet effet, Dieu lui a donné un réservoir.
Les autres animaux ruminants, ou qui remâchent ce qu'ils n'ont fait qu'avaler d'abord, tels que le bœuf, la brebis, la chèvre, etc., ont quatre estorracs: un premier,
plus vaste, leur sert de grenier à foin; l'herbe qu'ils y entassent y ayant été macérée quelque temps, ils en font remonter une partie à la bouche, et la broyent à loisir pour l'envoyer au deuxième estomac, de là au troisième, et enfin au quatrième. Outre ces quatre estomacs, le chameau en a reçu un cinquième, capable de contenir tout ce qu’il lui faut d'eau pendant une semaine. Cette eau y séjournera sans se corrompre: à mesure que le chameau en aura besoin, il la fera monter, par une espèce de pompe, du réservoir dans le gosier. Grâce à cette industrie unique de la divine Providence, le dromadaire avec sa bosse, le chameau avec ses deux bosses, transporteront l’homme et ses marchandises à travers des déserts, autrement impraticables : ce n’est pas tout, ils le nourriront de leur lait, ils le vêtiront de leur poil; leur fumir desséché lui servira de bois pour faire sa cuisine dans le désert et de chandelle même. Enfin, après l'avoir servi toute leur vie avec une grande docilité, ils le nourriront encore de leur chair à leur mort. Qui ne bénirait la bonté du Créateur, en nous préparant ainsi dans chaque climat l'animal qu'il nous faut !
Dans les climats brûlants, où le chameau même ne saurait durer, naîtra sauvage, mais s’apprivoisera facilement, cette montagne ambulante qui fait trembler la terre sous ses pas, en un mot, l'éléphant. C’est d'abord un colosse informe : une petite tête, presque immobile, avec un corps immense, de lougues oreilles, des jambes droites et massives comme de gros piliers, se terminant par ui pied si court, si petit qu'il se distingue à peine ; une pean dure, épaisse et calleuse. Avec cela, l'éléphant est de tous les animaux celui qui approche le plus de l’homme pour l'adresse, l'intelligence et le sentiment.
Ce que la main est pour l’homme, la trompe l'est pour l'éléphant, Avec cette trompe, il peut remuer et tourner en tous sens, et cueillir un bouquet de fleur ; il débouche une bouteille de vin et la boit ; il déracine les arbres ; de son corps il renverse les murs. Seul, il met en mouve-
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ment les plus grandes machines, et transporte des fardeaux que plusieurs chevaux remueraient à peine. Une charge de quatre à cinq milliers n'est pas trop pour un grand éléphant. Il porte une tour armée en guerre et chargée de nombreux combattants; enfin, de ses fortes défenses il peut percer le plus terrible des animaux, celui que les plus puissants redoutent.
Ce qui le rend beaucoup plus intéressant encore, ce sont les nobles sentiments qui forment son caractère : conservaut la mémoire des bienfaits reçus, jamais il ne méconnaît son bienfaiteur ; il lui marque sa reconnaissance par les signes les plus expressifs, et lui demeure toujours attaché.
On en a vu sécher de douleur en perdant leur cornac ou l’homme qui a soin d'eux. Domestique aussi docile que fidèle, et aussi intelligent que docile, il semble préveunir les désirs de son maître, deviner sa pensée et lui obéir par inspiration. Il ne se refuse à aucun genre de services, pas même aux plus pénibles ; il poursuit sa tâche avec instance, sans se rebuter, et se croit toujours assez récompensé quand on lui témoigne, par quelques caresses, qu'on est content de lui et de l'emploi de ses forces. Mais plus il est sensible aux bons traitements, plus il s'irrite des offenses ; il ne perd pas l’occasion de s'en venger. Cependant la colère, même dans ces instants, ne l'empêche pas toujours d'écouter sa générosité. Un éléphant venait de se venger de son cornac, son conducteur, en le tuant, Témoin de ce spectacle, sa femme, hors d'ellemême, prend ses deux enfants et les jette aux pieds de l'animal encore tout furieux. ‘‘ Puisque tu as tué mon mari, lui dit-elle, Ôte-moi aussi la vie ainsi qu'à mes enfants.'' L'éléphant s'arrêta tout court, s'adoucit, et comme s’il eût été touché de regret, il prit avec sa trompe le plus grand des enfants, le mit sur son cou, l'adopta pour son conducteur, et n’en voulut pas souffrir d’autres.
Un éléphant fort apprivoisé, je ne sais dans quelle ville, avait la liberté de se promener dans toutes les rues :